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Enseignement

Diagnostic d’un jeune enseignant

A.R. (*)

Mis en ligne le 14/02/2009

En tant que "jeune" enseignant, je n’ai pas la prétention de faire un état des lieux exhaustif (un "audit", pour reprendre un terme en vogue) de la situation (dans l’enseignement secondaire en particulier). Une opinion d'un jeune enseignant temporaire.

Juste l’envie de partager, plic-ploc, quelques réflexions et/ou observations quotidiennes édifiantes (certaines sont sans doute valables hors ce réseau); juste, en guise de conclusion, l’envie de lancer un appel à tous ceux qui souhaiteraient encore soutenir l’Enseignement officiel (en particulier celui organisé par la Communauté française). Non pas "contre" qui ou quoi que ce soit, mais bien "pour" ce qu’il représente intrinsèquement (humanisme, liberté de conscience, pluralisme, ouverture, démocratie).

Le leadership. Globalement, c’est le ministre de l’Enseignement obligatoire qui a cette compétence (en tant que Pouvoir Organisateur (1). Quoique (2). Localement, un (souvent une) Préfet(e). Cela fait bien longtemps que l’on attend, de la part du P.O. (le ministre en particulier), un message fort, ambitieux, enthousiaste et enthousiasmant. On n’attend pas (plus) une réforme en profondeur (c’est une révolution qu’il faudrait), mais du bon sens, de l’huile pour les rouages, du courage et un changement d’attitude (par exemple en remisant tous ces parapluies que d’aucuns déploient sans cesse pour se protéger).

Récemment, c’est avec une grande espérance que je pris connaissance d’une "circulaire" (3) adressée par le ministre lui-même - ce n’est pas quotidien -, aux enseignants. Extrait : "le décret relatif à l’inspection précise que " et le ministre de rappeler la nécessaire bonne tenue de certains documents tels le journal de classe de l’enseignant ou son cahier de matières vues On en est là ! Quelle ambition, quel programme ! On en reste pantois. Cette attitude infantilisante (quel prof, un tant soit peu digne, ne prend-il pas le temps de réfléchir à l’organisation de ses cours ?) n’étonne plus personne et pourtant en dit long sur le respect qu’a le P.O. vis-à-vis de ses employés.

Ne soyons pas trop dur : il n’a échappé à personne toute l’énergie que le ministre a dû déployer autour d’un certain décret; énergie qui, malheureusement, a parfois été uniquement consacrée à un problème nominal : ne dites pas, s’il vous plait, décret D mais plutôt décret inscriptions (au pire, décret A ) ! Et pourtant son arrivée, celle du ministre, (un ancien collègue, tout de même) fut plutôt jugée positivement dans les salles de profs

Localement, beaucoup de chefs d’établissements sont extraordinaires : ils passent sans arrêt du coq à l’âne : accueillir un enfant en difficulté, embrayer sur le projet d’un prof qui passe entre deux cours, répondre à un parent inquiet, gérer des situations d’urgence, temporiser des situations conflictuelles, consoler un tel, encourager un autre, et (surtout et malheureusement) "faire de la paperasse" !

Mais il en est d’autres, il faut bien le reconnaitre, qui ne sont pas à la hauteur de leur tâche (si lourde qu’on en arrive à leur pardonner), qui ne parviennent pas à insuffler du dynamisme à leur équipe, à leur école, et à s’émanciper de la généreuse main qui les mit en place (beaucoup font fonction). Ce n’est pas parce que l’on fut un bon prof que l’on devient un excellent chef d’établissement ! Qu’un prof, pendant des années, "dysfonctionne" dans le fond d’une école est en soi dramatique; qu’il puisse en être de même pour l’un ou l’autre de ces capitaines de navire est inacceptable. Une évaluation devrait pouvoir avoir lieu rapidement après leur mise en place : s’ils ne conviennent pas, alors il faut les remplacer (se pose alors l’éternel problème de ce qui est perçu comme une rétrogradation gageons qu’il existe suffisamment de services au Boulevard Léopold II pour les accueillir dignement).

