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philo
L'allégorie de la caverne
Luc de Brabandere et Stanislas Deprez
Mis en ligne le 17/09/2007
L e livre VII de "La République" commence par une allégorie sur l'ignorance et le savoir. Socrate imagine des hommes prisonniers depuis leur enfance dans une caverne. Ils sont enchainés de telle sorte qu'ils ne peuvent voir que le mur de la caverne et les ombres qui s'y projettent, reflet des êtres et des objets qui passent dehors, au loin. Ces prisonniers, n'ayant jamais connu que ces ombres, les prennent pour la réalité.
Or, voici que l'on détache un prisonnier et qu'on le force à regarder du côté de la lumière. Il est d'abord ébloui, préférant ses ombres, qu'il connait, aux choses qu'il ignore encore. On le force alors à sortir de sa caverne. Ce qu'il découvre lui brule les yeux et ce n'est que lentement qu'il parvient à repérer des êtres, la clarté de la lune et des étoiles. Enfin, notre homme contemple le soleil, qu'il saisit être la cause de toutes les ombres de sa caverne.
Socrate explique à son interlocuteur que cette histoire est celle du philosophe, qui s'élève du monde visible vers le monde de l'esprit, où il contemple les Idées avec, au plus haut, l'Idée du Bien. Presque toute la philosophie de Platon est contenue dans cette allégorie : l'idéalisme, l'âme, la morale, le philosophe-roi...
L'idéalisme, la grande intuition de Platon, est une théorie selon laquelle notre monde est la copie dégradée du monde des Idées. Par exemple, les différents triangles que nous pouvons dessiner sont des copies plus ou moins bien faites de l'Idée de triangle. Ainsi, le véritable monde est celui des Idées, que notre âme a contemplé avant notre naissance et dont elle se souvient quand nous regardons le monde sensible.
L'allégorie de la caverne le dit : l'Idée suprême est celle du Bien. Tous nos efforts tendent à nous faire rejoindre le Bien. Le mal, lui, n'est qu'une erreur. Quand nous faisons le mal, soutient Platon, c'est toujours par méconnaissance du Bien. A vrai dire, seul le philosophe connait le Bien, pour l'avoir contemplé. C'est pourquoi lui seul est digne de diriger les hommes. Toute la République est une réflexion sur le vivre-ensemble sous la conduite du philosophe-roi.
POUR ALLER PLUS LOIN
Platon, "La République". Livres VI et VII, Gallimard, dans la collection Folioplus Philosophie, 2006. Publié avec un dossier pédagogique.
François Châtelet, "Platon", Gallimard (Folio essais n°115), 1989. Une introduction accessible au plus grand nombre, par un grand historien de la philosophie.
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Demain : Aristote.
L'allégorie de la caverne reste d'actualité : Arthur Koestler, par exemple, voit dans nos écrans d'ordinateur les ombres de la caverne. Le philosophe et logicien Whitehead a écrit que toute la philosophie est une suite d'annotations des textes de Platon. L'image, peut-être exagérée, souligne l'importance de l'oeuvre du philosophe grec. Platon a écrit sur tout, balisant la philosophie pour des millénaires. Aujourd'hui encore, certains se revendiquent de son héritage : il y a ainsi des mathématiciens qui se disent idéalistes. Et si on peut penser contre Platon, il est difficile de penser sans lui.

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