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EDITORIAL
Produits génériques: tout le monde a gagné?
LAURENCE DARDENNE
Mis en ligne le 19/04/2001
L'épidémie de sida qui ravage l'Afrique du Sud, pays le plus touché au monde avec 4,7 millions de séropositifs recensés fin 2000, soit une personne sur neuf, peut-elle être considérée comme un cas de force majeure? Et ce, au point que le ministre sud-africain de la Santé puisse se permettre de passer outre les droits exclusifs de propriété intellectuelle et le commerce concernant la protection des brevets, en vue d'importer, d'attribuer des licences ou de produire des copies à bas prix des médicaments de marque contre le sida et d'autres maladies? Tel est précisément le point sur lequel portait le conflit opposant depuis trois ans le gouvernement d'Afrique du Sud à l'industrie pharmaceutique. En acceptant, jeudi, de retirer auprès de la Haute Cour de Pretoria leur plainte qui empêchait l'application de cette loi, les 39 firmes pharmaceutiques sortent vraisemblablement, elles aussi, gagnantes de cette aventure. D'abord, parce qu'elles se sont bien assurées auprès du gouvernement sud-africain que la loi sur les médicaments génériques ne contreviendrait pas aux règles internationales sur les brevets, dont le respect demeure, selon elles, essentiel au financement des recherches sur de nouveaux médicaments, un argument de poids. Ensuite, parce que ces sociétés à vocation davantage commerciale qu'humanitaire, ont ainsi redoré leur blason en passe d'être terni, elles qui se sont vues accusées par le monde entier de faire passer leurs profits avant la vie des malades.
Et si le gouvernement de Pretoria estime avoir gagné la bataille, que dire des premiers intéressés, en l'occurrence les malades? Ont-ils franchement de quoi crier victoire après cet accord à l'amiable, qui satisfait apparemment tant le gouvernement sud-africain que l'industrie pharmaceutique?
Si l'on ne peut apriori que se réjouir de la nouvelle, d'ores et déjà un bémol a été mis par la ministre sud-africaine de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, qui s'est empressée d'écarter l'idée d'une mise à disposition rapide des médicaments antirétro-viraux contre le sida dans le service public de santé. En dépit de l'accord, les médicaments demeureront trop couteux pour la plupart. Aussi l'aide financière des pays riches reste-t-elle indispensable, fût-ce pour reconstruire le tissu sanitaire nécessaire.
Il convient donc de considérer cette étape essentielle, témoignant avant tout d'une ouverture mutuelle à la collaboration, comme un précédent, alors qu'un procès similaire se déroule au Brésil. Ou encore comme un nouvel obstacle franchi, plus que comme l'aboutissement d'une lutte en pleine progression.
© La Libre Belgique 2001
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