Abonnez-vous a La Libre Belgique

Enseignement

Pour une école du gai savoir

Hervé BROQUET

Mis en ligne le 21/03/2009

Il est urgent de redonner aux professeurs la responsabilité de leurs classes. Assez de blabla, de directives imposées sans concertation, voire sans logique. Une opinion de Hervé BROQUET, Enseignant.

J’exerce le métier d’enseignant depuis 21 ans dans 5 écoles différentes. J’ai couvert plus de 12 matières, alors que je suis loin d’être omniscient, allant de l’enseignement secondaire inférieur à l’université. C’est à ces titres que je voudrais vous soumettre la vision de mon travail.

Il est urgent de redonner à mes collègues la responsabilité de leurs classes, leurs cours d’une méthode pédagogique qu’ils sont les seuls à pouvoir faire vivre au quotidien dans la multiplicité et la diversité de leurs écoles. Assez de blabla, de directives imposées sans concertation, voire sans logique. Un exemple ? L’on souhaite favoriser les transports en commun, très bien, mais alors pourquoi seuls les enseignants du supérieur ne bénéficient-ils pas de la réduction totale de ces mêmes frais ?

Soyons des hommes et de femmes propres et libres. Ecoutons les acteurs de l’école, cela évitera bien des déboires comme l’a encore souligné le "décret mixité". Trop longtemps, on a voulu infantiliser les enseignants, trop longtemps ils se sont laissé faire. On les convoque pour entendre urbi et orbi desplatitudes énoncées, du haut de quelque chaire de vérité, par des spécialistes censés leur apprendre un métier qu’ils n’ont jamais, pour la plupart, pratiqué. Enseignants que l’on considère comme des fainéants, des fraudeurs, des tire-au-flanc ou de faux malades qui ne dépareilleraient pas dans une cour des miracles.

Aujourd’hui l’enseignant est dépouillé de son autorité morale et de ses attributs symboliques. De professeur, le voilà, dans le supérieur, ramené au rang de maitre-assistant lui qui n’est d’ailleurs ni maitre ni assistant de quoi ou de qui ce soit. Un discours technocratique de type entrepreneurial à qui l’on prête des vertus quasi magiques fleurit dans l’école : plan stratégique, évaluation qualité sans plus d’efficacité que celui qu’il a connu dans d’autres sphères.

D’une manière générale, la Communauté française consacre la plus grande partie de son budget à l’enseignement pour des résultats médiocres en termes de comparaison internationale. Le cout du redoublement s’élève à plus de 330 millions d’euros et 10 % environ des parents, on imagine que ce sont ceux qui peuvent se le permettre, font appel à un professeur particulier. Le tableau est connu mais, ce qui l’est moins, c’est l’éclairage qu’en donnent parents ou enseignants.

En primaire, un inspecteur demande à un collègue de réduire son programme de grammaire et de dictées. En mathématiques, les circonvolutions relatives aux tables de multiplications sont parfois tellement complexes que j’avoue n’être plus en mesure de résoudre le problème proposé à des enfants de sept ans. Je rappelle que les savoirs lire, écrire et calculer sont l’objectif numéro un du gouvernement. Où est la cohérence ?

En secondaire inférieur, le cours d’histoire est un bouillon clair non structuré. Rome, le culte des morts chez les Egyptiens et les villes au Moyen Age brouillent l’esprit du plus perspicace. Aucun repère chronologique. Arrivé en 4e voilà que débarque la Révolution française. Quel temps restera-t-il ensuite pour aborder les XIXe et XXe siècle.

Le cours de géographie se perd dans les mêmes méandres : vos enfants sont-ils en mesure de distinguer les continents, les principaux Etats, les fleuves ou les montagnes importantes ? Faites le test !

Que l’on me comprenne bien, je ne mets nullement mes collègues sur la sellette. Je connais la difficulté de leurs tâches, les contraintes qu’on leur impose, mais je les invite à pouvoir, collectivement, dire non.

Non quand vous êtes confrontés à des constructions administratives ou pédagogiques que vous savez branlantes. Non quand on vous impose une réforme supplémentaire. L’école a besoin de stabilité.

Pour les plus fragiles des étudiants dont nous avons la responsabilité, l’école représente le plus grand espoir d’une vie meilleure. Je pense profondément que notre seule pédagogie est d’être rigoureux par rapport à nous-mêmes et, j’ose le mot, de les aimer, de les encourager, de les porter.

Ce souffle-là, les enseignants doivent aussi pouvoir le conserver. Comment y parvenir ? Je pars du principe que nous sommes des professionnels du savoir. A ce titre, nous disposons de compétences qui pourraient s’exercer dans d’autres lieux que l’institution scolaire comme la fonction publique, les ASBL, des entreprises Inversement, nous pourrions retransmettre à nos élèves ce que nous avons acquis. Ce "" travail sabbatique" pourrait également être l’occasion de prendre distance par rapport à notre métier. Comment, en effet, imaginer que pendant plus de quarante ans une même personne se retrouve devant une classe d’âge inchangé ?

Pour les acteurs de l’école, celle-ci ne peut devenir une prison où l’on s’ennuie. A cette vision-là des choses, j’ai toujours préféré l’école du gai savoir de cet humaniste qu’était François Rabelais. Comme quoi pour être moderne, il suffit parfois de retrouver ses racines.

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page