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Fiche Philo

Le devoir de morale

Luc de Brabandere et Stanislas Deprez

Mis en ligne le 12/02/2008

Kant naît en 1724 à Königsberg, alors en Prusse. En 1755, un énorme tremblement de terre frappe Lisbonne, faisant d'innombrables morts. Cynique, Voltaire ironisera : "Voilà donc le meilleur des mondes de Leibniz ".

Kant a profondément modifié la philosophie. Sa "Critique de la raison pure" invente une nouvelle voie, entre le rationalisme et l'empirisme : le sens ne vient ni de Dieu ni de la matière, c'est le sujet qui forme sa compréhension du monde. En morale, Kant subit l'influence des Lumières et surtout de Rousseau. Il retiendra de ses lectures que l'éthique n'est pas une affaire d'éducation ou de culture, mais dépend de chacun. Il va alors en chercher les clés, dans les "Fondements de la métaphysique des moeurs" et dans la "Critique de la raison pratique".

Pour juger de la moralité d'un acte, Kant refuse d'en considérer les conséquences. Il ne tient compte que de l'intention. Soit un marchand à qui un petit enfant vient acheter des pommes. Le garçon ne connaît pas encore la valeur de l'argent, de sorte que le marchand est tenté de le voler. Mais le vendeur se dit alors que la maman de l'enfant s'apercevra du vol et viendra faire un esclandre, mauvais pour son commerce. Il fait là un raisonnement "hypothétique" : si je vole cet enfant, alors je perdrai des clients, donc je rends le compte juste à ce garçon.

Cette action est-elle éthique ? Non, répond Kant, car le marchand agit par intérêt. Il ne serait moral que s'il agissait par devoir, par refus de voler qui que ce soit. Et si ce maraîcher refusait de voler l'enfant parce qu'il le trouve sympathique, et qu'il ne veut pas être malhonnête avec les gens qu'il apprécie ? Là encore, Kant répond que le marchand ne serait pas moral. Agir par amitié ou par amour est sans doute bien, mais ce n'est pas moral ; car on ne peut jamais aimer tout le monde de la même manière, or la morale doit s'appliquer à tout être humain. L'éthique kantienne est donc bien une morale du devoir : un "impératif" s'impose à nous de manière "catégorique", indiscutable (par opposition à "hypothétique", conditionnelle).

Une autre caractéristique de la morale kantienne est d'être une éthique de la "liberté" et de l' "autonomie". Beaucoup d'éthiques sont des listes de conseils ou d'interdits. Mais comment respecter vraiment, librement, une morale imposée du dehors ? Kant propose une autre voie : laisser chacun construire ses propres règles. Ainsi, tout homme pourra librement et sans conditions respecter sa morale, puisqu'il se l'impose.

Nous devons construire nos règles éthiques en référence à une "loi morale" qui est comme imprimée en chacun de nous. Cette loi morale dit que les règles que nous édictons doivent avoir une portée universelle, être aussi solides que les lois de la nature, et respecter chaque être humain : "Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen". Selon ces principes, le mensonge est immoral, car si on permet à quelqu'un de mentir fut-ce une fois, on doit permettre à tout le monde de mentir tout le temps (c'est le sens de l'universalité). Mais alors, on ne pourrait jamais plus faire confiance, ce qui rendrait toute société impossible.

Savoir Plus

POUR ALLER PLUS LOIN

Emmanuel Kant, "Fondements de la métaphysique des moeurs", Le Livre de poche (Classiques Philosophie n°4622), 1993. Un des grands ouvrages de Kant, publié dans la traduction classique de Victor Delbos.

Ralph Walker, "Kant. La loi morale", Seuil (Point n°418), 2000.

Mardi prochain : Jeremy Bentham

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