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Santé

Protéger les non-fumeurs

Marcel Frydman, expert en tabacologie

Mis en ligne le 11/03/2010

N’est-il pas contradictoire d’affirmer qu’on veut éliminer le tabagisme tout en invitant la population à fumer dans les cafés ? Il faut renforcer la protection des non-fumeurs. Une opinion de Marcel Frydman, expert en tabacologie

Dans le cadre du combat que les spécialistes de la santé mènent, depuis plusieurs décennies, afin d’éliminer le tabagisme et, d’ici là, d’assurer au moins la protection des non-fumeurs, la Californie a franchi un pas supplémentaire important.

Rappelons, qu’en cette matière, la Californie a très souvent devancé l’Etat fédéral américain au regard des mesures de protection à mettre en place vis-à-vis du plus grand fléau du monde occidental. Ne perdons pas de vue, en effet, que la consommation de cigarettes est la première cause d’altération de la santé, la première cause de maladie et de handicap chez l’adulte jeune, la première cause de cancer et la première cause évitable de décès prématuré.

A l’heure actuelle, pas loin de 450 000 Américains et, au niveau mondial, plus de 5 millions de personnes meurent, chaque année, à la suite d’une affection liée au tabac. Le nombre de victimes risque cependant de doubler d’ici 2020 en fonction de l’accroissement constant du tabagisme en Afrique et surtout en Asie. La prévention de ces répercussions catastrophiques exige une politique cohérente comportant un ensemble de mesures parmi lesquelles l’interdiction de fumer dans les lieux publics joue un rôle non négligeable.

En Californie, depuis une vingtaine d’années déjà, il est interdit de fumer dans tous les locaux accessibles à la population y compris, bien entendu, dans les cafés. Précisons que, contrairement à ce qu’on a affirmé dans notre pays, cette interdiction a entraîné non pas une diminution, mais une augmentation des consommateurs qui a également été enregistrée dans les restaurants. Celle-ci s’explique aisément. A partir du moment où la population est, aujourd’hui, de mieux en mieux informée des répercussions du tabagisme passif, de nombreux non-fumeurs hésitent à s’installer dans un café où ils seront inévitablement pollués. Pour un sujet abstinent, évoluer dans un endroit enfumé n’entraîne pas seulement une simple sensation d’inconfort. Nous savons avec certitude que le tabagisme passif altère également la santé des personnes de l’entourage. En revanche, si le tabac est interdit, les non-fumeurs peuvent éprouver autant de plaisir que les fumeurs à se détendre dans un café.

La pertinence des contraintes imposée aux fumeurs, tant aux USA que dans d’autres pays occidentaux, est donc totalement justifiée et indiscutable.

Elle est d’ailleurs corroborée par toutes les recherches et, notamment, par une étude récente du Lawrence Berkeley National Laboratory publiée dans les Annales de l’Académie américaine des Sciences.

Cette étude a montré que la nicotine libérée sous forme de fumée se dépose sur les murs, sur les tapis, sur les tentures, sur les meubles où elle peut subsister durant des mois. La nicotine résiduelle, en se combinant avec l’acide nitreux ambiant ­ généré par la combustion du tabac, donnerait naissance à des nitrosamines cancérigènes spécifiques extrêmement actives.

Ces dernières pourraient être inhalées avec les poussières, ou traverser la peau lors d’un contact tactile avec la moquette, par exemple. Ainsi les jeunes enfants seraient particulièrement exposés si les parents sont fumeurs. Aérer le local ou fumer à l’extérieur n’élimine pas totalement le danger, car les résidus nicotiniques collent à la peau et aux vêtements des fumeurs. Les auteurs attirent l’attention sur cette forme de tabagisme passif dont l’incidence n’avait pas été appréhendée précédemment.

Voilà le contexte dans lequel les autorités municipales de Los Angeles ont décidé, de manière unanime, de renforcer la protection des non-fumeurs par l’extension de l’interdiction du tabac aux terrasses extérieures des cafés et des restaurants. Un panneau de signalisation délimite la zone d’interdiction et, en cas de transgression, l’amende peut atteindre 250 $.

Notons que la même décision a été prise par une série d’autres municipalités californiennes et, entre autres, Burbank, Beverly Hills, Calabasas ou Santa Monica. Les responsables municipaux californiens considèrent que la protection de la santé de la population est un objectif prioritaire et ils assument donc pleinement leur responsabilité.

Comment ne pas confronter l’adoption de ces mesures à la décision pour le moins curieuse de nos parlementaires qui ont préféré autoriser le tabac dans les cafés jusqu’en 2014 ?

N’est-il pas contradictoire d’affirmer qu’on veut éliminer le tabagisme tout en invitant la population à fumer dans les cafés ? Cette décision est d’autant plus étonnante que les arguments avancés ne correspondent à aucune réalité. Par ailleurs, à côté des risques forcément accrus pour la santé du personnel - et de toutes les personnes présentes dans l’établissement -, pareille décision entrave sérieusement les efforts de la prévention.

A notre époque, les premières expériences tabagiques ont souvent lieu entre dix et douze ans. L’adulte est évidemment un objet d’identification pour le préadolescent. S’il fume, la conduite tabagique est perçue par le jeune comme moins dangereuse qu’elle ne l’est. De plus, étant donné que la cigarette semble répondre, de manière évidemment illusoire, à un besoin psychologique inconscient, l’observation du fumeur adulte l’incite à consommer à son tour.

Les bénéfices que la société peut retirer de la suppression du tabagisme sont nombreux et importants. Citons, parmi ceux-ci, la régression significative des maladies provoquées par l’usage du tabac, la prolongation de l’espérance de vie, l’amélioration de l’état de santé de la population, le ralentissement du processus de vieillissement, la diminution des jours d’absence au travail sans oublier la réduction des dépenses de l’INAMI.

Pour y parvenir dans un avenir pas trop éloigné, les mesures appropriées introduites par le ministre Rudy Demotte devraient être complétées par l’interdiction de la cigarette dans tous les lieux publics.

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