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ÉDITORIAL
André Delvaux, l'homme au crâne frisotté
Mis en ligne le 06/10/2002
Un moment d'incrédulité, un pincement au coeur, mais pas de pleurs; la mort d'André Delvaux a provoqué chez ceux qui connaissaient l'homme ou son oeuvre un moment de tristesse, sincère voire ensuite, un peu envieuse.
Quelle belle vie, en effet.
Combien rêveraient de partir à 76 ans, laissant derrière eux des dizaines de successeurs, des cinéastes authentiquement attristés, se considérant même comme autant de ses enfants, le remerciant pour cette maison du cinéma qu'il leur a construite et à laquelle il a donné un extraordinaire rayonnement. Car depuis `L'homme au crâne rasé´ jusqu'à son dernier souffle à Valence où il représentait le cinéma belge à un colloque, André Delvaux fut le symbole, l'image de marque de notre cinématographie à l'étranger.
C'est vrai qu'il y avait du père chez cet homme, même du bon père de famille qui veillait sur le patrimoine par son action à la Cinémathèque, se préoccupant du bien commun et de sa pérennité. Un père fidèle à une institution qui l'avait installé devant un piano dans les années 50 pour accompagner des films muets, qui avait coproduit ensuite ses premiers films et pour laquelle il s'était battu farouchement ces derniers temps, y laissant sans doute une partie de sa santé.
Quelle belle vie que celle de ce petit homme au crâne frisotté, à l'oeil si brillant et à la voix aigrelette qui, tout de même, sous ses airs d'elfe espiègle, devait se savoir immortel. Ce ne sont pas neuf films qu'il laisse, mais un moment du 7e art, un oeuvre tout tendu vers ce réalisme magique, vers cette frontière qu'il vient de franchir entre le réel et l'imaginaire, le passé et le présent, l'extérieur et l'intérieur.
Quelle belle vie que celle d'un homme qui laisse, unanimement le souvenir d'un être cultivé, intelligent, charmant, humble et solidaire mais qui compte aussi parmi les plus grands artistes belges. Surréellement belge, car non content de jouer des deux langues nationales comme des touches blanches et noires du piano, André Delvaux fut dans son médium spécifique l'héritier de Paul Delvaux et de René Magritte.
Quelle vie fantastique, un qualificatif auquel André Delvaux a su donner du sens magique.
© La Libre Belgique 2002
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