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Opinion - spiritualités

"O Marie, toi qui as conçu sans pécher, aide-nous à pécher sans concevoir"(*)

Mis en ligne le 09/12/2008

Personne n’a commémoré l’autre grand événement de '68 : la catastrophique encyclique de Paul VI "Humanae Vitae" qui déclare illicites les moyens de contraception. Quel gâchispour l’Eglise !

Voici que 2008 touche à sa fin et nous n’aurons eu l’occasion de vivre ni une grande fête commémorative, ni une vigoureuse contestation, de l’autre grand évènement de '68. Non, il n’y eut pas que les pavés de Paris et de Louvain pour marquer cette année-là, il y eut aussi le 25 juillet 1968 le lâchage à Rome d’une bombe pontificale à fragmentations, qui n’a pas cessé de faire des dégâts dans l’Eglise et dans le cœur de celles et ceux qui ont tenté de lui rester fidèles contre vents et marées. J’évoque ici bien entendu "Humanae Vitae", la catastrophique encyclique de Paul VI. Catastrophe personnelle, si vous me permettez cette narcissique anecdote: je me disputai si fort cette année-là avec notre professeur de sciences religieuses de la faculté de médecine de l’UCL que j’en perdis un grade à la délibération. Ma colère est toujours vivace, elle me maintient en forme!

Soyons sérieux. Je vous invite à lire ou relire cette encyclique, elle est disponible sur Internet. "Le Magistère est l’interprète authentique de la loi naturelle Dieu a voulu un lien indissoluble entre union sexuelle et procréation Les moyens artificiels de contraception sont illicites, car ils empêchent le déroulement des processus naturels La doctrine de l’Eglise sur la régulation des naissances promulgue la loi divine" Le Magistère a bien perçu que l’arrivée de la contraception médicalisée - pour simplifier, disons la pilule - était une dissociation révolutionnaire entre sexualité et fertilité. Les conjoints pouvaient désormais s’exprimer mutuellement leur amour en épanouissant leur sexualité et, par ailleurs, décider librement de donner la vie à un enfant. Les deux projets pouvaient être séparés dans le temps et même dans l’espace, puisque la fertilisation in vitro allait quelques années plus tard permettre aux couples infertiles de contourner l’obstacle, naturel et douloureux, à leur fertilité. Quelle libération! Quel dégagement hors de la glèbe de nos déterminismes biologiques! Quel grand pas pour l’humanisation de notre espèce qui n’a jamais cessé de créer sa propre histoire, de forger pour le meilleur et pour le pire son propre destin !

L’Eglise qui condamne cette libération n’a pourtant pas été en reste pour dissocier elle-même, de manière symbolique, la sexualité et la fertilité. Elle a échafaudé un invraisemblable montage autour de l’Immaculée Conception de Marie, qui ne doit rien à la loi naturelle. Elle a bâti un monde clérical en totale contradiction avec les liens naturels de parenté: les bons pères de nos collèges étaient infertiles, les bonnes sœurs n’avaient entre elles aucun lien biologique et les mères supérieures n’avaient pas d’enfant! Je ne souhaite pas manquer de respect pour le célibat consacré: il a toute sa valeur, qui est justement de nier la primauté d’une prétendue loi naturelle, celle de nos pulsions biologiques, sur une loi humaine que nous devons bricoler pour donner sens à nos existences. L’Eglise aurait pu accompagner cette formidable mutation anthropologique de la maitrise de la fécondité, en proposer un sens, mettre en garde contre les dérives, rappeler qu’une liberté nouvelle ne va pas sans responsabilité accrue, mais pourquoi donc condamner cette révolution au nom d’une certaine loi naturelle que nous devrions respecter parce que l’Eglise dit qu’elle nous est imposée par Dieu? Avec de tels raisonnements fondamentalistes, on peut nous empêcher de croire que la terre tourne autour du soleil et nous faire renoncer à l’aspirine et à l’eau du robinet

L’encyclique parle du Christ et de Dieu, mais pas de Jésus! Or voici un homme qui n’eut pas l’air de s’embarrasser beaucoup de la loi naturelle. Rappelons-nous. Conçu par procréation divinement assistée, il est né d’une vierge. Il renie sa filiation naturelle (Qui est ma mère? Qui sont mes frères?). Il nourrit cinq-mille personnes avec cinq pains et deux poissons, il change l’eau en vin et marche sur le lac. Ses propositions sont contre nature: aimez vos ennemis, tendez la joue gauche quand on vous giflera la droite, acceptez de perdre votre vie pour la gagner, délaissez tout un troupeau de moutons pour sauver une seule brebis, annoncez aux pauvres, aux désespérés et aux persécutés qu’ils sont heureux! Cet homme aurait sans doute été excommunié si on ne l’avait pas fait taire en le mettant à mort.

Quel gâchis! L’Eglise a condamné les comportements d’hommes et de femmes qui n’ont pas compris où et comment ils avaient péché en planifiant, grâce à la contraception, leur parentalité de manière responsable ou en bénéficiant d’une aide médicale pour avoir un enfant que la nature leur refusait. La génération qui en a souffert n’est plus concernée par la procréation et celles qui ont suivi n’en ont rien à cirer de la morale sexuelle pontificale qui a perdu tout crédit. L’Eglise a projeté de l’ombre là où elle avait vocation de donner la lumière, elle a étouffé celles et ceux qui lui demandaient du sens à vivre comme on réclame de l’air. Ce n’est malheureusement pas de l’histoire ancienne: Benoit XVI a solennellement rappelé l’éternelle vérité d’Humanae Vitae le 3 octobre 2008. Et si nous réservions le prochain conclave aux femmes? Elles sont si divinement naturelles

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Professeur Armand LEQUEUX

Institut d'Etudes de la Famille et de la Sexualité - UCL.

(*) Prière populaire du milieu du XXe siècle.

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