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International
Inondations au Machu Picchu : et les Péruviens ?
Roxane Lienart
Mis en ligne le 18/02/2010
Le 26 janvier, on entendait à la radio, et pouvait lire dans la presse, que de nombreux touristes étaient bloqués à la citadelle du Machu Picchu et sur le chemin de l’Inca qui y mène. Ils seraient des milliers en manque d’eau et de nourriture. Les fortes pluies ont provoqué, dans la région de Cuzco, des débordements de rivières et d’importants glissements de terrain qui ont tout balayé sur leur passage
Cela faisait juste une semaine que j’étais rentrée d’un stage de cinq mois à Cuzco, dans une ONG péruvienne de microfinance - soutenue par l’ONG belge SOS Faim au sein de laquelle je me suis engagée comme bénévole. De suite, je me suis inquiétée pour mes anciens collègues péruviens : Comment vont-ils ? Ont-ils été touchés ? Reçoivent-ils l’aide nécessaire ? Les femmes ? Les enfants ? Les producteurs ? Qu’en est-il de leurs maisons et de leurs récoltes ? Mes questions restaient cependant sans réponse. Les médias belges ne relayaient pas d’information à ce sujet et je n’arrivais pas à contacter mes anciens collègues. Tout ce que je savais alors se résumait à : onze touristes belges coincés, parmi des milliers d’autres; des vols Lima-Cuzco interrompus; la voie ferrée, menant au Machu Picchu, fortement endommagée Peu après, les médias nous informaient que certains Européens et Américains allaient jusqu’à payer des 500 $ pour être rapatriés en premiers par hélicoptère ! La "guerre des touristes" prenait place et toujours aucune nouvelle consistante des habitants de la région. C’est donc vers les quotidiens péruviens que je me suis tournée. Et là, la situation m’est apparue nettement plus inquiétante ! Selon les estimations du gouvernement régional, plus de 7 000 maisons se sont effondrées, 9 ponts ont été détruits et les routes de la région sont impraticables. Il y aurait plus de 35 000 sinistrés. En tout, près de 55 500 personnes auraient souffert des pluies diluviennes. En outre, plus de 16 000 hectares de cultures sont gravement affectés. Les médias péruviens soulevaient également les difficultés dans l’acheminement de l’aide aux populations sinistrées, en manque de couvertures, de vêtements, d’eau, de vivres, de médicaments Tant de gens se sont retrouvés sans rien en l’espace de quelques heures !
Surréaliste ! Alors que les médias belges nous informent que les compagnies aériennes permettront aux touristes, ayant manqué leurs vols de retour, de prendre "sans pénalité" le premier vol suivant je reçois enfin des nouvelles de mes anciens collègues péruviens : Rosina, la directrice, m’apprend que bon nombre de leurs bénéficiaires ont perdu leur maison et leurs récoltes. Certaines communautés se retrouvent isolées, des villages entiers inaccessibles par voie de terre. L’ampleur des dégâts est considérable et tous sont très inquiets pour la suite. Dans la même journée, l’ONG belge partenaire me confirme que la situation est également très critique pour les agriculteurs de la Vallée Sacrée des Incas. Les producteurs de maïs blanc, regroupés en coopérative, ont perdu toute leur récolte, alors stockée dans les entrepôts. Les champs sont inondés. Les usines de transformation sont dévastées : ils n’ont pas eu le temps de sauver les équipements ni les machines. Tout est enseveli, détruit par la boue. Seuls les murs en béton ont bien résisté. Si l’on totalise les pertes, pour cette seule coopérative, il y en a pour plus de 400 000 €. Ces petits agriculteurs se retrouvent du jour au lendemain sans production et sans équipements. Patiemment consolidée, année après année, leur coopérative est aujourd’hui au bord de la faillite
La réalité pour les habitants de la région de Cuzco est donc nettement plus noire que le laissaient entrevoir les médias de chez nous. J’ai encore du mal à assimiler l’information venant directement de nos partenaires péruviens. Néanmoins, en voyant les photos qu’ils nous font parvenir, je suis forcée de prendre conscience, une boule dans le ventre, de l’étendue du désastre.
Le ministère du Tourisme péruvien a déjà prévenu qu’une campagne mondiale sera organisée afin de relancer le tourisme dans la région. Le tourisme oui, c’est bien. Mais qu’en est-il de l’agriculture ? Des familles de producteurs qui vivent de leurs récoltes et qui ont tout perdu ? Qu’en est-il du soutien à l’économie locale afin d’assurer aux populations des revenus stables ?
Touristes mais aussi lecteurs et, avant tout, citoyens que nous sommes, allons au-delà de nos intérêts ! N’oublions pas les populations locales, contraintes de reconstruire leur vie et leur avenir, tandis qu’il nous suffit de nous envoler pour regagner nos cocons !
Aujourd’hui, je me sens impuissante et interloquée. Impuissante, car si loin d’eux Interloquée devant la partialité des informations qui nous parviennent. Est-ce normal ? Pourquoi les médias rendent-ils si peu compte de la réalité. Pourquoi nous abreuvent-ils de détails sur l’inconfort de quelques touristes belges alors que mot n’est dit du drame subi par les populations locales . Les médias belges croient-ils que, pour atteindre le lectorat, il faut obligatoirement focaliser l’information sur nos compatriotes ? Nous croient-ils, à ce point, égoïstes pour ne pas faire la part des choses ? J’ose espérer que non Est-ce que je me trompe ?
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