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Urg. PME ch. 20 CDI

Serge Delaveux Administrateur-délégué Bois&Travaux SA

Mis en ligne le 21/01/2010

Notre PME cherche 20 ouvriers, même sans qualification et sans expérience. En vain ! Et nous ne sommes en rien un cas isolé. La proposition syndicale d’une semaine de quatre jours est aussi absurde que dangereuse. Comment investir dans le capital humain envers et contre les représentants politiques et syndicaux ?

Sommes-nous totalement et définitivement le pays du surréalisme : pour le meilleur au niveau artistique, pour le pire au niveau politico-syndical ? Je le crains, car à ce dernier niveau les discours et les actes relatifs à la crise démontrent, si ce n’est une incompétence totale au niveau socio-économique, à tout le moins le hiatus grandissant entre représentants et représentés, entre fantasmes et réalité. Pour appuyer ce constat de deux exemples récents, je voudrais ici développer l’analyse de la proposition de semaine de quatre jours ainsi que la mesure de sanction prise dernièrement par le politique à l’encontre des entreprises qui arrivent à surmonter la crise d’elles-mêmes.

A la tête d’une entreprise active dans les espaces verts et forte de 75 ouvriers, j’ai toujours favorisé la présence syndicale au-delà des obligations légales. Depuis de nombreux mois, nous passons des heures à tenter de trouver des ouvriers, même sans qualification et sans expérience, à les intégrer directement avec un contrat à durée indéterminée dans nos équipes, à les motiver à travailler, à leur démontrer l’intérêt de bénéficier d’un travail. Au final, la fiabilité de la plupart des nouveaux engagés n’est pas au rendez-vous et nous recherchons toujours 20 ouvriers pour assumer nos contrats. En 2009, nous avons malheureusement été contraints de bricoler avec des intérimaires étrangers pour atteindre le simple objectif de viabilité. Par ailleurs, nous risquons de ne pas pouvoir remplir les quotas imposés par la Région wallonne dans le cadre des subsides à l’investissement déjà octroyés. Outre cette difficulté à augmenter le nombre de travailleurs mis au travail - source de croissance de l’activité et paramètre de viabilité au vu des critères de la Région wallonne - ces coûts indirects en gestion des ressources humaines pèsent de plus en plus sur notre entreprise. Et la seule conséquence néfaste du plan actuel de suivi des chômeurs réside bien dans son incapacité à attaquer le véritable problème : l’incurie des structures actuelles censées effectuer ce travail de suivi et de médiation entre offre et demande sur le marché de l’emploi. Par conséquent, nos entreprises se transforment en permanences sociales. Et les différents contacts que nous avons au quotidien avec d’autres entreprises nous confirment que nous ne sommes en rien un cas isolé.

Une des dernières propositions de plan de relance, via notamment l’instauration d’une semaine de quatre jours, nous confirme l’absence de limites dans l’imagination inconséquente de pseudo-responsables de la concertation sociale belge. Elle prône un désinvestissement dans l’humain en affirmant qu’il n’est pas possible de penser la croissance d’un pays en se basant sur l’augmentation du taux d’activité. En suivant cette logique d’un progrès social se construisant sur la diminution sans fin du temps de travail, on en vient à espérer libérer un maximum de prisonniers du boulot ! Cette dévalorisation du travail fait des ravages sur le terrain. Syndicats et politiques doivent le savoir. Et en cela, ils sont les meilleurs alliés d’un capitalisme financier, beaucoup moins effrayé par la proposition de taxe boursière que par leur capacité à rendre la vie impossible à ceux qui investissent dans le capital humain.

En plus de la dévalorisation du travail, cette proposition se base sur un égalitarisme béat entre travailleurs, entre demandeurs d’emplois. Or, il y a des demandeurs d’emploi qui estiment qu’il n’est pas dans leur intérêt de travailler vu la sécurité dont bénéfice l’allocataire dans notre pays; comme il y a des demandeurs qui cherchent activement du travail et sont conscients de la réalité que recouvre ce mot. Vu les 60 000 offres d’emploi à pourvoir, il est donc évidemment absurde de penser qu’il suffit de partager les postes de travail actuels en autant de parts qu’il y a de demandeurs d’emploi. N’en déplaise, les ouvriers et les demandeurs d’emploi n’ont pas tous la même aptitude à occuper une fonction. De la même manière, il existe de très bons éléments au sein de nos entreprises, mais aussi des ouvriers qui ne conviennent pas ou ne conviennent plus. Cette réalité socio-économique me conduit à analyser une mesure qui, elle, est entrée dans les faits au début 2010. Car si cette proposition est dangereuse par son absurdité, elle n’en reste pas moins une proposition. Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour la mesure de sanction à l’égard des entreprises qui surmontent la crise d’elles-mêmes.

Entre le 1er janvier et la fin du mois de juin 2010, les entreprises n’ayant pas activé un des dispositifs mis en place pour contrer la crise devront payer une amende pour tout licenciement, hors période d’essai, faute grave ou (pré) pension. Et comme le conseilleur n’est jamais le payeur, le politique a, bien entendu, exempté les institutions publiques de cette mesure inique ! Il s’agit véritablement d’une pénalité à ceux qui se portent bien pour des raisons dues tant à leur secteur d’activité qu’à leur bonne gestion. Possibles locomotives de la reprise socio-économique, ces entreprises sont sanctionnées par une véritable politique de nivellement par le bas, un nouveau compromis boiteux inconséquent prévu pour satisfaire quelques états-majors partisans et syndicaux. Comme si toute mesure censée faciliter la vie des entreprises devait toujours être compensée par un nouvel obstacle, plus complexe et plus absurde. Comme si toute entreprise, qui se porte bien et qui n’est pas cliente des mesures exceptionnelles mises en place par l’Etat, était suspectée de ne pas participer suffisamment à l’effort collectif !

Derrière ces agissements abscons, le problème fondamental réside dans le fait que l’idéologie de la plupart des représentants politiques et syndicaux est en complète contradiction avec la réalité d’une économie de marché dont ils sont les acteurs. Ils sont devenus les "co-gestionnaires d’un système qu’ils avaient fait serment de détruire (1) .", mais qui est bien trop progressiste dans les faits et malgré eux. Ils s’y installent donc en conservant la posture confortable et magnifiée du résistant. Heureusement, le hiatus entre représentants et représentés ne correspond pas à un hiatus entre patrons et syndicats, à une nouvelle lutte des classes. Car nombre de délégués syndicaux et d’affiliés, qui participent au quotidien à la vie de l’entreprise, savent qu’ils ne peuvent se permettre l’inconséquence de leur hiérarchie. Envers et contre vous, je pense avoir raison de continuer, comme beaucoup d’autres, à investir dans l’humain. Représentés de toutes origines, levez-vous, vos représentants sont devenus fous !

En attendant, "responsables" syndicaux et politiques, pouvez-vous prendre l’engagement de nous trouver 20 demandeurs d’emploi sous-qualifiés, fiables et prêts à travailler dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée avec un véritable plan de carrière ?

(1) François de Closets, "Tous ensemble - Pour en finir avec la syndicratie", Seuil, 1985, p. 211.

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