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Vu de Flandre

Polémique sur les écoles à Bruxelles

Mis en ligne le 12/03/2010

L’enseignement flamand à Bruxelles est victime de son propre succès.

L’enseignement néerlandophone à Bruxelles a fréquemment été qualifié par le monde politique francophone comme un piège pour flamandiser les Bruxellois. Dans cette logique, les investissements flamands dans l’enseignement à Bruxelles ne sont pas un projet pédagogique, il s’agit d’un complot communautaire, inspiré par une seule ambition : la Reconquista de la capitale. Cette obsession de tout ramener au communautaire a encore été illustrée récemment : si la Flandre se prononce en faveur d’une structure unifiée pour la police bruxelloise, ce n’est pas par souci de la sécurité, c’est un autre complot communautaire. La communautarisation d’un débat permet d’éviter les défis fondamentaux : la création d’une police plus performante pour améliorer la qualité de vie dans la capitale, le financement des écoles pour assurer l’avenir de nos enfants.

Dans le cas de l’enseignement, les hommes politiques francophones peuvent être rassurés : la machine à flamandiser les petits Bruxellois francophones est en panne. C’est ce qui ressort de la polémique flamande sur les écoles à Bruxelles. Le tableau général de l’enseignement bruxellois, dressé récemment par deux chercheurs de la VUB, est très inquiétant : l’explosion démographique aura comme conséquence que quelque 15 000 enfants bruxellois ne trouveront plus, d’ici 2015, de place dans les écoles de la capitale. Les écoles flamandes accuseront un déficit de 3 000 places.

Depuis quelque temps déjà, l’enseignement flamand à Bruxelles est victime de son propre succès. A la prochaine rentrée, un tiers des enfants flamands de Bruxelles ne pourra fréquenter l’école initialement choisie par leurs parents. Beaucoup d’entre eux s’indignent du fait que leurs enfants ne jouissent pas d’un droit d’accès prioritaire et que des enfants francophones occupent trop de places dans les écoles flamandes de la capitale. La situation critique résulte du fameux décret "GOK" (Gelijke Onderwijs Kansen - "Décret sur l’égalité des chances dans l’enseignement") qui devait éviter que les écoles les plus réputées soient uniquement peuplées par les enfants des mieux informés, en d’autres mots : par les enfants autochtones des familles aisées.

Pour éviter la création d’écoles élitistes, le décret limite à 45 pour cent les places réservées aux néerlandophones dans les écoles flamandes. Pour obtenir une bonne mixité sociale, les places restantes sont prioritairement attribuées aux moins favorisés, c’est du moins l’intention du décret. Mais, suivant la logique de "l’effet Matthieu", ce sont surtout les plus malins qui profitent du système, d’autant plus que, pour faire inscrire son enfant comme néerlandophone ou comme moins favorisé, il suffit de faire une déclaration sur l’honneur. Certains parents se sont donc injustement présentés comme néerlandophones ou comme défavorisés.

Les écoles qui ont la meilleure réputation restent ainsi des concentrations d’enfants autochtones originaires des couches privilégiées de la population, tant néerlandophones que francophones. La tendance prédominante qui se dessine actuellement au Nord, est de garantir un accès prioritaire aux enfants des familles flamandes et de contrôler si tous ceux qui prétendent être néerlandophones le sont vraiment.

La capacité des écoles flamandes pourrait être augmentée, mais elle ne suffira pas pour absorber l’explosion démographique à Bruxelles. Reste donc les restrictions sur l’accès : pour entrer en première année primaire, un enfant devra avoir fréquenté au préalable une école maternelle néerlandophone reconnue. A défaut, il faudra établir son niveau de connaissance du néerlandais. Les contrôles seront plus rigoureux, les écoles flamandes accueilleront moins de francophones. "L’objectif de l’enseignement à Bruxelles n’est pas de flamandiser la ville " , a déclaré le ministre de l’Enseignement Pascal Smet. Si certains milieux politiques francophones jubilent sans doute en entendant ces propos, on peut se demander si les parents francophones, à la recherche d’une éducation de qualité pour leurs enfants, se réjouissent vraiment du fait que le "complot nordiste" ait avorté.

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