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Enseignement
Professeur, envers et contre tout
Mis en ligne le 27/08/2010
Le 1er septembre approche à grands pas et, avec lui, la rentrée scolaire. Cette période d’ébullition tant pour les élèves que les professeurs n’est souvent vue que d’un seul côté : celui des écoliers. Mais qu’en est-il réellement des enseignants ? Comment et sur quelle base sont-ils recrutés ? On se plaît à croire qu’ils sont engagés selon leurs compétences ou leur mérite; pourtant, il n’en est rien. Il existe plusieurs réseaux d’enseignement, les explications qui suivent vont s’attarder sur celui de la Communauté française; elles sont le fruit de mes huit ans d’expérience en tant que professeur de français agrégé, étalés sur 15 écoles différentes, et ce, dans plusieurs régions du pays (Namur, Charleroi, Mons, Brabant wallon). Je n’ai aucunement la prétention de connaître tous les arcanes de la profession. Je me bornerai donc à énoncer les problèmes que beaucoup rencontrent dans leur carrière et à les traiter de la manière la plus objective possible, compte tenu de mon implication.
L’embauche d’un professeur est régie par un système kafkaïen dont peu cernent tous les méandres. Tout d’abord, chose logique, il s’agit d’obtenir un titre académique, baccalauréat ou maîtrise. Ensuite, le jeune enseignant, fleur au fusil, entre dans le grand bal des administrations. Formulaires de "temporaire" pour commencer, de "candidat temporaire prioritaire" deux années plus tard et, éventuellement, désignation en tant que "temporaire prioritaire" et nomination (emploi fixe et garanti), si vous résistez aux périodes de chômage qui émaillent bien souvent votre carrière. Chaque année, ces formulaires de candidature doivent être remplis pour établir une hiérarchie de candidats classés par nombre de candidatures et par zone d’enseignement (il en existe 10). A chaque rentrée, c’est la même attente : un désignateur doit vous écrire ou vous téléphoner sauf qu’il ne le fait parfois jamais, ou très tard (octobre ou novembre). A ce stade, vous êtes un numéro tiré sur une liste; si vous ne décrochez pas le premier, le candidat suivant obtiendra votre place; pas question de choisir le meilleur candidat, on se contente du mieux classé dans de grandes listes de classement ou, faute de cela, du plus rapide.
Scénario heureux : c’est le grand jour, on vous téléphone pour vous annoncer votre désignation dans un établissement. Premier constat, si vous êtes novice, vous ne ferez l’objet d’aucun suivi, à vous de vous débrouiller; rares sont ceux qui vous montreront la voie, vous êtes censé être directement fonctionnel. Quand on sait ce que l’agrégation universitaire donne comme conseils pratiques aux futurs enseignants (c’est-à-dire presque rien, voire rien du tout), il y a de quoi s’inquiéter. Prenons l’exemple du secteur privé. Chaque embauche donne lieu à une période d’essai où, normalement, vous êtes introduit, familiarisé à votre tâche par un collègue ou un supérieur. Cela semble tout à fait logique lorsqu’on débarque fraîchement des études; pas dans l’enseignement. Il s’agit trop souvent d’un métier de "francs-tireurs" qui ne tendent pas à collaborer pour rester cohérents, à l’exception notable de quelques matières, comme le latin par exemple.
"Comment, c’est à 100 km de votre domicile ? Ce n’est pas notre affaire, Monsieur ! Vous dites qu’un autre candidat qui n’a pas postulé dans la région de votre choix a obtenu l’emploi que vous souhaitiez ? Mais de quoi vous mêlez-vous ?" Voilà le style de réponse que l’on obtient après huit ans de services. Des situations comme celles-là, j’en ai rencontré bon nombre, tout comme mes collègues, d’ailleurs.
Que dire alors des pénuries d’enseignants ? Si certaines matières, comme les sciences ou les langues, sont bel et bien touchées, d’autres comme les sciences humaines (en général) sont complètement saturées alors que le site enseignement.be les déclare en manque de personnel. Il y a de quoi se poser des questions quant à la politique menée par la Communauté française. Bon nombre d’enseignants de ma connaissance sont dans la même situation que moi, il est difficile de parler de pénurie en leur présence.
Quelles sont les raisons possibles de tels dysfonctionnements ? La piste la plus logique serait celle du changement constant de ministre, et donc de cabinet. Certains durent 6 mois, d’autres 2 ans : difficile d’être cohérent et organisé dans de telles conditions, surtout quand l’un disait blanc et que l’autre dit noir. On le sait très peu, mais certaines écoles sont assez politisées et il s’agit d’avoir la bonne couleur pour accéder à certaines responsabilités. Parlons aussi de la pseudo-transparence des classements de candidats. Chaque année, les enseignants en reçoivent une copie, qu’il vaut mieux consulter si vous ne voulez pas qu’un autre soit mis à votre place. Cependant, quand vous le constatez, preuves à l’appui, il est très difficile, voire impossible d’obtenir gain de cause contre le fonctionnaire que vous contactez. C’est le pot de fer contre le pot de terre.
Et pourtant, l’enseignement est un métier formidable, un véritable apostolat, si je puis me permettre. La transmission du savoir est une mission délicate mais ô combien valorisante lorsque vos auditeurs sont réceptifs. Dommage qu’un certain nombre d’enseignants y soient par dépit, "parce qu’ils ne trouvent rien d’autre"; ils le font "en attendant" et ce qui devait n’être que temporaire devient bien souvent définitif, engendrant dépressions, "maladies" chroniques et, dans tous les cas, des absences préjudiciables à tout le monde.
Quoi qu’il en soit, et malgré la passion qui m’anime, j’ai déjà dû me résoudre à quitter la profession afin de pouvoir subvenir à mes besoins, mais l’appel était trop fort; je suis donc revenu à la charge, décidé à affronter les nombreux obstacles qui obstruent mon chemin. Et comme souvent, je suis encore à la recherche d’un emploi à une distance raisonnable (on m’a proposé une école à 96 km de chez moi), résolu à pouvoir exercer ce métier que j’affectionne tant. La voie la plus sage est celle de la patience, mais combien peuvent patienter une décennie avant de pouvoir "vivre" dignement ?
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