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Se réjouir du bonheur de l’autre
Mis en ligne le 09/03/2011
La psychologie conjugale s’est longtemps focalisée sur les couples à problèmes en étudiant les caractéristiques de leurs conflits et les éléments prédictifs de leurs divorces. C’était forcément les seuls couples que les psys voyaient dans leurs cabinets de consultation ! Ces dernières années, le courant de la "psychologie positive" a conduit les chercheurs à se pencher sur les couples épanouis et à tenter de découvrir leurs "secrets". Contrairement à leurs attentes, l’élément prédictif positif majeur n’est pas le soutien que les conjoints s’apportent l’un à l’autre en cas de coup dur.
C’est bien entendu une précieuse qualité que savoir écouter, comprendre, aider son partenaire qui souffre, qui déprime ou se sent humilié et malchanceux, mais ce n’est pas, selon des chercheurs comme Shelly Gable, la principale. Le plus important, c’est de pouvoir se réjouir pour lui et avec lui lorsqu’il reçoit une bonne nouvelle, lorsqu’il est valorisé, fier et confirmé ! Le comble, c’est qu’une réponse passive (OK, chéri(e), c’est bien ) est aussi toxique qu’une réponse déplaisante (tu ne crois pas que tu en fais trop, là ? .), alors que manifester sa joie dope durablement la relation (c’est formidable, tu l’as vraiment mérité ) ! Facile, me direz-vous. Quand tout baigne pour mon conjoint, je plonge aisément dans son bonheur. Est-ce si évident ? N’êtes-vous jamais envieux de la joie de l’autre ? Vous ne connaissez pas ce sentiment de convoitise qui vous rend malheureux d’être privé de ce que l’autre possède ?
Personne n’est vacciné contre l’envie. Grâce à la publicité, elle est passée de la catégorie des péchés capitaux à celle des boosters de la relance de la consommation et de la croissance ! Elle est constitutive de notre humanité. Dans la Genèse, elle se déguise en serpent et elle est clairement le mobile du meurtre commis par Caïn ! D’où vient alors que certains peuvent se réjouir du bonheur des autres et en particulier de leur conjoint sans être envahi par l’envie ? C’est un grand mystère. Qui pourra mesurer l’influence de l’ambiance familiale, de la place dans la fratrie, de l’éducation, des rencontres significatives et des événements de la vie ?
Quelle est notre part de liberté et comment transformer en joie gratuite nos regards envieux ? Sans doute en osant les reconnaître et les dire, en humilité, en vérité. Nous pouvons aussi nous exercer à propos de petites choses de la vie courante. En admirant, par exemple, la nouvelle porte de garage de notre voisin ou le magnifique teint bronzé de notre voisine à son retour des îles Maldives. Plus difficile ? Au jeu, nous réjouir de la victoire de notre adversaire. Au bureau, de la promotion de notre collègue. Encore plus difficile ? Applaudir des copains qui réussissent alors que nous venons de rater. Fêter nos amis riches alors que nous sommes dans la dèche. Les féliciter pour leur bonne santé alors que nous sommes malades. Encourager et approuver les jeunes alors que nous nous sentons vieux
Les situations concrètes ne manquent pas, il n’y a que l’intention qui manque. Allez, je me lance, pour vous donner l’exemple : je me réjouis du bonheur que vous aurez à lire cette chronique. Plus égocentrique, je meurs !
Armand LEQUEUX
Chroniqueur