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Fiche Philo

Soyons positifs et concrets

Luc de Brabandere et Stanislas Deprez

Mis en ligne le 11/03/2008

En 1800, l'Italien Volta invente la première pile. Pendant ce temps, John Dalton jette les bases de la chimie moderne. Quelques années plus tard, Lamarck élabore sa théorie de l'évolution. Darwin publiera la sienne en 1858, un an après la mort d'Auguste Comte. Celui-ci aura connu la Révolution, l'Empire, la Restauration et une nouvelle révolution, en 1848.

Auguste Comte naît le 19 janvier 1798, à Montpellier, dans une famille monarchiste et catholique. Il perd la foi, qu'il juge incompatible avec la science. Il collabore un temps avec Saint-Simon, avant de s'en séparer en 1824, lui reprochant de s'être attribué ses écrits. Auguste Comte, par un généreux calcul, épouse Caroline Massin, prostituée officiellement blanchisseuse. Un mariage particulièrement malheureux - l'épouse reprenant épisodiquement son métier - qui se terminera en 1842. Répétiteur à l'École polytechnique, Comte ne deviendra jamais professeur. Il vit chichement des dons de ses admirateurs, auxquels il donne des cours de philosophie. En octobre 1844, il tombe éperdument amoureux de Clotilde de Vaux, soeur d'un de ses élèves. Leur union est impossible : elle est déjà mariée, elle ne l'aime pas et elle est gravement malade. Elle succombe d'ailleurs le 5 avril 1846. Comte sublime son amour et sa tristesse en faisant de Clotilde la sainte majeure de la religion positiviste qu'il fonde en 1847. Il meurt dix ans plus tard, d'un cancer gastrique.

Le point de départ de la réflexion de Comte est politique. Le philosophe a l'impression de vivre à une époque de transition entre l'âge féodal et l'âge moderne, scientifique et industriel. Ce passage d'une époque à une autre provoque des crises inévitables, qu'on peut seulement accélérer pour les rendre moins douloureuses. Pour cela, il faut élaborer une science de la société, à la fois théorique et pratique : la sociologie. Ces préoccupations sociales rapprochent les idées de Comte de celles de Tocqueville ou de Marx. Mais la réponse que Comte apporte est très différente. Pour lui, ce ne sont ni la politique ni l'économie qui font une société, mais l'accord des esprits ! Une société tient dans la mesure où ses membres partagent les mêmes croyances. C'est d'ailleurs à cela que sert la religion, pour Comte : assurer la cohésion sociale.

Auguste Comte n'est pas un révolutionnaire mais un réformateur. C'est que pour lui, comme pour Hegel, l'histoire progresse nécessairement. Dès avril 1822, Comte énonce la loi fondamentale du progrès, dans un opuscule intitulé "Prospectus des travaux nécessaires pour réorganiser la société". Il s'agit de la célèbre loi des trois états, selon laquelle toutes nos connaissances passent successivement par les états théologique, métaphysique et scientifique (ou positif). Dans le premier âge, théologique, l'homme explique la nature en recourant aux esprits et aux dieux. L'âge métaphysique est une étape de transition. L'homme explique le pourquoi des choses par des principes abstraits : l'âme, l'esprit, le Premier moteur... Enfin, dans le dernier état, l'homme a renoncé à trouver le pourquoi des choses et se contente de dégager leur comment. C'est l'âge scientifique, qui a abandonné l'espoir de connaître l'essence des choses, se concentrant sur les relations des choses entre elles.

Si toutes les connaissances passent par ces trois étapes, elles ne le font pas toutes à la même vitesse. Certaines sciences ont atteint l'état scientifique dès l'Antiquité : la géométrie, l'arithmétique, l'astronomie. La physique est en train d'y arriver, au XIXe siècle. Comte juge que la chimie et la biologie sont encore truffées de concepts métaphysiques. Enfin, notre philosophe se déclare l'inventeur de la sociologie (ou physique sociale), aboutissement de toutes les sciences. C'est la science la plus complexe et la plus noble, la plus utile à l'humanité aussi, car elle permet d'atténuer les effets néfastes des crises de l'histoire.

Savoir Plus

Auguste Comte, "Discours sur l'ensemble du positivisme", Flammarion (GF n°991), 1998.

Angèle Kremer-Marietti, "Le positivisme d'Auguste Comte", L'harmattan, 2006. Par une des meilleures spécialistes du positivisme.

Mardi prochain : Ludwig Feuerbach

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