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Société
De la difficulté de penser une politique de la diversité
Serge Léonard
Mis en ligne le 10/08/2010
B urqua, BHV, droit des groupes et l’Europe. Cette juxtaposition de mots peut paraître surprenante. En Belgique, lors de la précédente législature, le débat parlementaire portant sur BHV et sur la burqua fut néanmoins concomitant et il me semble présenter certaines concordances, voire certaines ressemblances. Ce présent article propose donc de réfléchir sur la difficulté de penser une politique de la diversité, du comment vivre ensemble malgré nos différences. Depuis l’élargissement de l’Europe et de l’arrivée de nombreuses personnes issues de pays tiers, l’espace européen se partage en de nombreux cultes (orthodoxe, catholique, calviniste, luthérien, musulman, juif,...) et de nombreuses cultures (linguistiques, sociales,...). L’Europe est donc pluriculturelle. Cette diversité est venue réaffirmer la question des identités et des mouvements identitaires, le droit au respect des communautés, le droit au respect des identités régionales, . Certes, tout individu a droit au respect de sa culture, de son histoire, de ses origines et ce droit au respect de son identité contribue à son épanouissement. L’identité d’une personne est néanmoins évolutive et se reformule au gré des circonstances et des choix existentiels. La liberté, c’est aussi permettre à un individu de se libérer de ses appartenances identitaires, de rompre avec la loi du genre, de se séparer de sa communauté et de se proclamer en tant que sujet autonome.
Il reste que l’interrogation du qui suis-je peut passer aussi par la question du nous, du qui sommes-nous et doit permettre à chaque individu d’exercer certains droits à l’identité culturelle (exemples, pratiques de sa langue, pratique de sa religion, ).
La question est donc de savoir jusqu’où le discours identitaire et celui de l’appartenance à une culture, à une communauté religieuse, à un groupe, peut-il se déployer sans assigner aux individus des identités rigides, sans renfermer les individus dans des destins sociaux irréversibles, sans imposer aux individus une place non souhaitée et non désirée. Vaste question, question impossible, quoique ! Une politique de la diversité, du comment vivre avec nos différences peut se fonder aussi sur des principes de base simples et concrets, d’autant que ces principes ont été posés dès la construction européenne.
La question porte donc sur les relations entre subjectivité et identité, entre droits fondamentaux des individus et droits des groupes. Faut-il penser en termes de droits individuels du respect à l’identité culturelle et donc l’obligation pour les pouvoirs publics d’aménager des lieux, des espaces permettant notamment de pratiquer sa langue, sa religion, ? Ou faut-il, au nom du droit au respect à l’identité, donner aux groupes, aux communautés des droits supérieurs aux individus et n’y a-t-il pas là un risque d’assimiler l’individu au groupe, d’assigner à l’individu une identité non consentie parce que ce groupe possède des droits collectifs et peut parler en lieu et place des individus ?
Pour illustrer mon propos, je traiterai de la ghettoïsation de certains quartiers urbains de grandes villes et la question d’un certain régionalisme- nationalisme. Je sais que ces deux exemples peuvent paraître insolites mais ils auront peut-être le mérite de favoriser le débat, la polémique.
Premier exemple, en ce qui concerne la ghettoïsation de certaines zones urbaines et de certaines difficultés à gérer ces quartiers, face à cette problématique, il ne serait pas acceptable d’autoriser certaines communautés à jouer de fait une fonction de police et à autoriser simultanément ces mêmes communautés à se structurer sur des valeurs incompatibles avec les bases d’une démocratie (ces pratiques existent néanmoins dans certains pays). Il ne serait donc pas acceptable d’autoriser le primat des règles communautaires sur le désir des sujets comme il ne serait pas acceptable de taire les mariages forcés, les mutilations subies ou consenties, les violences conjugales, l’excision au nom du respect à l’identité culturelle, Une politique de la diversité et du respect du droit à l’identité doit par conséquent être subordonnée au respect des droits fondamentaux des individus. Le droit à l’identité doit rester un droit individuel et le droit collectif à l’identité culturelle doit être interprété comme très subsidiaire. Les droits collectifs à l’identité culturelle peuvent être de nature à réduire l’individu à son groupe d’appartenance et à hypothéquer sa liberté, son statut de sujet autonome.
Dans un autre contexte plus régional et européen, il me paraît suranné d’identifier encore la culture à un territoire et de revendiquer l’avènement d’un nouveau nationalisme sur base de la pratique d’une langue. La culture est par essence universelle et ouverte sur le monde. Que nous soyons façonnés par notre appartenance régionale, sociale, linguistique, c’est un fait, que nous puissions en retirer une certaine fierté, c’est sans doute très louable mais cela ne doit pas amener à nier les autres cultures et à faire croire que la langue d’une région est la base organique de l’identité d’une région. L’Europe est pluriculturelle et se décline en droits individuels. Revendiquer par exemple l’avènement d’une nouvelle nation flamande à l’intérieur de l’Europe est incompatible avec les valeurs et les fondements de l’Europe. L’Europe ne peut être identifiée à une communauté organique de sol et de culture. Elle est née après la guerre 40-45, après la victoire des Alliés sur l’horreur nazie et fasciste. Elle est l’expression du plus jamais cela, plus jamais l’horreur nazie et l’horreur fasciste, plus jamais l’ignominie totalitaire. Voilà, l’identité de l’Europe, des principes simples mais infiniment très conséquents et des principes respectueux de la diversité. Des principes qui nous amènent encore à poursuivre notre réflexion sur l’antitotalitarisme. Dès sa naissance, l’Europe fait le pari des droits individuels et définit l’individualisme démocratique comme devant primer sur le groupe, sur la communauté organique. Elle est par conséquent incompatible avec toute forme de communautarisme et tout nouveau nationalisme.
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