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face-à-face

UCL sans le "C"?

Mis en ligne le 21/10/2008

En affichant une référence de sens, l’université catholique affirme la pertinence de la question du sens dans l’université. Et l’étiquette dit cette préoccupation, ce qui est honnête et utile.

Jacques DELCOURT, Vincent HANSSENS et Paul LÖWENTHAL Membre du Groupe Martin V, groupe de réflexion sur l’université catholique au sein de l’UCL.

Convient-il de donner une référence chrétienne ou catholique à une université ? Pour répondre, il faut d’abord juger de la place qu’il convient d’y donner à la question du sens et aux engagements éthiques, en général. Ces enjeux ne relèvent pas de la science, mais ils concernent les scientifiques et les professionnels. Ils sollicitent donc l’université et ses étudiants. Et ils intéressent la société qu’ils servent et qui les finance.

Soyons clairs : confessionnelle ou non, une université se veut et se doit d’abord d’être une université. C’est là qu’est sa mission propre, c’est là qu’elle trouve ses critères scientifiques ou pédagogiques propres. Cela n’exclut pas de son champ les réalités ou manifestations non rationnelles, notamment artistiques, spirituelles ou mystiques, car elles font partie intégrante de la réalité, et l’université leur applique en tout cas sa démarche rationnelle.

La question est : doit-elle aller plus loin ? Oui : au-delà du progrès des connaissances et de leur transmission, l’université peut et doit les évaluer de façon critique. Oeuvrant au progrès intégral de “tous les hommes et tout l’homme” (Paul VI), elle doit développer en son sein l’esprit de service, le recul critique et la culture du débat.

Catholique ?

L’université catholique, comme toute université, reconnait l’importance de la dimension spirituelle dans le développement de la personnalité d’hommes et de femmes libres, responsables d’eux-mêmes et des autres. La référence catholique d’une université qui est régie et financée par la collectivité signifie avant tout, dans nos pays, le souci d’une référence qui aille au-delà des excellences scientifiques et des fonctionnalités professionnelles.

L’université catholique se réfère à l’appel chrétien et promeut les valeurs humanisantes du message évangélique, y compris l’ouverture à une société pluri-confessionnelle, la culture du dialogue et le souci des plus faibles. La diversité des visions au sein même de la communauté universitaire sert cette démarche humaniste, qui n’exige de ses membres qu’une empathie avec les références et valeurs qui fondent son identité.

L’Eglise ayant reconnu l’autonomie de la raison humaine et son autonomie responsable, c’est à l’université elle-même et à ses membres qu’il appartient de fixer leurs objectifs et leurs priorités, a fortiori leurs méthodes, dans le respect de leur liberté académique individuelle et collective.

Qu’y a-t-il dès lors d’“institutionnellement catholique” à l’université catholique ? Notamment – mais pas seulement ! – par sa faculté de théologie, elle se reconnait une mission de conseil, de discernement et de progrès à l’égard de l’Eglise et de son magistère. Cette mission suppose évidemment un dialogue entre partenaires conscients de leurs responsabilités propres, dans lequel les universitaires soient entendus et leurs compétences, reconnues : ce n’est malheureusement presque jamais le cas.

De leur côté, les autorités de l’Eglise attendent de l’université catholique qu’elle se soumette à ses normes éthiques, notamment bio-médicales : ce n’est pas toujours le cas non plus, car ses membres exercent leurs fonctions en scientifiques conscients de leurs responsabilités et en respectant de la conscience de leurs patients.

Universitaire

L’université catholique, comme toute université, veut “former des hommes et des femmes tolérants et soucieux des autres, responsables et autonomes, capables, en toute liberté, de porter un jugement et de faire des choix. Dans le même esprit, elle dispense une formation qui accorde toute son importance à la réflexion sur le sens de l'homme, de sa vie et de sa mort, de son œuvre, de son histoire, et sur les valeurs constitutives de la société dans laquelle il vit” (1). Elle promeut le dialogue entre les religions et les cultures, ainsi qu’avec les courants de pensée philosophiques. Elle l’instaure en son sein et avec l’extérieur.

L’université catholique, comme toute université, preste les services que la collectivité requiert d’elle. Ses membres s’y prêtent, souvent de façon bénévole. Elle s’inscrit dans les réseaux de collaboration qui se tissent dans le monde. Et elle entretient des collaborations avec des institutions du Tiers Monde, qui la sollicitent en tant qu’université de pays riche et, le cas échéant, en raison de son identité catholique.

“L’université catholique, comme toute université” : nous avons répété ces mots ; la grande différence est finalement qu’en affichant une référence de sens, l’université catholique affirme la pertinence de la question du sens dans l’université. C’est cela, le fond plus que l’étiquette, qui compte. L’étiquette communique cette préoccupation, ce qui est honnête et n’est pas inutile.

Voilà autant de principes directeurs possibles, autant de thèses défendables et, par conséquent, autant de questions discutables. Nous proposons d’y réfléchir d’abord, ensemble évidemment, et de ne prendre position qu’ensuite. (1) Charte des FUNDP de Namur.

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