Abonnez-vous a La Libre Belgique

société

Scouts et UCL, même combat du "C" ?

Thierry SCAILLET

Mis en ligne le 23/10/2008

Les scouts catholiques voient le jour en Belgique en mai 1912. L'adjectif "catholique" n'est qu'un ajout tardif à l'appellation de l'Alma Mater. Théorie d'une évolution.

Assistant en histoire - UCL

A l'heure où l'UCL relance le débat sur son "C", un éclairage historique sur le parcours des scouts catholiques, qui viennent d'abandonner le leur au mois de juin 2008, peut se révéler utile, d'autant que cette transformation a suscité de multiples échanges d'opinions dans les colonnes de "La Libre" (1) .

Lorsque les scouts catholiques voient le jour en Belgique en mai 1912, leur orientation religieuse s'impose, ne fût-ce que par opposition au mouvement neutre né deux ans plus tôt. Les "Belgian Catholic Scouts" abandonneront toutefois rapidement cette première dénomination, au profit d'un patronage beaucoup plus prestigieux, en devenant les "Baden-Powell Belgian Boy-Scout" en janvier 1913. Au-delà de leurs convictions, il semble alors plus important au mouvement de s'inscrire dans le sillage du fondateur du scoutisme, non sans arrière-pensée de recrutement.

La question de l'affirmation catholique du mouvement restera toutefois pendante et resurgira après la Première Guerre mondiale, lorsque les catholiques perdront leur hégémonie politique. Dans un monde présenté en voie de déchristianisation, les catholiques resserreront les rangs. Mais deux tendances apparaitront et diviseront les scouts catholiques : d'un côté, une tendance progressiste, fidèle au patronyme des BPBBS, prônant un mouvement ouvert aux moins convaincus ; de l'autre, une opinion plus conservatrice, reprenant l'appellation originelle des BCS, estimant devoir s'adresser essentiellement à des catholiques fiers de leur conviction.

Cette discorde durera sept années, le cardinal Mercier s'accommodant de cette réalité, jusqu'à ce que son successeur, le cardinal Van Roey, y mette de l'ordre en 1927. La réunification des scouts catholiques aura pour compromis l'adoption du sous-titre de "Fédération des Scouts Catholiques Belges" pour contenter toutes les parties. En 1929, néanmoins, la fédéralisation linguistique du scoutisme catholique belge mettra sur pied deux mouvements affirmant résolument leur filiation au pilier catholique : la Fédération des Scouts Catholiques pour les francophones et le Vlaams Verbond der Katholieke Scouts pour les néerlandophones.

Ce choix n'est pas anodin, dès lors qu'il permettra au mouvement scout de percer en Flandre, grâce à sa nouvelle identité linguistique. En région francophone, cette nouvelle appellation va améliorer l'adhésion au scoutisme des milieux intellectuels catholiques et des classes dirigeantes, pour l'heure encore circonspects, voire hostiles à cette jeune organisation. Le pari sera gagné, la FSC se propulsant en 3e position des mouvements de jeunesse en Belgique francophone à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, juste derrière la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et la Fédération Nationale des Patronages, et loin devant son homologue scout pluraliste. L'essor se poursuivra après la guerre et, avec la perte de vitesse de la JOC et de la FNP depuis la fin des années 1960, les scouts règnent désormais en maitre dans la sphère des mouvements de jeunesse francophones.

Au fil de cette progression, l'appellation FSC est devenue un label de qualité pour des milliers de parents, souvent eux-mêmes anciens scouts, qui ont continué à faire confiance à la fédération. La sécularisation croissante de notre société ces dernières décennies a, cependant, remis petit à petit sur le tapis l'appartenance catholique du mouvement. Dès 1989, un premier changement révèle, indirectement, cette préoccupation, la FSC abandonnant son logo originel, une croix potencée fleurdelisée, pour un logo avec une moindre connotation religieuse. L'évolution se poursuivra au cours des deux décennies suivantes.

En 1999, la FSC prendra pour nouvelle dénomination "Les Scouts", non sans grincements de dents, compte tenu de la portée monopolistique de cette affirmation par rapport aux autres fédérations scoutes. L'appartenance catholique sera désormais relayée au sous-titre de l'association, en tant que Fédération catholique des Scouts Baden-Powell de Belgique. Ce changement sera, néanmoins, accepté à sa juste valeur, tous les scouts n'étant pas nécessairement catholiques, mais pouvant s'inscrire dans un mouvement défendant des valeurs issues de son héritage chrétien.

En 2008, l'ultime étape passera par la suppression de l'adjectif "catholique" accolée au sous-titre de la fédération. Ce dernier changement suscite actuellement plus de polémiques, notamment par la rupture qu'il incarne avec l'Église institutionnelle, une distanciation pourtant déjà annoncée par le retrait du mouvement du Conseil de la Jeunesse Catholique au début des années 2000.

Cette évolution apparait malgré tout compréhensible sur le long terme. L'heure n'est plus où le mouvement, pour pouvoir trouver sa place et croitre sur le "marché" de la jeunesse, a dû clairement affirmer son appartenance catholique. Ce serait même plutôt l'inverse aujourd'hui, où les convictions religieuses sont de plus en plus cantonnées à la seule sphère privée. La société a évolué avec ses nouvelles générations et la voie du changement fut, par ailleurs, ouverte par d'autres, que l'on songe au PSC transformé en CDH, à l'ancienne "Jeunesse Etudiante Catholique" devenue "Jeune et Citoyen" en 2003 ou, chez nos voisins flamands, à l'ancien VVKS rebaptisé en Scouts en Gidsen Vlaanderen depuis 2006.

Les multiples débats relayés par "La Libre" sur ce changement se sont surtout arrêtés aux questions de sens et de valeurs que suscite cette transformation. Pour un mouvement où la structure paroissiale continue à jouer un rôle primordial au niveau local, il existe toutefois une autre crainte qui ressort par-ci par-là des témoignages de responsables scouts locaux, à savoir le maintien du soutien des paroisses aux troupes scoutes, matérialisé souvent par leurs locaux.

Dans le débat qui s'ouvre aujourd'hui pour l'UCL, il n'y a nulle crainte à avoir de ce côté-là. Mais, comme pour Les Scouts, la question portera sur les valeurs que souhaite défendre l'université au 21e siècle et sur la forme que doit prendre cette promotion. Christian Laporte l'a rappelé récemment : l'adjectif "catholique" n'est qu'un ajout tardif à l'appellation de l'Alma Mater. Et, comme pour Les Scouts, cet ajout trouve son explication dans l'évolution de notre université au sein de la société belge au cours des deux derniers siècles. L'adjectif "catholique" est-il, pour autant, indispensable pour défendre les valeurs chrétiennes qui ont guidé jusqu'ici l'UCL ? Est-ce à ce point une "marque de fabrique", qui rend impossible d'en supprimer le "C" ? Les Scouts ont apporté leur réponse à cette question et l'avenir révèlera la justesse ou non de leur choix. A l'UCL d'en définir aujourd'hui la sienne. Notons toutefois qu'un des reproches formulés contre Les Scouts dans cet abandon fut d'avoir pris cette décision presque en "stoemeling". Saluons ici les initiateurs de ce débat à l'UCL qui ont opté résolument pour un débat ouvert et public.

(1) Voir les articles parus sur le sujet les 16, 23 et 30 septembre, les 9 et 14 octobre 2008.

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page