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Histoire

La paternité de Winston Churchill

Mis en ligne le 22/01/2010

Il rappelle que la démocratie ne se bâtit ni sur le consensus mou ni sur les carapaces dures. Une opinion d'Eric de Beukelaer, prêtre

Ce dimanche 24 janvier, cela fera tout juste 45 ans que Winston Churchill rendit son dernier soupir. Terrassé par une commotion cérébrale à l’âge de 90 ans, quatorze jours durant le vieillard s’accroche à la vie pour mourir - au jour et à l’heure près - 70 ans après Lord Randolph, son père. Un peu comme si ce géant de l’histoire avait choisi la mort pour enfin se rapprocher d’un géniteur qui l’avait trop peu aimé. Même les plus grands ont leurs chagrins fondateurs leur "rosebud".

Fils dénigré et père maladroit, Churchill exerce pourtant aujourd’hui encore une réelle paternité. Celle-ci est d’ordre politique. En mai 40, ce tout nouveau premier ministre de 66 ans lance l’Empire britannique dans une lutte à mort contre le National-socialisme qui n’en voulait pourtant pas à son intégrité nationale. Pourquoi ? "Si nous échouons, alors le monde entier, y compris les Etats-Unis, y compris tout ce que nous avons connu et aimé, sombrera dans les abysses d’un nouvel âge obscur, que les lumières d’une science pervertie rendront plus sinistre et peut-être plus long encore." (Discours à la Chambre des Communes, 18 juin 1940).

Pour Churchill, le combat contre Hitler n’est pas un conflit nationaliste comme en 1914. Derrière la façade policée du troisième Reich, il démasque "la Bête" - la figure historique du Mal. "De cette bataille dépend la survie de la civilisation chrétienne", déclare un Churchill agnostique. Aujourd’hui, nous parlons plus sobrement de "civilisation des droits de l’homme", mais l’enjeu n’a pas changé.

Churchill pensait que l’Histoire avait un Sens, qui transcendait les conventions humaines. Son exemple nous invite à résister à cette paresse intellectuelle qui porte à prétendre que tout est relatif - que le bien et le mal ne sont que des vues de l’esprit. Il s’agit de veiller à ce que la démocratie ne se mue en un vivre-ensemble mou et tiède, sans autre valeur à défendre que le petit confort d’individus égoïstes. En effet, à la faillite des idéaux répond par réaction identitaire le fondamentalisme frileux, dont le nazisme fut la forme historique la plus délirante. Aux citoyens du XXIe siècle naissant, Churchill rappelle que la démocratie ne se bâtit ni sur le consensus mou ni sur les carapaces dures. La démocratie se construit sur des citoyens forts.

Des hommes et femmes de toutes convictions politiques et philosophiques animés par un solide idéal et que la différence et le débat d’idée ne font pas peur. Notre société multiculturelle ne peut devenir un grand melting pot ou un agrégat de ghettos. Elle se doit de demeurer un patchwork, un ensemble bariolé d’idéaux hauts en couleur. Alors notre vieille Europe restera porteuse de valeurs et d’avenir. Tel est l’héritage politique que nous lègue Winston Churchill. Malgré ses défauts personnels et erreurs politiques, les démocrates de tous bords ne le remercieront jamais assez pour la lucidité et le courage politique dont il fit preuve aux heures les plus sombres de l’été 40. Son père aurait été fier de lui.

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