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Fiche Philo

Méfions-nous des habitudes !

Luc de Brabandere et Stanislas Deprez

Mis en ligne le 29/01/2008

Le 1er mai 1707, l'Ecosse et l'Angleterre s'unissent. La Grande-Bretagne se prépare à devenir une puissance industrielle : utilisation du coke à la place du bois, conception de la première machine à tisser mécanique, perfectionnement de la machine à vapeur.

David Hume naît le 26 avril 1711, à Edimbourg en Ecosse. Son père meurt en 1714, laissant sa famille sans le sou. Le jeune Hume entreprend des études pour devenir avocat mais s'intéresse à la littérature et à la philosophie. A 24 ans, il part en France, à La Flèche - la ville du collège de Descartes - où il compose son "Traité de la nature humaine". Cette oeuvre magistrale peine à trouver ses lecteurs, en raison de sa grande technicité. Hume retiendra la leçon : désormais, il s'efforce d'écrire une philosophie pour le grand public, dans un style clair et élégant. Devenu diplomate à Paris, il rencontre Diderot, d'Alembert et Buffon, avec qui il se lie d'amitié. Il invite même Rousseau à l'accompagner en Angleterre, avant de se brouiller avec lui. A partir de 1770, Hume se retire à Edimbourg pour travailler à ses oeuvres et correspondre avec ses amis, dont l'économiste Adam Smith et le savant Benjamin Franklin, inventeur du paratonnerre.

En bon Anglo-saxon, Hume est empiriste et nominaliste. Comme Berkeley, il conteste l'existence en soi des concepts : il croit à la réalité des chevaux, pas à celle de la "chevalité". Comme Locke, il pense que la sensation est la source de nos idées. Toutefois, Hume va aller beaucoup plus loin que ce dernier.

La première partie du "Traité de la nature humaine" - rédigé entre 1735 et 1737 mais publié en 1739 et 1740 - porte sur l'entendement, c'est-à-dire sur la manière dont se construisent nos connaissances. Hume s'y demande comment nos idées se combinent entre elles. Par trois lois d'association, répond-il : la ressemblance, la contiguïté dans l'espace et le temps, la relation de cause à effet. Par exemple, si je vois deux personnes qui se ressemblent fortement, j'ai tendance à penser qu'elles sont de la même famille. Si je vois deux oiseaux s'envoler en même temps d'un arbre, je vais penser qu'ils habitent tous deux le même nid (contiguïté spatiale). Si je passe devant une maison et que j'y entends une personne dire "je sors !", puis que je vois quelqu'un sortir de la maison, je vais croire qu'il s'agit de la même personne (contiguïté temporelle). Enfin, si je vois une boule de billard rouler et en cogner une autre, puis cette autre boule rouler à son tour, je vais en conclure que la première boule est cause du mouvement de la seconde.

La troisième de ces lois d'association est la plus problématique. Car en réalité, je ne vois pas que le mouvement de la seconde boule de billard est causé par celui de la première. Je vois qu'il suit celui de la première, ce qui n'est pas la même chose. Peut-être est-ce la boule B qui attire la boule A. Peut-être la boule B se met-elle en mouvement pour éviter le choc avec la boule A. Peut-être y a-t-il une autre cause cachée qui fait se mouvoir les deux boules. Il est évidemment raisonnable de supposer que la boule A provoque le mouvement de la boule B. Mais si nous faisons cela, dit Hume, ce n'est pas parce que nous percevons la causalité dans les choses, c'est parce que nous voulons que notre monde nous paraisse cohérent. Par conséquent, la causalité n'est pas une loi du monde - ou du moins, nous ne pouvons pas le savoir - elle est une habitude de notre pensée.

Cette notion d'habitude est capitale. Prenons un autre exemple pour bien comprendre. Chaque matin depuis ma naissance, le soleil s'est levé. Je m'attends donc à ce qu'il en aille de même demain matin. Et pourtant, peut-être ne sera-ce pas le cas, car peut-être un gigantesque cataclysme intersidéral aura-t-il bouleversé la galaxie, ou bien les lois de l'univers se seront-elles modifiées subitement. Par conséquent, l'habitude nous donne un savoir probable, presque sûr, mais jamais absolument certain.

La critique de Hume ne porte pas sur la physique. Hume voue une admiration sans bornes à Newton, qu'il considère comme le plus brillant savant de tous les temps. Son scepticisme porte sur la métaphysique, c'est-à-dire sur la croyance que nous pouvons connaître le monde tel qu'il est véritablement.

Savoir Plus

David Hume, "Enquête sur l'entendement humain", Flammarion (GF), 1983. Les thèses de Hume vulgarisées par l'auteur lui-même.

Y. Michaud, "Hume et la fin de la philosophie", PUF (Quadrige), 1999.

Mardi prochain : Jean-Jacques Rousseau.

Autres Informations

Sur le Web

  • David Hume
    Les Classiques des sciences sociales offrent en téléchargement une longue série de textes de Hume.
  • Forum
    Un forum de discussion sur Hume et l’entendement.

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