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Les médias en font-ils trop dans l’affaire DSK ?

Entretien : J-P. Du.

Mis en ligne le 19/11/2011

La retenue des médias avant que l’affaire du Sofitel n’éclate est soit rassurante – ils n’ont pas dérapé vers la vie privée – soit inquiétante, parce qu’ils auraient su et se seraient tus.
Entretien avec François Heinderyckx, professeur de Sociologie des médias à l'ULB.

Laurent Joffrin, ci-contre, estime que les médias sont restés dans leur rôle. Est-ce aussi votre avis ?

Non, les médias en font trop. Mais, en même temps, il ne pouvait pas en être autrement. Pour moi, les médias ont été piégés dans la mesure où, lorsque l’affaire a démarré à New York, elle était indiscutablement d’une nature et d’une ampleur qui justifiaient nécessairement les “Unes”. On avait là un homme de pouvoir, pouvant être amené à exercer la plus haute fonction, qui se trouve embarqué dans une affaire sordide et salace. On a là un cocktail des deux registres qui font qu’on va avoir des affaires juteuses, qui vont plaire au public. C’est donc une histoire parfaite. Dès lors qu’il est acquis qu’on est face à quelqu’un qui a un vrai problème de comportement, c’est la porte ouverte à tous les phantasmes et toutes les inventions.

Ne peut-on pas parler d’acharnement médiatique ?

L’emballement médiatique des premiers temps était inévitable et, à l’époque, les médias s’en sont plutôt bien tirés. Et puis, il y a ce rebondissement qui était inattendu pour le public. Il y a une sorte de deuxième emballement, qui tient du déballage. Il y a une dynamique de lynchage. On a l’impression qu’on est emporté dans une spirale exponentielle.

Mais les médias en ont-ils trop fait cette fois, après en avoir fait trop peu précédemment ?

Le fait que tous les médias, pas seulement ceux à scandales, en fassent autant, cela commence à lasser le public. Le déballage actuel est de nature telle qu’on se rend compte que le profil déviant de DSK est quelque chose d’ancien mais qui était connu d’un certain nombre d’observateurs privilégiés. Cela nous révèle que les médias dans toute la période précédant le scandale de New York ont fait preuve de beaucoup de retenue. Je n’imagine cependant pas que les journalistes n’aient pas eu vent des nouvelles affaires. Le fait qu’on n’en ait pas parlé, c’est peut-être quelque chose de rassurant pour les médias parce que cela signifie qu’ils ont très largement respecté cette limite entre la vie privée et la vie publique. Cela signifie qu’on aurait là une classe médiatique française qui aurait au fond fait preuve de beaucoup de maîtrise. C’est peut-être une bonne nouvelle mais cela ne l’est pas forcément. Une autre lecture de ce qui s’est déroulé montrerait qu’il y a une sorte de connivence et d’entente entre l’élite médiatique, d’une part, et l’élite politico-économique, de l’autre. Cela voudrait dire qu’on n’a pas osé fâcher DSK et son entourage, par l’effet au mieux d’une autocensure. Il est très difficile de privilégier l’une ou l’autre hypothèse.

Il y aurait donc un “avant” et un “après” DSK dans le traitement médiatique.

Je ne sais pas. Ce qui est possible, c’est que DSK, impliqué dans l’affaire du Sofitel, ait du coup perdu cette immunité médiatique dont il bénéficiait jusque-là. DSK et ses avocats ont raison de parler de lynchage médiatique mais cela ne veut pas dire que ce qui est étalé désormais dans les médias n’est pas pertinent. On marche sur un fil. On va en apprendre beaucoup sur les relations entre les médias et le pouvoir.

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