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"Vous forcez la remise en question"
Mis en ligne le 22/01/2010
Je prends mon courage à deux mains - bouh ! que le Belge n’aime pas prendre position et avoir une attitude claire ! - et décide de vous écrire, publiquement, au vu de toutes les attaques qui fusent de partout à votre égard, et du peu de discours nuancés ou constructifs que je lis vous concernant. Et tant pis pour mon image qui sera écornée.
Comme tout le monde, j’ai lu dans les différents journaux - Le Soir, La Libre Belgique - les points des journalistes qui se sont formés au fil des jours depuis l’annonce de votre élection. La question de savoir s’ils ont raison ou non m’importe peu, à vrai dire. Ce qui m’intéresse dans l’analyse de mes lectures, c’est ce triste constat que vous n’intéressez pas en tant que personne, en tant que messager de l’Eglise, en tant que Berger des chrétiens pour la Belgique. Bref, en d’autres termes - et ce vu la virulence des certains propos -, j’en viens à conclure que vous dérangez.
Eh oui, vous dérangez; sans doute parce que le langage clair dont vous faites preuve met mal à l’aise, déconcerte, culpabilise [?], et gêne. Etant personnellement en difficulté avec l’Eglise Catholique - mais non pas avec ma Foi - j’ai pourtant vécu votre annonce comme successeur au Cardinal Danneels avec un grand soulagement. Comme si la personne que vous étiez pourrait enfin me permettre de mieux canaliser mes doutes, de m’aider à y voir plus clair dans les questionnements qui jalonnent ma vie.
D’aucuns me diraient que les réponses classiques à mes questions, je les connais déjà, et en cela ils ont raison; mais là où ils se trompent, c’est que mes doutes me nourrissent, me permettent d’avancer, de me construire, mais seulement et seulement si, j’ai face à moi des positions claires et fermes qui me donneront la possibilité de nourrir et d’enrichir mes questions sans réponses. Je n’ai pas toujours été d’accord avec certaines de vos positions, mais je les ai toujours respectées, car elles m’ont permis, à moi, de réfléchir, et de prendre des chemins de traverse pour tenter de mieux comprendre là où vous vouliez en venir. Il m’est même arrivé de me ranger à certains de vos avis, moult lectures d’ouvrages et réflexions personnelles plus tard. J’en viens à ce que je voulais dire : c’est un langage qui parle la vérité, empreint de vie de prière, de foi, de courage, et d’intelligence, dont j’ai besoin. Bien entendu, nous connaissons le débat qui tourne autour de ce qu’est la vérité, mais dans un contexte de vie, de mort, d’humanité, et de christianisme, la vérité prend tout son sens dès lors qu’elle est partagée par des personnes qui puisent leur force dans le Christ. Est-ce pour cela que vous êtes dangereux, intolérant ? Non. Vous dérangez, vous secouez, et vous forcez à la remise en question, et en cela je vous suis reconnaissante, et vous remercie d’avoir accepté de prendre la succession de Monseigneur Danneels. Merci d’être ce que vous êtes, je pourrai enfin me reposer sur vous, et ne plus me sentir seule avec toutes mes questions.
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