Abonnez-vous a La Libre Belgique

Europe

Van Rompuy est à sa place...pas l’Europe

philosophe

Mis en ligne le 27/11/2009

Nonobstant les commentaires de la presse européenne, les 27 ont fait un excellent choix. Son savoir-faire a inspiré le respect et l’espoir pour s’employer à l’échelle du continent. L’Europe doit devenir assez forte pour négocier d’égal à égal avec les autres géants. Une opinion de Jérôme Grynpas, Philosophe.
Jérôme Grynpas

Les commentaires de la presse étrangère sur la nomination d’Herman Van Rompuy sont affligeants et dénotent un psittacisme aberrant. Comment ne pas comprendre que, les choses étant ce qu’elles sont, les 27 ne pouvaient pas faire un meilleur choix. Dans les jugements péremptoires qui se déclinent dans des journaux parfois mieux inspirés, on décèle un dépit qui devrait se porter sur l’Europe telle que l’ont voulu les politiques et non sur un homme qui personnifie une réalité incontournable. Que les Européens - par voie de presse - plutôt que de gémir et de s’autoflageller construisent une Union qui s’imposerait par elle-même sans qu’il soit nécessaire de mettre à sa tête un personnage "flamboyant" pour cacher sa faiblesse structurelle.

Qui à la place de Van Rompuy ?

Actuellement, l’Europe "dispose" de trois personnages flamboyants : Blair, Sarkozy et Berlusconi. Faut-il beaucoup insister ? Nommer une femme, pourquoi pas ? Mais à l’exception de Madame Simone Weil, relativement bien connue, qui donc ? Elle n’était ni candidate ni nominée. Les autres candidat(e)s appartenaient tous à des "petits" pays, tous également respectables et compétents. Herman Van Rompuy avait en plus pour lui - aux yeux des Grands Electeurs du Conseil Européen - d’avoir apparemment remis en route la très compliquée machine gouvernementale-Belgique. N’oublions pas que nos partenaires regardaient avec une inquiétude grandissante les déchirements qui menaçaient l’existence de notre pays. Ce n’est pas tant le sort du royaume qui les préoccupait que les conséquences que son démantèlement pouvait avoir pour une construction européenne, déjà fragile. Les nationalismes régionaux étaient aux aguets : basque, corse, écossais, catalan, padanien (Italie du nord) Or en quelques mois, s’il n’a rien résolu au fond, il a apaisé l’espèce de rage jusqu’au-boutiste qui animait les nationalistes de sa propre communauté.

Les Européens sont des pragmatistes modestes. Un tel résultat, en quelques mois, inspirait le respect et l’espoir que ce savoir-faire trouverait à s’employer à l’échelle du continent. A tout prendre, n’est-il pas dans un état de crise larvée permanente ? Qui mieux que notre Premier ministre peut présider à son cheminement chaotique et engranger quelques progrès ? L’avenir nous dira si ce calcul était le bon. Les critiques sottes et désobligeantes qu’on lui adresse sont sans objet.

Des aveux sous forme de critiques.

Comment cet homme modeste - Herman Van Rompuy - pourrait-il parler d’égal à égal avec Obama, Hu-jintao, Medvedev et tutti quanti se lamentent les éditorialistes étrangers ? Curieux reproche ! Quel homme politique européen peut le faire ? Sarkozy est connu mondialement; la France garde son aura. Il a fait de nombreuses déclarations péremptoires en de multiples endroits de la planète. Pour autant, est-il en train de modifier le cours des événements ? On peut rétorquer que le Président des Etats-Unis, s’il a modifié en mieux l’image désastreuse de son pays, n’a pas encore su dégager de nouveaux équilibres internationaux au contraire, même s’il paraît être mieux à même d’agir en interne, voir le plan pour une assurance-santé universelle. Les Russes, eux, essayent avec leur brutalité coutumière de rétablir leur influence passée. Les Chinois travaillent, accumulent et se taisent, comme s’il suffisait d’attendre pour que "l’Empire fleuri" s’installe à la première place.

Et l’Europe dans tout cela ? Elle est nulle part. L’homme le plus brillant, le plus respecté, le plus intelligent n’y changera rien. C’est l’Europe qui doit changer. Elle doit devenir une puissance vraiment souveraine et comme toutes les autres puissances être une "forteresse ouverte", c’est-à-dire suffisamment forte pour négocier d’égal à égal avec les autres géants. Que les journalistes de la presse européenne plutôt que de se lamenter sottement sur le "pâle" président Van Rompuy expliquent à leurs lecteurs cette vérité de bon sens. Et s’ils ne le font pas, c’est parce qu’ils sont en grande majorité résignés à voir se perpétuer une Europe invertébrée. Ils participent à ce consensus mou qui a permis à l’Union de s’agrandir mais pas de se muscler. Ils sont comme la plupart des politiques de "bons Européens", mais sans projet. Ils croient à l’Europe sans y croire. Dans ces circonstances, pouvait-on trouver mieux qu’Herman Van Rompuy ?

Savoir Plus

jerome@grynpas.net

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page