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Opinion - Jour des morts
Comment se remémorer nos chers défunts?
Robert Henckes
Mis en ligne le 27/10/2009
Notre tradition chrétienne nous invite à commémorer les défunts qui nous sont chers le 2 novembre. Qu’est-ce que cela me dit en 2009? Est-ce suffisant d’aller à la tombe de mes parents et beaux-parents, comme un geste de politesse? Ou bien cela peut-il représenter plus pour moi? Sont-ils encore présents dans ma vie? Comment? Et est-ce bien nécessaire? Ou faut-il interpréter ce "laissez les morts s’occuper des morts" comme une invitation à les oublier et à les ranger définitivement dans un tiroir du passé?
Je crois que nos parents défunts ont une place privilégiée dans nous cœurs. Le décalogue nous ordonne d’"honorer nos père et mère". Comment leur donner leur juste place dans mon cœur? Comment leur être reconnaissant pour tout ce qu’il m’ont donné, la vie en premier lieu, mais tant d’autres choses encore? Comment les garder "vivants" dans mes pensées, dans mon être profond, dans mes projets et mes prières?
Mais la relation sera-t-elle d’emprise ou de liberté?
Jésus dit à Marie Madeleine: "Ne me retiens pas! Je vais vers mon Père et votre Père" (Jn 20,17)
Est-ce que je retiens encore ma mère décédée, lui laissant une emprise qui me lie à son contrôle trop maternant? Est-ce que je maintiens mon père loin de moi, à l’écart, pour ne pas être confronté à l’épreuve de l’abandon ou du rejet? L’une ou l’autre attitude m’enchaîne à mes parents défunts et eux à moi.
Le travail de deuil provoque ma libération de ces chaînes, ainsi que celle du parent décédé. Il faut souvent bien du temps pour arriver à se délier de ses enchaînements.
Exemples:
Mon père est mort d’un cancer quand j’avais 16 ans, et il en avait 44. Comme j’étais surtout marqué par le manque de père, par son absence, j’ai fait à sa mort le deuil dont j’étais capable: je l’ai voulu heureux et je l’ai placé bien haut dans le ciel, près de Dieu, dans la paix, mais aussi loin de moi. J’ai mis mes manques sous couvercle. Ce n’est qu’au milieu de la quarantaine que j’ai eu l’occasion, en accompagnant un ami mourant d’un cancer au même âge, de reprendre ce "dossier" non clôturé. J’ai continué mon travail de deuil, non terminé. J’ai rencontré mes manques, avec ma colère rentrée d’avoir été abandonné. J’ai demandé la grâce de lui pardonner son absence et son abandon, involontaire. Cela m’a permis de le remercier ensuite pour tout ce qu’il m’avait donné. J’ai ainsi établi une relation de proximité avec lui; il est descendu du "ciel" et m’est devenu plus proche dans ma vie de tous les jours. Il m’attend près du Père et reste préoccupé de moi.
J’ai pu garder longtemps ma mère en vie près de moi. Elle nous a quitté il y a 7 ans; elle avait presque 92 ans, et avait eu une vie courageuse et bien remplie. Je pensais que tout était OK avec elle, mais, il y a deux ans, j’ai réalisé que j’étais encore retenu par elle dans une relation d’emprise. Quand je songeais à elle, me venait en mémoire son doigt plein de reproches qui pointait une tache sur ma chemise, qui me disait de manger moins vite et plus proprement, ou même qui critiquait ce qu’elle appelait mes "bondieuseries". J’ai remarqué que ma relation à elle n’était pas encore sereine et j’ai "travaillé" cette emprise bienveillante, mais étouffante, qu’elle avait sur ses enfants; emprise qui avait comme effet de me faire agir, vis-à-vis de personnes en position d’autorité, de façon à leur plaire et à fuir les situations conflictuelles. J’ai demandé pardon pour mes réactions de complaisance et d’évitement des conflits avec elle, ainsi que de leurs conséquences. Je lui ai pardonné son amour maternel trop envahissant. Cela m’a permis de retrouver une relation joyeuse et reconnaissante avec ma mère. Je la vois actuellement qui me sourit et m’encourage. Elle tient un verre de champagne à la main et est fière de moi, même quand j’ai un avis différent et que j’agis en conséquence.
Ne puis-je pas prier mon père et ma mère pour demander leur intercession dans des situations actuelles: "Papa, je ne sais que faire dans telle situation possible. Tu as aussi vécu une telle épreuve, peux-tu éclairer ma lanterne?" Ou "Maman, tu as toujours été une femme optimiste et d’action; peux-tu demander au Père de m’envoyer Son Esprit de force et de persévérance?"
Le lundi 2 novembre, jour des morts, en union avec mes parents en Christ, j’aurai une joie profonde dans mon cœur. Je pourrai leur dire combien je les aime et combien je leur suis reconnaissant de m’avoir appris, malgré leurs lacunes, à aimer en vérité. Je suis aussi heureux d’être relié à eux dans mes joies et mes épreuves, en leur demandant leur intercession. Ils sont présents, vivants au fond de moi.
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