Abonnez-vous a La Libre Belgique

Politique

2010 sera l’année BHV

Essayiste politique

Mis en ligne le 09/01/2010

La poussée autonomiste ne cesse de se confirmer en Flandre. En scindant BHV, la Flandre entend fixer ses frontières futures comme Etat souverain. La seule négociation sensée portera sur la répartition des biens de la Belgique défunte.
Jules Gheude

S’il faut en croire l’enquête que vient d’effectuer "La Libre Belgique", ils seraient 58%, en Flandre, à se prononcer en faveur de la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Récemment, l’office du tourisme flamand à New York a distribué un carton d’invitation reproduisant une carte géographique inédite : on voit, en effet, la Flandre (avec Bruxelles en plein milieu) ayant la France comme frontière sud. Cette carte ne fait, en réalité, qu’anticiper un scénario que nous jugeons inéluctable : l’envol prochain d’un Etat flamand indépendant.

Les palabres de 2007 et 2008 visant à mettre sur pied une nouvelle réforme de l’Etat n’ont rien donné. Et pour cause : le nationalisme flamand a irrémédiablement miné le Royaume de Belgique. Depuis trois ans, la poussée autonomiste n’a cessé de se confirmer en Flandre. Le dernier baromètre de "La Libre Belgique" révèle que le Vlaams Belang, la N-VA et la Lijst Dedecker totalisent 39,3% des intentions de vote. Et l’on sait que le CD&V (22,2%), ainsi que l’Open VLD (voir les déclarations du nouveau président, Alexander De Croo), ne sont jamais en reste lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts fondamentaux de la Flandre.

L’explication du blocage belge réside dans le fait que la Flandre ne se comporte plus en entité fédérée, mais bien en véritable nation. Ne perdons donc plus de temps en vaines tergiversations pour tenter de remettre sur les rails un fédéralisme qui a définitivement échoué. Dans l’interview qu’il accorde au "Soir" ce 31 décembre, Louis Michel, qui n’est certes pas suspect de radicalisme communautaire, le reconnaît d’ailleurs lui-même : "Nous ne sommes plus aujourd’hui dans une logique fédérale. Il faut arrêter de laisser croire ça. Nous sommes déjà dans une logique confédérale ( ) Cela ne correspond pas à mes convictions." Et de souligner l’émergence d’un unanimisme flamand, qui intègre jusqu’aux modérés.

Ne nous méprenons surtout pas sur les termes : en droit international, le confédéralisme implique des Etats souverains qui décident de s’associer dans un certain nombre de domaines. La mise sur pied d’une telle formule suppose, par conséquent, le démantèlement préalable de l’Etat belge. La seule négociation encore pertinente, on le voit, est donc celle qui portera sur la répartition des biens d’une Belgique défunte.

Cette ultime négociation ne sera certes pas aisée. Dans la préface qu’il a rédigée en 2007 pour mon livre "L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin", Xavier Mabille, président du Crisp, explique : "Les enjeux de succession juridique d’Etats se poseraient au premier rang, englobant les répartitions de dettes et créances sans s’y limiter. Les frontières constitueraient un autre enjeu. (...) Les rapports de force qui régissent actuellement le débat institutionnel en Belgique même cesseraient bien évidemment de s’imposer et laisseraient place à d’autres. Ce serait le passage - avec toutes ses conséquences - d’un débat interne dans les limites d’un Etat à un contentieux international aux multiples implications, parmi lesquelles de nombreuses imprévisibles à ce jour."

Par le truchement de BHV, la Flandre entend fixer à son avantage ses frontières futures comme Etat indépendant. En cas de disparition d’un pays, le droit international aligne, en effet, les frontières nouvelles sur les dernières frontières administratives (régionales, donc) internes. Nous ne devons pas transiger sur cette question essentielle. Comme l’écrit encore Xavier Mabille : La Flandre - ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique - pourrait décider de son autodétermination (le fameux scénario "Bye-bye Belgium" présenté par le JT fictif de la RTBF, le 13 décembre 2006 !) Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ni de celui de Bruxelles.

Les responsables politiques francophones - Joëlle Milquet en tête - s’obstinent à ne pas voir la réalité en face. Mais avec leur aveuglement volontaire, ils ne font en fait qu’activer le processus d’implosion de l’Etat. Comme l’écrivait François Perin en... 1966 : "Ils attirent ainsi, comme des paratonnerres, les catastrophes qu’ils redoutent." Lorsqu’un spectacle est de mauvaise qualité, il est de tradition de crier : "Rideau !" Et la comédie à laquelle nous assistons depuis les élections législatives du 10 juin 2007 est franchement médiocre. C’est tellement vrai qu’on a vu tout récemment le bourgmestre CDH de Namur, Jacques Etienne, évoquer, de manière inattendue, la séparation de la Flandre et de la Wallonie : "Est-ce qu’il ne vaut pas mieux se séparer tant qu’il y a encore de l’argent dans le ménage plutôt que de faire un divorce quand il n’y a plus rien dans la caisse ?" Et le premier citoyen de la capitale de la Wallonie d’ajouter : "Le mouvement flamand ne s’arrêtera jamais ( ) et je ne suis pas sûr que la solution qu’on pourrait trouver après des nuits et des nuits de folie serait une solution qui permettra de régler une fois pour toutes les problèmes communautaires en Belgique."

Notre souhait pour l’an 2010 : que les œillères tombent et que la lucidité finisse enfin par l’emporter en Wallonie !

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page