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Vu de Flandre

Rassurer la Flandre

Mis en ligne le 30/08/2010

Les Flamands ont une peur bleue de voir leur région rétrograder dans la hiérarchie mondiale. Une opinion de Jan De Troyer, ex-directeur de TV Brussel

Bart De Wever veut-il démontrer, par une tactique de surenchère, que la Belgique n’est plus gouvernable ? Vincent Slits posait la question dans "La Libre" du 24 août. Au Sud, on est probablement tenté de répondre oui. Pourtant, des études démontrent que la très grande majorité de ceux qui ont voté pour la N-VA aux dernières élections ne sont pas des séparatistes. En accordant à Bart De Wever le poids de la plus grande formation politique flamande, ces électeurs espèrent tout simplement que l’homme fort de la N-VA puisse trancher le nœud gordien qu’est devenu notre pays et qui nous empêche d’adapter notre société aux multiples exigences nécessaires pour survivre dans l’économie mondiale.

Si Bart De Wever ne réussit pas à rassurer la Flandre par une perspective crédible pour l’avenir, la déception de ses électeurs sera énorme. Nul ne peut prédire quelles réactions auront les Flamands après un tel échec. Certains annoncent une radicalisation plus nette encore, mais il est aussi possible que la croyance messianique qui a poussé Bart De Wever à devenir l’homme fort de la Flandre s’effrite au prochain scrutin. Nul ne peut deviner la réaction de l’électorat, puisqu’elle sera nourrie par la peur. D’innombrables commentaires sur les sites des journaux flamands semblent l’indiquer : tout comme les francophones sont hantés par cette angoisse de voir leur communauté s’appauvrir, les Flamands ont également une peur bleue de voir leur région (et par conséquent, notre pays) rétrograder dans la hiérarchie mondiale. Ils sont convaincus que l’actuelle solidarité avec le Sud ne garantit plus que la Belgique reste ce petit paradis de sécurité sociale et de médecine de pointe accessible à tous, un système à peu près unique au monde.

On peut fortement douter qu’une démonstration que ce pays n’est plus gouvernable - avec tous les risques que cela implique - soit accueillie dans l’opinion publique flamande par des applaudissements. Les Flamands attendent tout simplement que Bart De Wever puisse élaborer avec Elio Di Rupo un modus vivendi qui permet aux Belges de jouir, à l’avenir, du même niveau de bien-être et de prospérité. Bart De Wever est conscient du risque de l’échec. De là à dire qu’il est un fervent défenseur de la patrie serait évidemment exagéré. Mais dans l’actuel système de financement des Régions, l’Etat fédéral ne pourra plus, à terme, assainir les finances publiques, la base même des mécanismes de solidarité. Paradoxalement, s’il réussit à élaborer avec Elio Di Rupo un nouveau système de financement efficace des Régions, Bart De Wever renforcera donc la Belgique fédérale.

La divergence plus fondamentale entre le Nord et le Sud, qui paraît un abîme infranchissable dans les esprits, concerne le fonctionnement de notre démocratie. Au Nord, on part du principe qu’une démocratie ne peut fonctionner qu’à condition que la volonté majoritaire soit concrétisée de façon crédible. Les Flamands trouvent que leurs ambitions sont, dans le système actuel, trop restreintes par toutes sortes de blocages inscrits dans la Constitution au siècle précédent, avec, d’ailleurs, le consentement des responsables politiques flamands de l’époque. Ils ont l’impression que les centaines de millions servant à la solidarité avec le Sud échappent à tout contrôle. Les francophones y voient, eux, le spectre d’une tutelle flamande. Les Flamands doutent que leur argent soit utilisé de façon efficace et transparente, et ce sentiment sape la volonté de solidarité, d’où la demande de "responsabilisation" des Régions.

Dans le système actuel, les hommes politiques peuvent investir l’argent de la solidarité dans des politiques qui rendent populaire - certains parleront même de populisme - et qui garantissent le soutien d’un certain électorat, mais qui ne résolvent pas les problèmes comme tels. Les intérêts de la classe politique et de la population ne coïncident pas toujours. C’est pourquoi une large majorité flamande voudrait qu’on sanctionne les politiques inefficaces. L’avenir nous dira si les francophones parviendront à en accepter le principe.

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