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Croyances

Tous les partis sont chrétiens

licencié en Droit, en Sciences Politiques et Sociales

Mis en ligne le 22/02/2010

L’actualité belge est marquée par une curieuse résurgence du phénomène religieux. Il n’y a plus de parti chrétien. Il n’y a plus de monde “laïc” opposé au “monde catholique”. Il y a désormais un débat d’idées au sein même de chacun d’entre nous. Une opinion de Marc-Antoine Mathijsen, licencié en droit, sciences politiques et sociales.
Marc-Antoine MATHIJSEN

Monseigneur Léonard qui s’invite avec "fracas" dans le paysage médiatique belge, Jean-Michel Javaux qui fait son "coming-out" catholique, le MR qui se revendique "humaniste". Joëlle Milquet qui dénie à Jean-Michel Javaux le droit d’évoquer le (non) engagement chrétien de tiers : assurément, l’actualité belge est marquée par une curieuse résurgence du phénomène religieux.

Sur la forme, beaucoup ont commenté les récentes sorties. Pillage du "fonds de commerce" (dixit Gérard Deprez) du PSC - devenu le CdH ? Tentative de rapprochement vers le centre par le MR ? En espérant y rencontrer le gros des troupes chrétiennes ?

Pourtant, rien ne semble avoir changé. Ces dernières évolutions ne font-elles pas que confirmer des transferts que les partis politiques ont jadis connus ? Du MOC au PS, du PSC au MCC ? De tout temps, les chrétiens en politique ont été sollicités.

A l’étranger aussi, Christine Boutin fut reprise dans l’UMP de Nicolas Sarkozy en 2007, la Christen Unie s’est alliée à la CDA aux Pays Bas.

Qu’est-ce qui explique alors la récente ébullition ? Que se passe-t-il ? Nos partis politiques, sont-ils maintenant tous devenus cathos ?

Faisons deux constats.

Primo, la société belge a peut-être atteint un certain degré de maturité politique au niveau du débat sociétal. Un aboutissement après la lente et longue sécularisation de la société, où l’ensemble des fonctions sociales de l’Eglise ont petit à petit été reprises par l’Etat providence. Vint ensuite la déconfessionnalisation profonde du monde politique, accélerée sans doute par le rejet dans l’opposition des partis sociaux chrétiens de 1999 à 2007.

D’où l’émancipation d’une certaine classe politique, décomplexée par rapport aux institutions écclésiales, qui jadis formaient un véritable contre-pouvoir sur leur terrain propre.

Le second constat est que si le débat politique sur les questions de société s’est libéré et a gagné en profondeur, la réflexion personnelle est devenue singulièrement plus complexe, plus subtile, mais peut-être aussi, davantage embrouillée.

Quand Monseigneur Léonard commente la sortie de Javaux en qualifiant ce dernier de "vrai catholique" tout en ajoutant qu’il "peut mieux faire pour être en cohérence avec sa foi" faisant ici allusion aux prises de position du leader Ecolo en faveur de l’avortement et du mariage homosexuel, toute la métamorphose de la société s’y trouve résumée.

Il n’y a plus de parti chrétien. Il n’y a plus de monde "laïc" opposé au "monde catholique" (constatation que le CdH fit d’ailleurs lors de l’élaboration de son nouveau manifeste en juin 2001), il y a désormais un débat d’idées au sein même de chacun d’entre nous.

Les "pilliers" des mouvements confessionnels ont perdu de leur influence, et par la même, ne nous nourrissent plus d’une réflexion "formatée". Nous ne naissons plus dans les piliers catholiques ou laïcs; nous nous forgeons notre propre référentiel de valeurs, au gré de notre éducation, de nos rencontres, etc.

Et c’est ici que réside tout le paradoxe du débat politique sur les questions sociétales. Ne nous y trompons pas, ce n’est pas parce que le débat s’est déplacé au sein même de nos idées et convictions intérieures, que ce dernier n’a plus sa place dans l’espace public, en l’occurrence l’espace politique. Que du contraire.

L’espace politique devient lieu de confrontation et de construction de la réflexion individuelle de nos hommes et femmes politiques.

Dans ce cadre-là, le primat de l’Eglise Belge joue pleinement son rôle, en portant des positions claires, franches et précises. Ne lui demandons pas de porter le débat ou la confrontation d’idées dans ses paroles. Non, il séduit et doit séduire par la cohérence de ses propos, que nous assimilons et confrontons afin de nous forger une opinion en nous-mêmes, dans nos consciences et au sein même de nos enceintes parlementaires.

A ce titre, les partis, tous les partis se sont ainsi ouverts aux chrétiens. Et c’est très heureux ainsi. L’Eglise étant universelle, les chrétiens se répartissent naturellement sur l’ensemble de l’échiquier politique belge, allant d’ailleurs d’un nationalisme de la droite flamande jusqu’au mouvement ouvrier chrétien proche des socialistes francophones !

La sortie de Jean-Michel Javaux n’est donc pas machiavélique. Elle illustre en soi l’ouverture des partis aux chrétiens, opérée en douceur, et en l’occurrence, parfois de manière candide.

Le récent manifeste "Mieux, pour tous" du Mouvement Réformateur va dans le même sens, en réaffirmant la laïcité de ce parti qui se déclare "être ni attaché à une confession, ni déconfessionalisé" car "il est un mouvement ouvert aux diverses convictions et religions, dans le respect de chacune d’entre elles".

C’est donc précisément cette laïcité qui permet l’ouverture réelle aux chrétiens. Une laïcité qui permet la coexistence pacifique des différentes religions et courants philosophiques. Loin de les effacer, la laïcité, qui en soi ne peut pas être une opinion, a ainsi pour mission d’organiser les conditions de liberté d’en avoir une. Elle confine l’état dans un rôle de neutralité, pour autant que les libertés fondamentales, telles que l’égalité de la femme à l’homme n’en soit pas atteintes.

Les partis politiques belges ont ainsi sainement évolué d’une laïcité d’exclusion - effaçant tant bien que peuvent les spécificités de chaque religion - vers une laïcité inclusive, tenant précisément compte du rôle que notamment les chrétiens peuvent tenir en politique, en se nourrissant de l’immense héritage spirituel et philosophique dont ils peuvent se prévaloir.

Reste le défi à venir, pour ces mêmes chrétiens en politique, d’être toujours en chemin, "d’être davantage en cohérence avec leur foi" (dixit Léonard), et de témoigner dans les règles de jeux que régit l’état laïc belge moderne, leur message d’espérance et d’amour.

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