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Mamy bénévole et maintenant révoltée
Marieke (identité connue de la rédaction)
Mis en ligne le 23/11/2009
Mamy de deux loulous encore en gardienne, j’ai d’abord été maman de trois enfants. Bénévole, je le suis devenue, il y a 5 ans, lorsque le hasard m’a présenté Martin (prénom d’emprunt) en perdition après sa première primaire qu’il a naturellement doublée. Pendant toutes ces années, plusieurs fois par semaine, Martin et moi, nous sommes retrouvés pour déchiffrer, puis lire quantité d’histoires. Au cours de l’une des premières rencontres, me regardant en face, Martin m’a déclaré : "Tu n’es qu’une em deuse !". Cela en disait long sur son désarroi. J’ai tenu bon, nous avons tenu bon; de fil en aiguille il a apprécié la démarche, finissant par s’inquiéter de mon sort en cas d’absence. J’ai le sentiment, sinon la prétention de croire, que je lui ai donné le goût de la lecture et redonné celui d’aller à l’école.
Martin est entré en 5e et lit presque couramment ce qui n’est pas un exploit, me direz-vous, à son âge. Et pourtant A 7 ans, il a été déclaré dyslexique, une logopède (peu performante semble-t-il) l’a suivi pendant 2 ans. Parvenu en 4e, il subit de nouveaux tests : dyslexie grave, dysorthographie, dyscalculie. Nouveau logopède en milieu hospitalier; les progrès ne tardent pas à se faire sentir mais les lacunes sont bien sûr énormes. Septembre 2009, entrée en 5e. Selon son souhait, tous les jours j’assiste Martin dans ses devoirs. Ensemble nous préparons le lendemain et revoyons ce qui n’a pas été dans la journée. Il fait preuve d’une rare détermination et d’une envie de réussir que je n’ai pas le souvenir d’avoir connues chez mes enfants.
Nous avons le sentiment de progresser jusqu’à ce premier bulletin, le week-end dernier, qu’il reçoit en pleine face, tel un uppercut : "résultats trop faibles ". Je retrouve Martin, en pleurs, proche du K.O, complètement découragé, ne voulant plus rien faire. Un couperet lui est tombé sur la tête parce qu’on le juge à l’aune des autres, les normaux, les pas dyslexiques, ceux qui ont un cerveau standard. Tous les efforts de 2 mois balayés par quelques mots et appréciations que je qualifierais de malheureux. Anéanti l’enthousiasme.
Maintenant révoltée, devant le désarroi de cet enfant dont les notes qu’il espérait meilleures au regard de son travail quotidien (une heure à une heure et demie, après la classe) ne reflètent rien, je m’interroge beaucoup. Un unijambiste est-il noté en gymnastique selon les mêmes barèmes qu’un valide ? Alors qu’on parle de nouvelle orthographe, faut-il imposer à ces enfants "différents" et même aux autres toutes les subtilités de notre langue ?
Doit-on, contre vents et marées, obliger ces enfants à étudier le néerlandais, alors qu’ils sont déjà empêtrés en français dans des sons (en, an, in ) qui ont dans l’autre langue une prononciation différente ? Qu’en est-il de l’école fondamentale et de l’égalité des chances, si ces enfants "handicapés", mais par ailleurs normalement intelligents ne peuvent sortir du primaire avec un bagage minimal ? Existe-t-il des structures spéciales pour eux ? Pourquoi faudrait-il laisser au bord de la route des enfants comme Martin, "handicapé", de surcroît pas très gâté socialement, mais qui en apprendrait énormément à beaucoup sur les animaux et la nature dans laquelle il espère pouvoir travailler plus tard.
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