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Réaction
On a oublié la maternité
Aline Everard
Mis en ligne le 12/03/2010
Oui, Madame Badinter, comme vous le dites, "la cause des femmes stagne, voire régresse depuis plus de trente ans", coïncidant plus ou moins avec la première année de la femme décrétée par l’Onu en 1975.
Entrée fracassante qui ne s’était intéressée qu’à l’engagement des femmes dans l’espace public principalement via leur vie professionnelle ignorant totalement leur engagement familial et cela, dans le but unique de "libérer" les femmes et d’atteindre l’égalité avec les hommes.
En réaction, à la même époque, est née notre association (Femme/Homme & foyer), consciente dès le départ de la nécessité pour la femme de défendre la "liberté de choix", car il n’y a pas de libération sans liberté !
Notre volonté n’a jamais été de maintenir un modèle unique et traditionnel de la femme au foyer, notre volonté a toujours été de laisser à chaque femme le droit de choisir librement son lieu d’épanouissement, que ce soit au travers de sa profession ou/et de sa famille.
Le rejet du féminisme que vous percevez est une réalité, beaucoup d’entre elles ne veulent pas reproduire le modèle de leur mère qui n’était que trop rarement l’image idyllique de la super woman reprise dans les magazines féminins.
C’est pourquoi, forcément, cette nouvelle génération, qui a accumulé les avancées du féminisme mais également, comme vous en faites allusion, une présence parentale réduite, des parents déchirés, l’appauvrissement dû au divorce, la malbouffe, les garderies à satiété, la solitude des ados, le burn out, les déprimes, ne peut rester indifférente et subir sans réagir.
Un certain désenchantement du monde a eu lieu, donnant naissance à de nouvelles formes de lucidité, de liberté aussi. Quoi de plus normal que de vouloir redresser la barre ? Comme féministe, vous vous désolez or ce n’est pas un "retour en arrière" mais "un pas en avant" ! Car en voulant effacer la féminité au profit de l’égalité, on en a oublié la maternité !
Plutôt que de faire de l’homme un associé/partenaire dans l’éducation, on s’est focalisé sur le côté domestique à partager à parts égales. Aujourd’hui, le monde se réveille sur le bonheur de voir grandir ses enfants. A lui seul le crédit-temps a été choisi par 191 244 personnes en 2008 (réf. Onem). Si les congés thématiques sous l’appellation de congé parental, pause carrière ou crédit temps ont leur succès propre, ne cachent-ils pas tous ce même besoin de s’occuper des siens ?
Le féminisme du XXIe siècle doit évoluer et admettre que s’occuper de son enfant est une nouvelle liberté que la femme mais aussi l’homme veut s’approprier. Le combat des femmes est aujourd’hui un combat collectif, car seule la reconnaissance du travail familial d’éducation (car c’en est bien un) lui assurera une vraie liberté, une totale libération !
Nous ne pouvons que nous réjouir de la réflexion généreuse d’ Elisabeth Badinter prônant une politique qui donne à la femme le vrai choix ! Mais qui dit vrai choix, ne peut omettre de prôner un soutien financier pour le parent qui assume lui-même l’éducation de son/ses enfant(s) pendant une période définie( 1), ne pouvant réduire le temps familial à une durée inférieure aux réels besoins de l’enfant, les 9 à 15 semaines actuelles sont misérables !
En parallèle, on doit soutenir le mi-temps pour raison familiale, tout en n’en ignorant pas ce temps dans le calcul de la pension et en permettant la ré-embauche : évidences incontournables pour qui soutient la cause des femmes/mères ou des hommes/pères.
On pourrait introduire le foyer dans le "circuit du travail" par un statut équivalent à celui de l’emploi et par un revenu de remplacement, permettant à qui le désire de choisir ce travail au foyer, libérant son poste de travail actuel ou son chômage. La soumission n’existe pas dés lors que l’on choisit !
Oserez-vous nous soutenir Madame Badinter ?
De toute façon, il faudra redonner au mot "travail" une "valeur" correspondant davantage à ce qu’il constitue dans la société : "travailler, c’est contribuer à une vie sociale plus harmonieuse et plus valorisante". Il faudra aussi "replacer la personne humaine comme finalité ultime de l’économie".
(1) un congé spécifique d’une durée de 3 ans pour les parents qui souhaitent prendre en charge eux-mêmes leur enfant divisible librement entre les deux parents et à prendre entre les 0 et 18 ans.
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