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ChroniquePolitique
La doctrine Maddens
Mis en ligne le 22/06/2009
Les partis politiques flamands se repositionnent actuellement autour d'une nouvelle stratégie politique pour le dialogue communautaire. Depuis plusieurs semaines, le débat sur la "doctrine Maddens" - c'est le nom du politicologue à la KUL qui a formulé pour la première fois cette vision - est mené sur toutes les plateformes médiatiques possibles. La NV-A et aussi le ministre sp.a Frank Vandenbroucke se sont ralliés aux idées du professeur Maddens.
Le point de départ de la nouvelle approche communautaire flamande semblera familier aux hommes et femmes politiques francophones, puisqu'il se résume à une petite phrase qui fut souvent prononcée par Joëlle Milquet ou par Elio di Rupo : "Nous ne sommes demandeurs de rien." Le raisonnement est simple. Sachant que le Sud n'était pas vraiment intéressé, les Flamands se sont mis eux-mêmes dans une mauvaise position de négociation communautaire par leur désir manifeste de réformer l'Etat. Mieux vaut donc pour le Nord d'abandonner cette notion d'urgence et d'attendre le moment où les francophones la découvriront eux-mêmes.
La force motrice qui fera bouger les partis francophones dans ce sens est évidente : la crise économique est en train d'accélérer la faillite de l'Etat fédéral et celle-ci deviendra inéluctable sans réforme du système de partage financier entre fédéral et régions. De plus, l'urgence de la réforme de l'Etat augmentera parce que la situation budgétaire des entités fédérées s'annonce dramatique : un déficit de 600 millions à la Région wallonne et de 400 millions à la Communauté française. A Bruxelles, Guy Vanhengel s'attend à un déficit autour des 400 millions pour cette année. Sans réajustement, la Flandre aussi connaîtra, cette année, un déficit d'un milliard d'euros. Mais paradoxalement, l'austérité budgétaire qui s'annonce n'est pas perçue comme dramatique, parce qu'on espère qu'elle forcera la réforme institutionnelle.
Le président de la NV-A, Bart De Wever, a donc déclaré que la Flandre ferait mieux de mettre le dialogue communautaire en veilleuse : bientôt, le moment sera plus apte à la discussion avec le Sud. En plus, cette attitude permettrait à la NV-A de sauvegarder sa virginité jusqu'au prochain scrutin fédéral. Entre-temps, la Flandre ne doit pas abandonner son ambition d'une plus grande autonomie et elle doit - selon De Wever - faire deux choses. Premièrement, elle doit prendre le maximum d'initiatives au sein des compétences de la Communauté flamande. On pense, par exemple, à une augmentation des allocations familiales et des allocations d'études, à la création d'une sécurité sociale parallèle purement flamande.
En ce qui concerne les compétences qui appartiennent toujours au Fédéral, la Flandre devrait, selon la doctrine Maddens, copier une deuxième tactique bien connue au Sud : elle devrait déclencher des procédures de conflit d'intérêts. Elle pourrait ainsi obliger le fédéral à négocier sur des matières comme la politique de l'emploi. Cela augmentera la pression à réformer l'Etat et créera de facto un système confédéral. En préconisant le statu quo institutionnel, la Flandre appliquerait en même temps à la lettre la loi sur le financement des régions et communautés, ce qui signifierait tout simplement qu'elle refuserait de prendre en charge une partie du déficit fédéral. Si la Communauté française était alors tentée, au vu de la nouvelle situation, à rouvrir le dialogue communautaire, les Flamands pourraient, selon le professeur Maddens, alors répondre : "Chers amis, on n'est demandeurs de rien, mais si vous insistez..."
© La Libre Belgique 2009
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