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Courants d’air
Le ras-le-bol des chauves
Eric de Bellefroid
Mis en ligne le 19/11/2009
C’est la malédiction des hommes et les chauves en ont marre. Ils en ont ras la touffe. La révolte gronde sous les crânes nus. On leur a tant promis monts et merveilles - implants, prothèses et autres fariboles - qu’ils ont maintenant décidé de faire la greffe du zèle en front commun.
C’est bien sûr Marcel Caillou, coiffé comme un genou (entre compagnons de la révolution, on l’appelle "Chauve Marcel"), qui a été, moyennant un vote stalinien (100 pour cent, à un cheveu près), élu à la présidence des CCC (Cellules capillaires combattantes), fer de lance d’un combat probablement perdu d’avance. Non sans toutefois une farouche détermination aux plus vigoureux crêpages de chignons et coupages de cheveux en quatre avec les représentants politiques d’une infime mais indécente minorité de velus et chevelus.
A quel effet il nous faudra bien toute la maîtrise du président secrétaire général Caillou pour agir de sang-froid dans ce vif débat de société. Pour nous montrer à tout le moins qu’il saura, par vents et tempêtes, garder la tête froide. Ce qui est d’ailleurs, en principe, la grande force des chauves.
Des chauves, donc, qui sont las et contrariés. Las d’entendre qu’ils ont un "front intelligent", ce qui leur fait une belle jambe. Las aussi de voir que leur lutte ne mène juste à rien. S’il existe aujourd’hui des Journées mondiales de la clé à molette et de la tartiflette savoyarde, rien de tel à vrai dire pour la calvitie. Pas le moindre sentiment, pas la moindre reconnaissance.
Or, les statisticiens sont formels. Il suffit, du fond d’une église, d’assister à une messe de funérailles pour attester que 90 % des hommes sont frappés d’alopécie. Avec ou sans couronne, mais de toute façon galopante.
Depuis des mois, on nous rebat les oreilles avec la grippe mexicaine. Dans ce cas-là cependant, un vaccin a déjà été trouvé, tandis qu’un médicament est également disponible. Pour quantité d’autres maladies, du cholestérol à l’énurésie, il en va exactement de même. Alors pourquoi les chauves n’auraient-ils pas droit à un égal traitement?
En fait de traitements, au demeurant, il n’en manque guère. Il ne se passe pas un jour sans qu’on nous annonce une nouvelle "innovation antichute". Qui freinerait soi-disant la chute donc (selon une efficacité déclarée de 88 %) et, même, assurerait la repousse (suivant un coefficient de croissance de + 39%). Dans des délais, hélas, toujours aussi chimériques. Malgré quoi, surtout, ces remèdes coûtent la peau du crâne et ne sont promis à aucun remboursement.
Fort heureusement, M. Marcel Caillou, loin de courber l’échine, garde la tête sur les épaules. Avec la très aimable complicité du syndicat des shampouineuses et des garçons coiffeurs, il prétend organiser bientôt de spectaculaires opérations de relations publiques pour la promotion des chevelures prospères et la conscientisation des peuples à cette épouvantable problématique sociétale. "La cause du cheveu n’avance pas d’un poil" , a-t-il coutume de déclarer dans les grands cénacles internationaux, où il est très écouté mais fort peu entendu.
Si l’on ne fait rien pour les chauves, la situation risque à l’évidence de s’envenimer. Déjà coiffés à l’extrême gauche, par rapport à la ligne ultra-droitière de la société néo-libérale, les calvitiens et calvitiques de tous les pays sont en train d’unir leurs dernières forces vitales contre l’indifférence et l’immobilisme d’un microcosme politique de mèche avec l’arrogant et conspirant lobby des perruquiers.
Aussi, même si l’on sait grâce à la médecine chinoise que l’énergie pousse dans les cheveux, qu’on ne vienne pas s’étonner si demain éclatait une nouvelle fronde populaire. Le mal est à la racine. Les Cellules capillaires combattantes ne fuiront pas leurs responsabilités. La "lutte des klach" a commencé. Chauve qui peut.
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