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Europe
Citoyenneté et conscience européennes
Etienne Cerexhe
Mis en ligne le 28/09/2009
L'Europe est une entité politique dont font partie les citoyens de l'Union.
En tant qu'entité politique, l'Europe a ses frontières définies par référence aux frontières des Etats.
Vis-à-vis du monde extérieur, elle s'efforce d'avoir une identité propre à travers, notamment, ses relations extérieures, que ce soit la politique commerciale, la politique de coopération et la politique étrangère et de sécurité.
Sur le plan interne, l'Europe constitue un espace commun où sont organisés, d'une part, la liberté de circulation, avec ses corollaires, le droit de séjourner et la suppression du contrôle aux frontières, d'autre part, des politiques communes ou de coopération dans un certain nombre de domaines, tels la politique économique, la protection de l'environnement, la culture et l'éducation, la recherche, la justice et la sécurité, les transports... Dans cet espace, une zone privilégiée, dénommée "euro", est constituée par un certain nombre de pays qui ont adopté une monnaie unique, "l'euro", et qui ont une politique monétaire commune.
Cette Europe s'est dotée de signes et de symboles qui sont la manifestation et l'expression de son existence et de son identité. On retiendra l'hymne européen, le passeport européen, même s'il conserve un ancrage national, le permis de conduire européen et la journée de l'Europe.
Mais l'Europe, ce n'est pas qu'une entité politique avec une assise territoriale, ce sont également des citoyens. Dès le début de la construction européenne, ils ont été reconnus comme bénéficiaires des libertés communautaires et du principe de l'égalité de traitement, mais c'est dans le traité de Maastricht que la citoyenneté européenne prend tout son sens. En effet, en vertu de l'article 8 de ce traité, "est citoyen européen, toute personne qui a la nationalité d'un Etat membre". La citoyenneté européenne se superpose donc à la citoyenneté nationale, mais ne s'y substitue pas. On reste belge tout en devenant citoyen de l'Union. Cette citoyenneté est génératrice d'un certain nombre de droits : droit de circuler et de séjourner librement dans le territoire de l'Union, droit de vote et d'éligibilité aux élections européennes et municipales, droit de pétition, d'accès au médiateur et à certains documents administratifs, droit à l'assistance diplomatique; enfin, confirmation des droits fondamentaux de la personne.
Mais si l'Europe en tant qu'entité politique a une certaine consistance, si les citoyens y sont reconnus avec certains droits, il n'y a pas au niveau de ceux-ci une prise de conscience européenne, c'est-à-dire un sentiment d'appartenance à une même communauté. Un Français ne se sent pas chez lui à Londres ou à Berlin, il est dans un pays étranger. De même, lorsqu'il est aux Etats-Unis, il révélera son identité en déclarant qu'il est français et non européen. Les signes et les symboles que nous avons évoqués précédemment peuvent sans doute indirectement contribuer à une prise de conscience de la citoyenneté européenne, mais leur portée reste limitée. Si le Français vibre en entendant la Marseillaise, il ne témoigne d'aucune émotion en entendant l'hymne à la joie, qui est l'hymne européen.
Mais ce qui est inquiétant, ce n'est pas tellement l'absence de prise de conscience européenne, mais c'est que, progressivement, s'infiltre dans l'esprit des Européens une prise de conscience négative à l'égard de l'Europe, au moins un sentiment d'indifférence. Il suffit de voir les réactions du monde agricole et de ceux qui perdent leur emploi en raison de fermetures d'entreprises ou de restructuration. Même le projet Erasmus qui permet une grande mobilité des étudiants, et dont on doit saluer la réussite, ne génère pas dans le chef des étudiants une prise de conscience européenne. Pour les populations, l'Europe est en grande partie perçue comme un vaste projet technocratique.
L'Europe est, dès lors, confrontée à un problème vital et existentiel. Pour éviter les réflexes nationalistes, il faut qu'elle devienne un élément consubstantiel de la vie des Européens, qu'elle participe et qu'elle s'intègre dans leur vie au quotidien. Il est démontré que tout pouvoir a besoin d'une base populaire pour acquérir une certaine légitimité. Et ce ne sont pas les milliers de brochures diffusées sur l'Europe qui permettront d'atteindre cet objectif. Il faut, dès lors, s'efforcer de diffuser le plus largement possible l'idée européenne auprès de l'ensemble des populations.
A cet effet, l'accent devrait être mis sur deux axes : l'éducation et la culture.
L'éducation. L'idée d'un sentiment européen et d'un attachement à l'Europe doit être inculquée aux jeunes, quelles que soient les filières d'enseignement, dès leur plus jeune âge, c'est-à-dire dès la maternelle, et jusqu'au terme de leurs études. Ils doivent être imprégnés de l'idée européenne. Pas seulement à travers un cours d'histoire ou un cours sur les institutions européennes, mais à travers tous les enseignements, marqués trop souvent encore par une dimension exclusivement nationale.
La culture. Elle peut constituer un élément fédérateur entre tous les peuples de l'Europe. Il y a, en effet, entre eux un patrimoine culturel commun, témoin de la richesse de notre passé. Mais ce patrimoine conserve souvent un ancrage national. Fruit d'un héritage commun, il faut lui redonner une dimension et un rayonnement européens afin qu'il permette une prise de conscience de l'identité européenne. A cette fin, il faut dépasser les projets ponctuels, comme des journées du patrimoine, ou trop exclusivement élitistes, pour s'engager dans des actions en profondeur et à long terme.
Une prise de conscience européenne par l'éducation et la culture, c'est une mission de tous les acteurs de la société, y compris les pouvoirs politiques. Quant à ces derniers, l'accent sera mis sur les missions des collectivités locales, communes et municipalités, qui constituent le pouvoir le plus proche des citoyens.
Grâce à une prise de conscience européenne, le Belge se sentira, demain, belge et européen ou, mieux, européen et belge. Pour paraphraser Nietzsche, si nous sommes déjà des Européens, encore faut-il le devenir.
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