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société

Accepter l’interdit, le refus, la limite

La Direction et l'Équipe pédagogique de l'école Saint-Georges et Trinité de Wezembeek-Oppem

Mis en ligne le 04/04/2009

Certains enfants éprouvent de plus en plus de difficulté à respecter l’autorité. Certains parents aussi, d’ailleurs. Nous avons des droits mais aussi des devoirs.

Dans le courant du mois de mars, la direction et l'équipe pédagogique du comité scolaire Saint-Georges-Trinité de Wezembeek-Oppem faisait parvenir aux parents des élèves fréquentant leur école une mise au point. Celle-ci se posait comme "un signal d’alarme, le départ d’une réflexion en profondeur et en famille sur l’avenir que vous souhaitez préparer à vos enfants". Une réflexion qui s’adresse à tous.

Comme nous, vous avez certainement été alertés, interloqués, bouleversés, voire blessés par les derniers événements relatés à grands bruits dans les médias d’informations concernant la montée de la violence et du passage à l’acte par des adolescents et de jeunes adultes dans une crèche ou une école Nous voudrions avec vous faire ici le point de nos impressions d’enseignants-éducateurs et attirer votre attention sur nos sentiments et nos craintes.

La première réaction est un réflexe de protection et c’est bien compréhensible. On nous demande d’augmenter la sécurité de l’école, de renforcer la surveillance des accès, peut-être d’y installer des caméras, des grilles radio-commandées, des codes d’accès mais nous ne voulons pas que notre école, que l’école de votre enfant, celle où il se sent si bien - et tant mieux - devienne un ghetto, une prison, un quartier de haute sécurité ! De plus, si ces manifestations violentes extrêmes (attaques armées, etc.) marquent l’opinion publique et notre sensibilité, elles restent très rares et exceptionnelles. Jamais la sécurité ne sera totale, il restera toujours la petite faille dans le système par laquelle pourrait s’introduire l’intrus mal intentionné D’ailleurs ce genre d’individu reste une exception, heureusement !

Par contre, la montée d’une violence larvée, banalisée, vécue au quotidien dans la société, celle-la, nous la voyons dangereusement s’insinuer dans le comportement de nos élèves et avec beaucoup de tristesse, nous observons les limites de leur tolérance au "normal" et à "l’acceptable" s’éloigner vers des zones dangereuses Les comportements changent et il nous semble important de nous repositionner par rapport à l’autorité et son importance dans l’éducation.

Nous déplorons une difficulté croissante de nos enfants à la respecter : certains adultes aussi, d’ailleurs ! N’est-ce pas lié ? Le code de la route devient "facultatif", les feux orange "décoratifs", les emplacements de stationnement suivent notre bonvouloir ou notre urgence, les inscriptions peuvent être remises hors délais

Les enfants ont intégré ce mode de vie qui se généralise dans la société actuelle :

- nous devons de plus en plus gendarmer pour obtenir des devoirs régulièrement exécutés ;

- nous sommes étonnés de voir transgressées sans état d’âme les règles établies et les chartes, et de devoir sans cesse en ajouter de nouvelles ;

- nous sommes alarmés parfois de constater de quelle façon ils vous parlent, comment certains "balancent" leur cartable ou sac de gym à leur maman qui les accueille à 4 h

Un vecteur important de cette violence est moderne et attire l’enfant du XXIe siècle, ce vecteur attrayant et déifié, c’est Internet, élevé au rang de vérité extrême et exemple à imiter ! Nous ne sommes pas rétrogrades et nous ne voulons pas condamner cet outil moderne et utile mais comme on ne laisse pas un enfant apprendre à rouler à vélo seul sur une grand-route - vraiment ça ne vous viendrait pas à l’idée -, on ne laisse pas non plus des enfants apprendre seuls à surfer sur le Net. Nous ne pouvons pas comprendre que des enfants aient un accès libre à Internet en attendant que papa et maman rentrent du travail ou des courses Nous ne pouvons pas imaginer qu’un enfant ait accès à Internet seul dans sa chambre et y invite ses copains Nous ne pouvons admettre que les enfants choisissent seuls leurs sites et jeux sur le Net : de nombreux jeux les habituent à banaliser la violence, l’agressivité reconnue comme preuve de puissance et de force, l’impunité des actes, la possibilité de perdre sa vie virtuellement et d’en retrouver à volonté Et vous avez probablement acquiescé en lisant ceci ! Mais votre enfant, seul devant son écran, en est-il aussi convaincu ? L’attrait de ces jeux, l’effet de mode, le bouche- à- oreille d’enfant à enfant sont très influents sur ses choix et ses goûts

Nous pensons par rapport à ce sujet qu’il ne faut pas brûler les étapes; la présence des parents, même de loin dans la même pièce, avec un regard de temps en temps sur l’écran, est indispensable Le dialogue sur le choix des jeux ou l’interdiction de tel jeu aide l’enfant à se construire son échelle de valeurs

