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Réaction

Un autre écho d’Abkhazie

Jean-Marie JAMOULLE, Avocat

Mis en ligne le 16/08/2010

Ma présence sur les lieux au moment de la purification abkhaze ne m’a pas donné la même lecture des évènements que celle exposées dans “La Libre” du 6 août. En 1992, les Abkhazes, sous la protection de la Russie et sans intervention internationale, chassent les Géorgiens et revendiquent l’indépendance. Une opinion de Jean-Marie Jamoulle, Avocat.

J’ai pris connaissance avec le plus grand intérêt de l’article sur l’Abkhazie publié vendredi 6 août dernier. Par des contacts professionnels, j’ai été sensibilisé par les problèmes d’Adjarie, d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Aussi, j’ai plaisir à ce que ces régions soient découvertes. Et je leur souhaite un grand développement.

Toutefois ma présence sur les lieux au moment de la purification abkhaze ne m’a pas donné la même lecture des événements que celle que vous exposez. Pendant les événements de purification, il faut avoir donné à manger aux petits réfugiés qui venaient à Tbilissi chercher un peu de pain. C’était triste et émouvant.

En réalité, il y avait, en 1992, 17 % d’Abkhazes dans un pays peuplé majoritairement de Géorgiens (45 %) d’Arméniens (15 %) et de Russes, pour un pays de 8 605 km2 ce qui représente moins que la Flandre et moins que la Wallonie.

En 1992, la minorité abkhaze de 17 %, sous la protection de la Russie et sans intervention internationale, a effectué une épuration ethnique en chassant 200 000 Géorgiens qui leur déplaisaient et ils ont revendiqué l’indépendance. Les Abkhazes de 17 % à l’origine sont par le jeu des expulsions devenus 45 %. Les droits des expulsés ont été broyés. Ceux qui sont expulsés n’ont plus rien. Remarquons que les Abkhazes bénéficient de la nationalité russe, ce qui est encore une entorse à toute convention logique diplomatique.

Pour comprendre cette situation, imaginons qu’à Charleroi, en fonction de toute l’immigration italienne après guerre, il ait été établi, au centre de la Belgique, un Etat italien, après avoir, avec l’aide d’une puissance étrangère, chassé la majorité de la population qui n’était pas italienne.

Le même calcul se renouvelle en Ossétie du Sud (65 000 Ossètes) où une population revendique, au nom d’un groupe de citoyens ossète, l’expulsion des autres populations. Cela se fait sous la force de feu des Russes. Pour comprendre la situation ossète dont la population est inférieure à celle de Schaerbeek, pourrions-nous imaginer en Belgique que les citoyens turcs ou marocains réclameraient l’indépendance de Schaerbeek au profit de leurs communautés qui dépassent les 20 % pour les Marocains et 17 % pour les Turcs et cela avec l’aide de l’armée hollandaise qui viendrait refaire la guerre des barricades ?

Pourquoi, ce qui est insensé chez nous est-il pris au sérieux dans des pays tels que l’Ossétie ou l’Abkhazie ? Et pourtant les proportions de population sont réelles.

Le même parallèle existerait si un Etat américain devenait indien-peau rouge et expulsait tous les Américains qui ne sont pas de souche indienne. Il n’est pas dit qu’il y a 15 % d’Indiens dans un Etat américain, mais ces quelques pourcentages font mieux comprendre l’irréalisme de toute cette négociation internationale où des présidents de République française et autres s’occupent de problèmes qui seraient inconcevables dans leur propre pays. Tout élément de droit élémentaire permettant à un citoyen respectueux des lois de rester dans son pays est dénié.

Il est vrai qu’actuellement, après les purifications techniques intervenues sans indemnisation aucune, les proportions de population ont changé. Les Abkhazes ne sont pas encore majoritaires. Ils poursuivent leurs efforts internationaux pour se faire reconnaître comme république indépendante. Mais il reste encore d’autres groupes représentant également 45 %, des Géorgiens, des Russes, des Arméniens.

Il en est de même pour l’Ossétie qui est reliée avec la Russie par un tunnel. En août 2008, de même qu’en Hongrie en 1956, des milliers de chars d'assaut étaient présents dans le tunnel et à la sortie du tunnel pour une mise au pas de la Géorgie. Le Président, d’une façon quelque peu désespérée, a attaqué les chars pour éviter la répétition de l’événement de Hongrie de 1956 ou les chars russes ont écrasé la Hongrie et l’ont replacée sous le régime communiste. On l’a critiqué. En fait son attaque a sauvé l’indépendance de son pays. Les réactions internationales n’ont pas permis aux Russes de poursuivre leur occupation. S’il n’y avait pas eu cette attaque désespérée de quelques chars géorgiens, les chars russes eussent occupé toute la Géorgie sans embarras et celle-ci était perdue.

Quant à l’Adjarie, ce sont des interventions d’indépendants qui ont évité le pire et la présence de personnalités comme l’archevêque baptiste Malkhaz Songulashvili qui ont permis un ralliement pacifique. Il est certain que l’Adjarie n’a pas de frontière commune avec la Russie. Le problème n’était pas le même.

Souhaitons la paix pour ce pays de Géorgie, dont la tradition première est romaine, dont les richesses culturelles m’ont impressionné. Son territoire est composé de vallées splendides où s'éparpillent des approches culturelles différentes. C'est une gageure à gouverner. La Géorgie est un carrefour de civilisation, mais que de difficultés. Il est heureux que depuis son indépendance, ce pays qui était riche a retrouvé un coefficient d’expansion qui lui permettra, je l’espère, de résoudre ses problèmes difficiles. Prions cependant pour que les différentes minorités ne trouvent pas toujours un allié extérieur puissant pour combattre la rénovation et détruire ce qui est en train de se faire.

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