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Fiche Philo
Sauver la planète
Présenté par Luc de Brabandere et Stanislas Deprez
Mis en ligne le 20/05/2008
Né en 1903, Hans Jonas est issu d'une riche famille juive bavaroise. Il étudie la philosophie auprès de Martin Heidegger en compagnie d'Hannah Arendt, et passe une thèse de doctorat sur les mouvements gnostiques. Il fuit l'Allemagne en 1933 pour la Grande-Bretagne. Pendant la guerre, il s'engage dans la Brigade juive, puis dans l'armée israélienne. Il s'exile alors aux Etats-Unis, où il enseigne à la New School for Social Research à New York. Il publie plusieurs travaux sur la philosophie de la biologie puis, en 1979, le "Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique". L'ouvrage exercera une grande influence sur les penseurs de l'écologie. Hans Jonas meurt en 1993.
Le "Principe responsabilité" se veut un prolongement, rendu nécessaire, de l'éthique kantienne. Celle-ci, en effet, est devenue incomplète. Car le développement de la science et surtout de la technique a changé de manière radicale le rapport de l'humanité à la planète. Pour la première fois de notre histoire, nous avons la capacité de détruire la planète, par la bombe atomique. Nous courons aussi le danger de la dénaturer, par la pollution. En outre, nous sommes en train d'acquérir les moyens de transformer notre espèce, par la génétique. En d'autres termes, nous ne sommes plus une espèce parmi d'autres.
Les générations précédentes étaient soumises à la nature. Aujourd'hui, nous soumettons la Terre grâce à notre technique. Mais nous sommes aveugles sur nous-mêmes, dit Jonas. Nous croyons que la technique nous sert mais en réalité, elle risque de nous dépasser. Nous savons que la technique a des effets pervers - diminution de la couche d'ozone, déforestation, extinction massive d'espèces... - mais nous imaginons encore que de nouvelles inventions nous sauverons : des OGM pour nourrir l'humanité, la fusion nucléaire comme énergie totalement propre, les biocarburants comme alternative au manque de pétrole, en attendant la colonisation de Mars comme échappatoire à la destruction de la Terre. C'est là une illusion, car ces innovations entraînent à leur tour de nouveaux effets pervers. Par conséquent, il faut domestiquer la technique et évaluer ses apports et ses dangers.
On peut respecter la planète pour des raisons religieuses, parce qu'elle est création de Dieu. Hans Jonas choisit une autre voie. Toute espèce, dit-il, cherche à se maintenir en vie. C'est aussi le cas pour l'espèce humaine. Or, sans la Terre, ou avec une Terre trop polluée, l'humanité s'éteindra. C'est donc le simple respect biologique pour notre espèce qui doit nous pousser à comprendre que la Terre est notre milieu de vie et pas un simple stock de produits à consommer. Nos enfants et nos descendants exigent de nous que nous leur laissions une planète vivable. Hans Jonas se distingue ici d'autres écologistes : il ne prétend pas que toutes les espèces se valent et que les singes ou les dauphins ont autant le droit que nous de vivre sur la Terre; il soutient que nous devons protéger les plantes et les animaux, parce que sans eux l'humanité ne pourrait plus subsister.
Le "Principe responsabilité" est donc d'abord un souci en faveur des générations futures. Ce que Jonas exprime ainsi : "Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre" ou "Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie". On voit que ce principe est un impératif catégorique (par opposition à hypothétique), comme celui de Kant. Et s'il s'adresse à chacun, Jonas le destine surtout aux hommes et femmes politiques. Car c'est à ce niveau, pense-t-il, que des décisions concrètes peuvent être prises pour sauvegarder la possibilité de la vie humaine sur la planète.
Savoir Plus
Hans Jonas, "Le Principe responsabilité". Une éthique pour la civilisation technologique, Flammarion (Champs n° 402), 2008.
Olivier Depré, Hans Jonas, Ellipses (Philo-Philosophes), 2003. Une introduction à l'oeuvre de Jonas par un spécialiste de l'auteur.
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