Un autre domaine pour lequel nous avons des inquiétudes, c’est l’autorité. Les enfants ont des droits mais aussi des devoirs. Si votre enfant a droit à votre sollicitude : être nourri, logé, habillé, instruit et surtout être aimé il a aussi des devoirs vis-à-vis de vous : le devoir de vous respecter et de vous obéir. N’acceptez pas qu’il vous parle comme à ses copains de classe, qu’il vous manque de respect en acte ou en parole ! Malgré le bon contact que vous avez instauré avec votre enfant, il ne sera jamais votre égal Il sera toujours un enfant et vous un adulte, cette différence ne sera réduite que par son entrée dans le monde des adultes. Et ce n’est pas dans notre esprit paraître de mauvais parents ! Nous ne souhaitons pas un retour de l’autorité pour l’autorité mais une autorité nécessaire et bien comprise, une autorité de l’adulte qui se sent responsable de l’avenir de son enfant. L’enfant en a besoin pour se construire, pour sa sécurité, pour son bonheur Il vous en sera reconnaissant plus tard. Votre enfant ne peut se construire seul, il a besoin de vous pour l’aider à faire des choix. C’est à vous, parents, à ne pas confondre : "Je ne peux pas punir mon fils ! Je ne peux pas dire non à ma fille ! Je l’aime ! Je suis son papa, sa maman !" Aimer n’est pas autoriser toujours et accepter tout ! Interdire ou réprimander n’est pas un manque d’amour !

Et dans cette optique, la frustration est un "inconfort" que l’on voudrait tant éviter à nos chers petits Et pourtant, en tant qu’adultes, nous y sommes confrontés chaque jour et presque chaque heure dans la société d’aujourd’hui.

L’enfant doit accepter l’interdit, le refus, la limite Comment le pourra-t-il en tant qu’adulte s’il n’y a pas été habitué dès l’enfance. Savoir dire non, mettre des limites, c’est d’abord et avant tout aimer son enfant et le lui montrer : vous lui interdisez bien de jouer avec des allumettes ou de rouler seul à vélo dans la rue ! Les limites sécurisent l’enfant, l’aident à se construire. La frustration face à une envie non assouvie n’a jamais blessé aucun enfant même s’il en a pleuré, hurlé, tapé des pieds ! Par contre le manque de frustrations et d’interdits lui fait croire à satoute- puissance : qu’il peut, sur simple demande, obtenir et réaliser chaque envie

Et une frustration importante et indispensable, c’est d’assumer les conséquences de ses actes dans le respect d’une punition juste et adaptée à son âge. Nous sommes interpellés par les réactions de certains parents, aux punitions, remarques ou réprimandes. Si votre enfant a reçu une réprimande ou une punition, nous ne pensons pas éducatif de l’excuser, de lui donner raison ou de minimiser la situation. Même s’il vous explique que "ce n’est pas ma faute, c’est untel qui , c’est parce que " (un petit mensonge a toujours paru insignifiant à l’enfant pour se justifier, nous en avons tous usé quand nous étions petits), même devant ses argumentations véhémentes, il nous semble inadapté de lui donner immédiatement raison et de dénigrer devant lui l’autorité scolaire. Proposez-lui d’en parler le lendemain avec le professeur et de rediscuter avec lui après Ne fermez pas la porte à la discussion mais différez-la ! Ne lui donnez pas immédiatement raison mais proposez-lui de prendre vos informations à l’école ! Peut-être déjà changera-t-il sa façon future de vous raconter sa vie scolaire ? Nous ne pensons pas abuser d’autorité et de punitions, nous sommes persuadés d’avoir instauré à l’école un climat de confiance et des chartes discutées et acceptées en conseil de classe et conseil d’école Si votre enfant a mérité une sanction, n’hésitez pas à venir confronter vos impressions, la version de l’enfant et l’avis des professeurs. Nous sommes toujours ouverts à ce dialogue, plus éducatif et constructif, qu’une amertume vécue à distance.

Nous remarquons aussi que certains enfants n’acceptent plus de perdre, de ne pas être le meilleur, de se tromper. Or un des fondements de notre pédagogie est que "à l’école, on a le droit de se tromper. On peut essayer et rater puisqu’on est là pour apprendre." C’est aussi une frustration à laquelle il faut habituer votre petit. Par exemple, nous ne comprenons pas qu’un parent qui joue un jeu de société avec son enfant, perde consciencieusement chaque partie pour ne pas frustrer son petit ! Quelle image de l’adulte se construit-il ? Quelle idée se fait-il de son parent ? Et comment est-ce possible pour lui après de perdre au jeu avec ses copains de ne pas réussir un exercice de rater un examen ?

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