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Face-à-face - Europe

L'Irlande doit quitter l'Union !

Uffe ELLEMANN-JENSEN

Mis en ligne le 18/06/2008

Il serait triste qu'à cause du "non" irlandais, les pays qui veulent profiter des avantages de l'intégration européenne - ceux-là qui ont permis à l'Irlande de prospérer - restent à la porte.

Ancien ministre des Affaires étrangères du Danemark

L'Irlande devrait faire une faveur au reste de l'Europe en se retirant de l'Union européenne. Cette solution semble être la plus envisageable pour résoudre la situation provoquée par le "non" irlandais au traité de Lisbonne. Les Irlandais se sont mis dans une situation délicate et ne devraient pas laisser les autres pays s'y mettre aussi. Il serait regrettable que la famille européenne perde les joyeux habitants de l'île d'émeraude. Mais il serait encore plus triste qu'à cause du "non" irlandais, les pays qui veulent profiter des avantages de l'intégration européenne - ceux-là même qui ont permis à l'Irlande de prospérer - restent à la porte. L'élargissement de l'Union ne peut se poursuivre sans de nombreuses dispositions pratiques et pragmatiques, notamment celles du traité de Lisbonne. Le processus d'élargissement est la plus importante tentative de l'Union jusqu'ici, avec l'euro.

L'Union a déjà accueilli des pays qui exigent beaucoup d'attention; alors que d'autres continuent de frapper à la porte pour rattraper tous ceux qui ont prospéré en liberté durant la guerre froide. Pour des raisons d'équité, on devrait par conséquent leur donner cette chance. En outre, l'élargissement pourrait être considéré comme un élément majeur de la politique de sécurité européenne, garantir la stabilité des pays qui se sont récemment démocratisés et leur donner la force de supporter les pressions extérieures.

Il est dommage que les Irlandais - et leurs partenaires - n'aient pas tiré les enseignements de leur refus du traité de Nice il y a sept ans. Comme aujourd'hui, seule une minorité d'électeurs avait pris la peine de voter et seulement 54 pc des participants avaient opté pour le non. Un an plus tard, un nouveau référendum approuvait le traité de Nice - dès lors qu'il était clair que la place de l'Irlande dans l'Union européenne était en jeu.

La regrettable tradition irlandaise de référendum aurait dû être réglée après cette expérience. Aujourd'hui, l'Union européenne est encore malmenée par les Irlandais. Pourtant, cette fois, il est difficile d'imaginer la tenue d'un second référendum. Il n'est pas question de renégocier le traité, car cela risquerait d'ouvrir la boîte de pandore, c'est-à-dire les demandes de tous les autres pays. Le problème vient donc de l'Irlande - et elle doit le régler. Je ne peux m'empêcher de penser à l'été 1992, lorsqu'une faible majorité d'électeurs danois a rejeté le traité de Maastricht. A l'époque, ce que l'on appelait encore la "Communauté européenne" comptait 12 membres. A l'issue du vote, les Danois ont reçu le message sans équivoque que, d'une manière ou d'une autre, leur pays devrait quitter la famille européenne s'il ne trouvait pas de solution. En tant que ministre des Affaires étrangères de l'époque, j'ai pu garantir l'émission de réserves sur des directives européennes, puis, un second référendum a été organisé. Résultat : "oui" au traité de Maastricht. Depuis lors, ces réserves nous ont desservis. Si nos partenaires européens n'ont pas pu nous mettre à la porte en juin 1992, les pays restants pouvaient créer leur propre communauté européenne à 11, et le Danemark se retrouver seul dans la coquille vide d'une communauté à 12. Cette fois-ci, il est difficile d'imaginer comment tous les autres pays pourraient s'accorder pour créer une Union européenne à 26 et isoler l'Irlande dans une Union à 27 qui sonne creux - même si cette solution semble raisonnable. C'est pour cela que les Irlandais devraient se montrer magnanimes et dire aux autres pays d'avancer sans eux.

Les Irlandais ont été un bon exemple pour les nouveaux Etats membres. Lorsqu'ils ont rejoint la CE en 1972, ils étaient si pauvres que d'aucuns craignaient qu'ils ne deviennent un fardeau pour les autres membres. Au contraire, sur une période étonnamment courte, les Irlandais ont montré comment un pays déterminé pouvait s'appuyer sur l'intégration européenne pour devenir l'un des plus riches du continent en termes de pouvoir d'achat par habitant.

En fait, l'Irlande a fait d'elle-même un brillant modèle pour les pays qui s'efforcent de rattraper le reste de l'Europe. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous perdrions beaucoup s'il nous fallait lui dire au revoir - et pour lesquelles le rejet frivole du traité de Lisbonne est si tragique. Mais l'Europe doit poursuivre son chemin. C'est maintenant aux dirigeants irlandais de rendre cela possible.

© Project Syndicate, 2008, www.project-syndicate.org. Traduit de l'anglais par Magali Adams.

Une autre opinion sur le référendum irlandais est publiée en page 22.

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