Abonnez-vous a La Libre Belgique

Chronique - Vu de Flandre

Poussés dans les bras de la N-VA

Jan de Troyer

Mis en ligne le 20/01/2010

A force de se sentir dupés, une majorité de Flamands finiront sans doute par se rallier entièrement aux thèses sépartistes.

Les sensibilités différentes au Nord et au Sud de notre pays incitent le chroniqueur à succomber, de temps à autre, à la tentation du patinage sur la glace communautaire. Fin 2009, on a entendu des réactions totalement différentes en communauté française et en communauté flamande à propos de la saga de la pollution de la Senne. Le 9 décembre déjà, TV Brussel diffusait l'information selon laquelle les eaux des égouts de la capitale coulaient vers le Nord sans avoir été épurées. Il faudra attendre une semaine pour que la nouvelle fasse la une d’un journal francophone. Pendant plusieurs jours, cette pollution, qui, après tout, a été envoyée vers le Nord pendant des décennies, ne semblait pas vraiment inquiéter le Sud. La Flandre a eu la nette impression que les francophones ont eu besoin de beaucoup de temps pour prendre au sérieux l'information selon la quelle la Senne était en train de redevenir une rivière morte en aval de Bruxelles. Au Nord, ce constat a, une fois de plus, fortement sapé la fragile croyance en la solidarité fédérale.

Plus récemment, les Flamands ont appris que le plan de réforme de l’armée ne pouvait être approuvé qu’à condition de faire des exceptions pour deux casernes dans la province de Luxembourg. En Flandre, on se demande, à juste titre, pourquoi certains sont exemptés de participer au plan de réduction de notre armée. L’impact négatif sur l’économie et les commerces d’une région est-il plus acceptable quand on ferme une caserne à Tongres qu'à Arlon ? Au Sud, on se réjouit de la fermeté de tous les élus luxembourgeois, toutes couleurs politiques confondues. Au Nord, on constate que la Wallonie a droit à des aménagements du plan, alors qu'en Flandre, le projet est maintenu dans toute sa rigueur.

Certains n’y verront rien d’étonnant. Après tout, certains habitants francophones de Flandre jouissent également d’un régime d’exception en matière électorale lorsqu'ils habitent l’arrondissement de Bruxelles-Hal- Vilvorde.

Les différences de sensibilité sont tout aussi remarquables face à la reconversion belgicaine d’Yves Leterme. Il faut bien admettre que ladite reconversion est pour le moins spectaculaire. Celui qui prétendait, il y a à peine deux ans, que la Belgique n’avait plus de valeur ajoutée, a expliqué voici une semaine aux diplomates belges que la Belgique est une marque plus forte que la Flandre. Du coup, le Premier ministre, voué jadis aux gémonies, a été sanctifié par les médias francophones. Au Nord, on constate au même moment que la N-VA séduit un Flamand sur trois. Les politicologues ne devront pas chercher bien loin pour expliquer cette tentation des électeurs.

Plus fondamentalement, même les conceptions en matière de démocratie politique sont totalement différentes au Nord et au Sud. Alors que les Flamands sont toujours d’avis que la démocratie doit servir à concrétiser les aspirations de la majorité au sein de la fédération belge, les événements des deux dernières années semblent indiquer que c’est la minorité qui impose sa volonté politique à la majorité. Cette absurdité est probablement plus menaçante pour la solidarité belge que le séparatisme, puisque, même parmi les électeurs potentiels de la N-VA, un tiers seulement d'entre eux se prononce en faveur de l'éclatement du pays. Mais, à force de se sentir dupés, une majorité de Flamands ne finira-t-elle pas par se rallier entièrement aux thèses de la N-VA ?

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page