Jeunes profs: le désamour du métier

De nombreux jeunes enseignants quittent le métier endéans les cinq ans. Une chercheuse se penche sur les raisons de cette désaffection.

Isabelle Lemaire
Jeunes profs: le désamour du métier

Le constat est interpellant : selon une étude flamande datant de 2003-2004 (il n'existe pas de chiffres plus récents mais une étude est en cours en Fédération Wallonie-Bruxelles), le taux d'abandon des jeunes enseignants après cinq années de métier est de 44 % dans l'enseignement fondamental ordinaire, 64 % dans le fondamental spécialisé, 62 % dans le secondaire ordinaire et de 31 % dans le secondaire spécialisé. Et les enseignants débutants présentent deux fois plus de troubles névrotiques que les débutants en insertion dans d'autres professions.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? C'est ce qu'Anne Floor, chargée d'études et d'analyses à l'Ufapec (Union des fédérations des associations de parents de l'enseignement catholique) a voulu comprendre. En 2011, elle a publié un dossier intitulé "Jeune enseignant : pourquoi tu pars ?" (1) dans lequel elle se penche sur ce phénomène inquiétant, d'autant plus dans ce contexte de pénurie de professeurs que connaît la Belgique.

Anne Floor entame son étude avec une contextualisation. "L'image de l'enseignant a perdu de sa superbe, son statut social ne fait plus rêver et l'école n'est plus l'unique source de savoirs", écrit-elle. La faute à Internet, la télévision mais aussi au jugement parfois négatif de la famille sur l'institution scolaire. Un problème de génération et d'époque qui ne devrait pas s'arranger du jour au lendemain. "La solution se trouve sans doute dans le positionnement des adultes face au savoir et à la manière dont il est dispensé. Il faut aider les jeunes à développer un esprit critique et former les futurs enseignants à une prise de recul face à ces savoirs disponibles ailleurs qu'à l'école", déclare-t-elle.

Mais les causes du désamour du métier sont aussi à chercher au sein même du fonctionnement de l'école. "Le métier est solitaire et le prof débutant se retrouve, en début de carrière, avec les mêmes responsabilités qu'un enseignant expérimenté. La charge de travail administrative est écrasante. Il n'y a pas de période d'essai, de régime de faveur ni d'espace de parole où les jeunes profs peuvent exprimer leurs problèmes. Et rien, dans leur formation, ne les prépare à ces difficultés."

Anne Floor décrit une profession où l'on rencontre peu d'esprit de corps, où l'entraide se fait rare. "Il y a un tel va-et-vient dans les écoles (intérims, mutations ) que des liens entre collègues deviennent compliqués à nouer." Malgré tout, les enseignants interrogés ne pointent pas la solitude comme cause première de difficulté à exercer ce métier. "Ils soulignent plutôt la gestion de leur classe et de la discipline ainsi que l'évaluation et la planification des apprentissages", dit-elle.

Le manque de cours axés sur la psychologie de l'enfant, les troubles de l'apprentissage et de variété dans les lieux de stage qui permettraient une meilleure connaissance, non seulement des différents types d'enseignement et d'établissements, mais aussi des milieux culturels et sociologiques dont sont issus les élèves sont également des éléments qui posent problème. "Les classes les plus difficiles sont données aux enseignants débutants puisque ce sont les profs expérimentés qui choisissent en premier leur affectation", explique Anne Floor, qui relève au passage un "système de nominations insécurisant pour les jeunes professeurs et rigide, qui participe à rendre leur vie bien compliquée".

Alors, que faire pour rendre le goût du métier à ceux et celles qui ont choisi la voie de l'enseignement ? Plusieurs pistes sont évoquées par l'auteur et par les enseignants eux-mêmes. "Il faudrait allonger et enrichir la formation, notamment en ce qui concerne l'accompagnement des élèves dys-apprenants. Je suggère d'inclure en fin de cursus une année tampon, faite de stage et de formation, pour faciliter l'insertion des jeunes profs. Les stages d'observation doivent être plus approfondis et plus variés. Je plaide également pour l'instauration d'un tutorat formalisé entre prof confirmé et débutant, afin d'aider ce dernier à trouver sa place au sein de l'établissement scolaire. Il faut aussi stabiliser les emplois. Et enfin, il faut permettre aux directions d'encadrer les jeunes enseignants. Ils veulent le faire mais ils n'en ont pas le temps."

(1) Consultable sur www.ufapec.be onglet "Nos analyses & études"

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