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Politique
De Mechelen à Perwez et de Leuven à Nivelles
Mis en ligne le 19/07/2010
Né au pied d’un charbonnage borain, ma famille paternelle est ancrée dans le paysage wallon depuis 400 ans, par contre une partie de ma famille maternelle s’est distinguée dans la défense du peuple et de la culture flamande au point de se voir accorder le titre de "Wonderlijke familie". J’ai eu la grande chance de vivre et de travailler à Anvers pendant 30 ans, mes collègues et employés étaient majoritairement néerlandophones, parmi eux plusieurs sont devenus des amis. Membre fondateur d’un Rotary Club purement néerlandophone, j’ai pu mieux connaître la sensibilité flamande et l’apprécier.
Je suis outré par les chamailleries grotesques autour d’un problème qui est la conséquence d’une suite de tractations politiciennes ratées depuis des années : BHV.
Tâchons de prendre du recul par rapport à l’actualité.
Deux faits sont à l’origine de la question flamande : le premier est le refus par les francophones du bilinguisme dans les années trente ; à cette époque les ouvriers flamands assuraient la prospérité aux charbonnages et industries lourdes wallonnes. Je voyais chaque jour des trains entiers arriver de Flandre pour pallier le manque de main-d’œuvre locale, et ce jusqu’après la guerre de 40-45. D’autre part, les ingénieurs néerlandophones étant peu nombreux, les cadres des industries importantes situées en Flandre étaient en majorité des francophones provenant de Wallonie comme de Flandre.
Le second fait est que la bourgeoisie flamande dans sa grosse majorité parlait français jusqu’en 1940. On peut le regretter mais c’est un fait historique qui ne peut être imputé à personne. Lorsque le pays flamand a retrouvé la prospérité qu’il avait connue au Moyen Âge, une nouvelle bourgeoisie parlant flamand s’est développée, sans contacts autres que professionnels, avec l’ancienne bourgeoisie qui l’a un peu snobée. De 1956 à 1986, date de mon départ d’Anvers, si, dans le cadre de l’industrie et du commerce, les relations entre néerlandophones et francophones étaient excellentes, les familles se côtoyaient très peu sauf au niveau des enfants en âge scolaire. Par contre, dans les campings et lieux de loisirs, les touristes des deux communautés se côtoient sans problème et même s’apprécient.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Je ne puis pas témoigner de ce qui se passe en Flandre actuellement mais des ingénieurs et cadres flamands sont nombreux et très présents dans les industries wallonnes, au Brabant wallon en particulier. Le succès remporté par les classes d’immersion en néerlandais dans la région est aussi un indice d’accueil favorable au bilinguisme. On peut se réjouir de constater qu’à Wavre comme à Louvain-la-Neuve, on entend de plus en plus parler flamand dans les rues et qu’il est rare d’aller dans un restaurant sans qu’une table au moins parle cette langue. Les Flamands ont perdu ce complexe d’infériorité qu’il avaient jadis et qui rendait difficile la discussion.
Chaque fois que francophones et néerlandophones sont amenés à travailler ensemble, qu’ils ont un objectif commun, leur entente est bonne, autant qu’entre collègues parlant la même langue. La langue mise à part, les deux communautés se ressemblent étonnamment : lorsqu’on traverse la frontière linguistique en voiture, on ne s’en rend pas compte, les styles des maisons et des jardins sont les mêmes, les magasins sont identiques, souvent les mêmes noms se retrouvent sur les façades Parmi nos politiciens, à quelle communauté appartiennent les "Bourgeois", "Onkelinx", "Leterme", "Anciaux" "Van Cauwenberghe", "Reynders" entre autres ? Lorsque vous passez de la région wallonne à la région germanophone, c’est fort différent vous ne pouvez manquer la frontière linguistique.
La politique de séparation menée jusqu’à aujourd’hui a mené à un certain nombre d’absurdités : pourquoi alors ne pas rechercher une solution d’union pour le problème BHV ?
La création d’une région bruxelloise habitée par 90 % de francophones alors qu’elle aurait dû être un lieu de rencontre des deux communautés.
- Les limites de cette région ne sont basées sur aucun critère valable (Y inclure les quelques communes à facilités ne ferait que déplacer le problème).
- L’obligation de financer cette communauté par des apports financiers venant des autres régions.
- La création de circonscriptions électorales et judiciaires illogiques.
- Le refus par la communauté flamande de faire ratifier par la Belgique la convention européenne sur le droit des minorités.
- La non-prise en compte des droits de néerlandophones venus habiter le Brabant wallon.
Pourquoi ne pas créer une région et une communauté brabançonne bilingue incluant Bruxelles ?
Cette région s’étendrait de Mechelen à Perwez, de Leuven à Nivelles. A première vue les deux communautés linguistiques y seraient présentes en nombre à peu près égal. Le bilinguisme à instaurer dans cette région serait un bilinguisme de courtoisie, sans règles générales et tatillonnes à appliquer uniformément dans chaque ville ou village, mais des règles seraient établies par les personnes concernées ou leurs représentants dans le respect mutuel.
Cette solution résoudrait les principaux problèmes relevés ci-dessus et répond me semble-t-il aux principales revendications des habitants du Brabant flamand. Elle recevrait, d’après les contacts que j’ai pu avoir avec des voisins et des responsables locaux, un accueil favorable des Brabançons wallons. Le découpage de la région brabançonne en arrondissements judiciaires et électoraux pourrait alors être décidé par les élus locaux pour répondre au mieux aux besoin des population ; il est ridicule que ce découpage soit décidé par des Anversois, des Brugeois, des Liégeois ou des Montois par exemple.
Cette solution a bien sûr un coût pour la Région wallonne qui perdrait une de ses provinces les plus riches. Elle pourrait par contre avoir comme conséquence une simplification administrative notable.
On objectera que c’est de l’utopie, que jamais les politiciens n’admettront que leur nombre soit réduit C’est une tentation mais l’utopie se réalise parfois : qui aurait cru en 1945 à la possibilité d’une réconciliation et à la réussite du Marché Commun ?
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