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Enseignement: l’uniforme qui se déforme
Alice Dive
Mis en ligne le 07/11/2011
Attention, de l’autre côté : sobriété exigée." C’est en substance le message que l’on pourrait retrouver aux abords et entrées des quelques huit écoles secondaires - toutes issues du réseau libre - dites " à uniformes". Du moins en Communauté française.
Pantalon gris, chemisier blanc et écusson de l’institution pour les uns; jeans foncé, polo clair et pull décontracté pour les autres; jupe bleue, T-shirt blanc et sweat à capuchon gris chiné pour les plus révolutionnaires cette fois, c’est sûr, jupes plissées et autres pulls cols V d’antan peuvent aller se rhabiller. L’uniforme "nouveau" est arrivé !
Enfin, presque. Une école résiste encore et toujours à l’envahisseur : l’Institut de la Vierge Fidèle. Cet établissement scolaire bruxellois continue d’imposer un uniforme strict à ses élève s. "Concrètement, cela signifie que l’école ne se contente pas d’un code couleurs. Elle exige une tenue précise que les élèves doivent se procurer dans la boutique qui leur est renseignée", explique Ludivine Barbier, auteur d’un récent mémoire (UCL) sur le sujet.
Effectivement, de nos jours, la quasi-totalité des écoles "à uniformes" optent pour une uniformité de couleurs. Soit pour un code vestimentaire respectant des exigences de coloris et de sobriété. Dès lors, on peut légitimement s’interroger sur le sens actuel à donner à l’uniforme scolaire. Vise-t-il encore à atteindre son objectif initial - utopique pour certains -, soit à "gommer les inégalités sociales" ? La question divise.
Pour la majorité des chefs d’établissements concernés, la réponse ne fait aucun doute. "Bien sûr que nous cherchons à lisser les différences sociales via l’imposition d’une tenue vestimentaire obligatoire. Et ce n’est pas un vain mot. Je vous défie de différencier, dans mon école, les enfants issus de milieux défavorisés des autres, ce n’est pas si évident", assure un directeur. Un autre témoigne : "Personnellement, j’habite dans un quartier pauvre. Parfois, il m’arrive de véhiculer certains enfants du coin jusqu’à l’école. Avec l’uniforme, personne ne voit qu’ils sont moins favorisés. Résultat : ces jeunes progressent plus vite chez nous que s’ils étaient dans un ghetto." Et un préfet d’éducation de déclarer : "L’uniforme doit empêcher les élèves d’investir dans des tenues hypercoûteuses et, pour les plus nantis, de montrer leur argent au travers du vêtement. Moi, je ne fais pas la différence entre celui qui a acheté son polo dans une grande surface et celui qui l’a acheté dans une boutique de luxe."
Un avis que ne partage pas du tout la directrice d’une des écoles visées : "Non, cela n’a jamais empêché certains de manifester leur richesse. Au travers de la qualité de la blouse qu’ils portent, par exemple. Cela se voit immédiatement." Et de poursuivre : "Pour nous, l’idée est de dire que l’on vient à l’école pour étudier, pas pour y faire son show. Il faut relativiser l’importance de l’apparence en orientant les élèves sur deux priorités : la formation et l’ouverture aux autres." L’une de ses élèves raconte : "Le règlement exige que l’on ne porte pas de marques plus étendues que la paume de la main. Cela veut dire que le petit cheval Ralf Lauren, par exemple, il passe sans problème sur un pull." Pour elle, il est donc totalement illusoire de croire que quelques nuances de couleurs suffisent à mettre tout le monde sur un pied d’égalité. " De toute façon, constate une ancienne écolière, il n’y a souvent pas grand-chose à gommer en termes d’inégalités sociales. Dans mon école, nous étions tous issus de bonnes familles. Finalement, c’était plus une distinction entre riches".
Et Ludivine Barbier de conclure : "Un code couleurs, ce n’est pas un uniforme. Certes, cela peut libérer l’élève du souci journalier du choix de sa tenue, inculquer des valeurs de rigueur et d’autodiscipline ou susciter un sentiment d’appartenance à une communauté. Mais si l’objectif est de lisser les différences sociales, alors là, on n’y est plus du tout."
L’uniforme "nouveau" est arrivé, déclarions-nous. Mais à quel prix ? Au détriment de sa raison d’être?
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