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Réaction
Stop aux fausses vérités !
Geoffroy De Schutter, Programme Director, WWF-Belgique
Mis en ligne le 13/07/2009
Dans son article "Stop au catastrophisme !", Bjorn Lomborg mettait en doute l’utilisation de la notion d’empreinte écologique qui conduirait, selon lui, à un message inutilement catastrophiste.
Il nous paraît donc utile de remettre l’église au milieu du village.
Sur la notion d’empreinte écologique, si l’auteur l’a bien définie, il l’a vraisemblablement mal interprétée.
Quand M. Lomborg demande "comment utiliser davantage de ressources que celles qui sont réellement disponibles" , il s’agit d’une question fondée sur une confusion : l’empreinte écologique ne comptabilise pas les "ressources disponibles" mais bien les "ressources produites au cours de l’année". La différence est fondamentale. Elle est la même que la différence entre ce que vous avez sur un compte en banque et les intérêts produits par ce compte, ou encore entre le bois produit en une année par une forêt et le bois total disponible dans cette même forêt. Si vous consommez au-delà des intérêts de votre compte en banque, vous entamez votre capital. De même, si vous exploitez trop votre forêt, sa régénération sera compromise. C’est aussi simple que cela.
M. Lomborg affirme "qu’il est probable que la productivité de l’utilisation du sol va croître de manière spectaculaire". Ici encore, il mélange les concepts de biocapacité (la surface disponible annuellement, soit l’"offre" annuelle de la Terre) et d’empreinte écologique (la surface consommée, soit la "demande" annuelle). Le problème étant bien aujourd’hui que la demande est supérieure à l’offre. La productivité des sols (l’offre) augmente, mais la demande par unité de produit augmente tout autant : on peut produire plus de tomates sur une même surface avec une agriculture plus intensive, mais l’empreinte par unité de tomate augmente d’autant puisque ce mode de culture nécessite plus d’intrants, plus d’énergie, plus de transport, etc., par tomate. Puisque le problème est la différence entre l’offre et la demande, si les deux augmentent proportionnellement, on ne résout pas le problème.
Il affirme également que l’empreinte écologique de l’agriculture biologique est supérieure à celle de l’agriculture intensive, ce qui n’est pas faux. En effet, une tomate bio nécessitera plus de surface qu’une tomate issue de l’agriculture conventionnelle. En terme de surface et donc d’empreinte, c’est exact. Cependant, il a été maintes fois prouvé que l’agriculture biologique apporte des bénéfices indéniables en matière de santé comparativement à l’agriculture conventionnelle. Or, la santé n’est pas prise en compte dans l’empreinte écologique. Cela démontre juste que l’empreinte écologique n’est pas un indicateur miracle qui tient compte de toutes les dimensions et qu’on ne peut pas lui faire dire n’importe quoi. C’est pourquoi le WWF l’utilise avec prudence, ce qui n’est pas le cas de M. Lomborg.
Une autre erreur de M. Lomborg réside dans son interprétation selon laquelle l’empreinte écologique propose de planter des arbres pour résoudre le problème des émissions de gaz carbonique. L’auteur confond manifestement méthode de calcul et proposition de solution. L’empreinte écologique calcule la capacité d’absorption de CO2 de la Terre en déterminant la surface de forêt nécessaire pour l’absorber. Il s’agit donc d’une méthode de calcul et non pas d’une proposition de solution. L’empreinte écologique ne suggère absolument pas de planter exclusivement des arbres pour résoudre le problème du changement climatique. Replanter des arbres (et éviter la déforestation) fait partie des solutions, mais n’est pas l’unique solution dans la mesure où les surfaces productives disponibles ne sont tout simplement pas suffisantes pour contenir tous les arbres. Les autres solutions se trouvent également dans le développement des énergies renouvelables et le renforcement de l’efficacité énergétique. Ce que le WWF encourage depuis longtemps.
Tout ce que l’empreinte écologique démontre, c’est que nous surexploitons les ressources naturelles mises à notre disposition par la Terre. Si tous les êtres humains vivaient comme un Américain moyen, nous aurions besoin aujourd’hui de cinq planètes pour vivre.
M. Lomborg n’apprécie pas le résultat ? Nous non plus. Cependant, nier notre surconsommation écologique et retarder les actions pour y mettre fin coûtera plus cher et causera plus de dommages à long terme. Les conséquences de cette surconsommation se font déjà ressentir dans certaines parties du monde (effondrement des stocks de poisson, changement climatique, famines), mais ceci n’est pas inéluctable. Nous pouvons encore changer le cours des choses et décider de vivre de manière durable.
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