Inspection. N’avait-on pas annoncé (décrété) le remplacement des cerbères d’antan (c’est l’image que les anciens collègues nous en laissent) par des "conseillers pédagogiques" ? Sur le terrain, ils sont peu visibles - existent-ils déjà ? Et on continue à parler des "inspecteurs". Au passage, oserait-on demander comment, et par qui, sont choisis les collègues élus à ces postes royalement rémunérés ? Avec quelle indépendance pour eux ? En tout cas, quel décalage entre ce que certains disent en off et ce qu’ils s’autorisent à rapporter place Surlet de Chokier !

Kafka. Et puis il y a cette lourdeur administrative omniprésente et usante (car souvent inutile). Exemples : pour postuler à la C.F., il faut envoyer, chaque année, une lettre de candidature accompagnée de 2 formulaires poussiéreux quasi identiques et de l'"état des services antérieurs" (un comble : la C.F. vous demande de lui rappeler ce que vous fîtes pour elle les années précédentes; pour certains temporaires ce sont des pages et des pages à retranscrire à chaque fois).

Quelques mois plus tard, pour ceux qui postulent au grade de temporaire prioritaire (passage obligé avant la nomination) : rebelote ! Et comme l’administration de la C.F. soigne aux petits ognons ceux qui souhaitent la rejoindre, elle utilise à leur égard une phraséologie particulièrement attirante et réconfortante : "il est dans votre intérêt de respecter scrupuleusement les instructions précitées", "les demandes ne seront prises en considération que si ces conditions sont respectées". Quel état d’esprit !

L’encadrement. L’encadrement (le nombre de professeurs dont l’école peut disposer) est calculé sur base du nombre d’élèves (ce qui parait logique) au 15 janvier de l’année précédente (ce qui ne l’est plus du tout). Conséquences : "une bonne rentrée" conduira une école à devoir organiser de grosses classes; alors qu’une école qui "perd des élèves" se portera bien (au niveau de l’encadrement). Rien, pourtant, ne semble s’opposer à un principe simple : celui d’avoir un encadrement qui corresponde à l’effectif de l’année en cours.

Développement durable. Quel impact sur les citoyens de demain la gestion énergétique des écoles aura-t-elle ? Simple vitrage, isolation et vannes thermostatiques inexistantes, chaudières à bas rendement. On rêverait pourtant d’écoles qui soient des modèles de la bonne gestion énergétique : panneaux solaires, éoliennes

Au petit bonheur la chance. Progressivement, chaque école se dote d’outils informatiques pour encoder les points, confectionner les horaires, comptabiliser les absences, etc. Nombre de ces outils, quand ils ne sont pas le fruit de la débrouillardise locale, sont très onéreux (plusieurs milliers d’euros). Pourquoi le P.O. n’a-t-il jamais fait développer de telles applications ?

L’investissement. Que les écoles seraient mornes si les profs se limitaient à prester leurs heures. Mais il y a les à-côtés : excursions, théâtre, projets divers, rattrapage à la récré, maintenance d’une bibliothèque, confection des horaires, etc. Or, ces investissements, fondamentaux dans la vie de l’école, ne sont nullement pris en compte par le P.O. Comment un (prof) "temporaire" (état statutaire qui peut durer de très nombreuses années : au minimum 3 ans !) peut-il se lancer dans l’organisation de tels projets sans savoir s’il sera reconduit dans ses fonctions l’année suivante

Défaillance. Il n’est pas rare qu’en prenant contact avec l’administration pour l’une ou l’autre question statutaire ou technique (congé parental, pension, traitement etc.) on vous propose, après quelques "heu", de prendre contact avec votre syndicat qui, lui, pourra vous donner la bonne réponse

Espoir. Il me reste à espérer qu’une initiative sera prise par l’un ou l’autre acteur concerné par cette problématique pour relancer une dynamique positive autour de l’Enseignement officiel (en particulier celui organisé par la Communauté française).

Savoir Plus

* Initiales d’emprunt (L’identité de l’auteur est connue de la rédaction).

1. A cet égard, on connaît l’ambiguïté qui existe du fait de la double casquette du ministre de l’Enseignement obligatoire qui, à la fois, est Ministre mais également P.O. du réseau de la Communauté française soit dit en passant, le réseau de la Communauté française est loin, très loin, d’en tirer avantage.

2. Il est pour le moins interpellant de ne pas apercevoir, sur le site du ministre de l’enseignement obligatoire une seule compétence, dans la liste des 17 qui y sont renseignées, directement relative à l’enseignement officiel organisé par la Communauté française www.christiandupont.be

3. Circulaire n° 2540.

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