
En Espagne, en Grèce, en France et aussi en Belgique, se propage le sentiment que cette société ne fonctionne plus. Les partis au pouvoir ne nous représentent plus puisque, avec eux, il n'y a pas d'alternative à la précarité.
Une opinion de Aurélie Decoene, Solidaire avec "Los Indignados", de retour de la Puerta del Sol à Madrid, présidente du Comac, mouvement de jeunes du PTB.
Des socialistes comme Louis Tobback ont un regard critique sur les mouvements de protestation actuels, de Madrid à Liège. Il considère que les jeunes sont un peu trop gâtés. A votre avis ?La semaine dernière, nous étions sur place, à la Puerta del Sol à Madrid, avec des milliers de jeunes Espagnols. Leurs raisons de manifester sont très claires. Le chômage des jeunes est de 45 % et le chômage est limité à deux ans. A cause de la crise de l’immobilier et des très bas salaires, la plupart des jeunes sont forcés d’habiter chez leurs parents ou de vivre les uns sur les autres. Cette précarité croissante se retrouve également en Belgique, où une personne sur cinq vit dans la pauvreté et où près d’un jeune sur trois est sans emploi. Dans certains quartiers de Bruxelles, le taux de chômage grimpe même à plus de 50 %. Et Monsieur Tobback se permet de nous traiter de jeunesse gâtée ! N’est-il pas gêné d’affirmer cela à la première génération dont on nous annonce tous les jours qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents ? Louis Tobback a dit aussi qu’il donnerait la place des jeunes “à des jeunes convaincus, volontaristes”. Mais si ces jeunes sont convaincus que le système ne fonctionne plus, alors il les considère comme gâtés, mal éduqués ou simplement trop bêtes pour comprendre d’où vient leur “prospérité”. Mais la bonne nouvelle, c’est que ces jeunes prétendument gâtés ont de moins en moins envie de se taire. Monsieur Tobback et consorts ne nous comprennent pas et, tout comme le clament les indignés espagnols, ils ne nous représentent pas. Car depuis des années, ils défendent la même idée terrifiante qu’il n’y a pas d’alternative. Au lieu de nous dire qu’il est possible de construire autre chose comme le faisaient les fondateurs de la pensée socialiste. Remettez-vous en cause !
Un autre reproche formulé est que l’action de jeunes “classés” à gauche a comme résultat le retour de partis de droite.Nous ne l’avons pas rêvée, cette crise économique, la plus grande depuis 1929. Pas plus que la politique menée ces trente dernières années par tous les partis au pouvoir partout en Europe. Les partis sociaux-démocrates n’ont malheureusement pas mené des politiques fondamentalement différentes des partis de droite. C’est donc la social-démocratie espagnole qui a porté le Parti Populaire au pouvoir, pas ces jeunes indignés qui manifestent pour leurs droits.
Etes vous contre la politique ?Les jeunes ne sont pas “contre la politique”. Nous sommes contre la politique de ceux qui poussent les gens dans la misère. En Espagne, au Portugal, en Grèce, en France et aussi en Belgique, se propage un sentiment diffus que cette société ne fonctionne pas. Qu’il y a quelque chose qui cloche. Tout le monde a acclamé les peuples de Tunisie et d’Egypte quand ils se sont soulevés pour défendre leurs droits, mais dès que la contestation passe à l’intérieur des frontières de l’Europe, les critiques s’élèvent. Nous voulons débattre sur cette société dans laquelle on vit et vivront nos enfants. Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens. Nous luttons pour un monde débarrassé du profit, plus juste et plus solidaire.