Enseigner, une partie de plaisir ?

Alors que de nombreux jeunes enseignants quittent le métier après quelques années d'exercice seulement, pour d'autres, la motivation reste intacte. Ghislain Carlier est professeur à la faculté des Sciences de la motricité de l'UCL. Il a publié une étude intitulée "Plaisir d'enseigner : la quête du Graal" qui se penche sur la composante "plaisir" dans l'acte d'enseigner chez les professeurs d'éducation physique et sportive (EPS). "Mais j'espère que cette étude peut être extrapolée aux professeurs qui enseignent d'autres disciplines", dit-il. "La notion de plaisir me semble incontournable et au cœur de la pratique du métier. On ne reste pas dans l'enseignement si l'on n'éprouve pas de plaisir. La persévérance, c'est une façade. Je ne blâme pas ceux qui sont restés sur ce terrain mais j'essaie de mettre en place des éléments d'action et de réflexion pour permettre aux élèves et aux professeurs d'admettre que le plaisir est également une clé de la réussite des élèves. Il faut oser le dire."

Isabelle Lemaire

Alors que de nombreux jeunes enseignants quittent le métier après quelques années d'exercice seulement, pour d'autres, la motivation reste intacte. Ghislain Carlier est professeur à la faculté des Sciences de la motricité de l'UCL. Il a publié une étude intitulée "Plaisir d'enseigner : la quête du Graal" qui se penche sur la composante "plaisir" dans l'acte d'enseigner chez les professeurs d'éducation physique et sportive (EPS). "Mais j'espère que cette étude peut être extrapolée aux professeurs qui enseignent d'autres disciplines", dit-il. "La notion de plaisir me semble incontournable et au cœur de la pratique du métier. On ne reste pas dans l'enseignement si l'on n'éprouve pas de plaisir. La persévérance, c'est une façade. Je ne blâme pas ceux qui sont restés sur ce terrain mais j'essaie de mettre en place des éléments d'action et de réflexion pour permettre aux élèves et aux professeurs d'admettre que le plaisir est également une clé de la réussite des élèves. Il faut oser le dire."

Ghislain Carlier détaille une typologie des enseignants d'EPS liée au plaisir. "Dans un monde en perpétuelle transformation, ils reconnaissent que les adolescents ne sont pas les seuls qui ont changé. Ils repèrent les aspects positifs des transformations de valeurs individuelles et collectives chez leurs élèves. Ils s'y intéressent, voire s'y initient", écrit-il.

Cette typologie montre également que ces enseignants privilégient le contact humain avec leurs classes. "Ils communiquent vers leurs élèves, verbalement ou non, à l'aide de routines avérées, élégantes et efficaces, génératrice d'action. Ils responsabilisent leurs élèves en leur confiant des rôles judicieux et ils ne traitent pas leur classe comme un troupeau. Au contraire, ils caractérisent avec finesse les groupes d'élèves. Ils se sentent gratifiés par les retours positifs des élèves et ils l'expriment."

Les professeurs qui partagent du plaisir avec leurs élèves s'impliquent dans la vie de leur école, en devenant formateurs, en participant à des activités extra-scolaires, des projets interdisciplinaires et en cultivant les liens avec leurs collègues. Le maître mot définissant les enseignants mus par le plaisir est-il l'humanisme ? "Oui mais ce n'est pas un humanisme gratuit car il s'accompagne des missions de transmission des savoirs et de socialisation", précise Ghislain Carlier.

Mais alors, les professeurs qui prennent du plaisir à enseigner sont-ils forcément de bons profs ? "Cela devrait faire partie de la définition mais il faudrait interroger les élèves à ce sujet. Si on injectait la notion de plaisir dans les tests Pisa (visant à mesurer les performances des systèmes éducatifs de différents pays, NdlR), on obtiendrait peut-être des résultats bien différents. En tout cas, le plaisir est lié à la connivence et aux interactions avec les élè ves, à une approche non dictatoriale de la transmission des savoirs; ce qui, a priori, sont des éléments englobés dans le concept de bon prof", déclare l'auteur.

Ghislain Carlier plaide encore pour que le plaisir soit au cœur de la formation des futurs enseignants. "On ne met pas suffisamment cette notion en avant alors qu'on est censé préparer les étudiants à exercer un métier quasiment impossible. J'invite donc les formateurs à repérer les pépites de plaisir et à les faire fructifier", conclut-il.

L'étude de Ghislain Carlier s'insère dans un ouvrage intitulé "Le plaisir", publié en 2011 aux éditions EP&S.

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