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communication

Et si Internet s’effondrait ?

Laurent SCHUMACHER

Mis en ligne le 25/03/2009

Pas de panique. Des programmes de recherche conçoivent et expérimentent un nouvel Internet, susceptible de répondre de manière durable aux exigences du XXIe siècle, voire des suivants.

Professeur à la Faculté d'Informatique

Université de Namur (FUNDP).

En quelques années, Internet s’est imposé comme un outil majeur de notre vie quotidienne. Il nous permet de lier connaissance, de contacter nos proches, de faire nos courses, de gérer notre patrimoine, de nous divertir, de nous informer, etc. La facilité avec laquelle Internet peut nous aider à satisfaire nos besoins et nos envies nous semble acquise à tout jamais. Et pourtant...

Certes, il est question dans les médias, de temps à autre, d’actes de piratage et d’escroqueries. Certes, il convient de s’entourer de quelques protections, si l’on ne veut pas voir son ordinateur devenir un nid à virus (1), vers (2) et autres chevaux de Troie (3). Cependant, moyennant quelques précautions élémentaires mais indispensables, le commun des internautes peut bénéficier sans hésitation des facilités que procure Internet.

Tout cela est vrai, mais mesurons-nous à quel point tout cela est extraordinaire ? Mesurons-nous à quel point la panoplie de services qu’Internet met à notre disposition aujourd’hui est à mille lieues des usages pour lesquels il a été conçu ?

Internet est né aux Etats-Unis durant la seconde moitié du XXe siècle du souci des militaires de se doter de moyens de communication susceptibles de résister à une attaque soviétique ciblée. Avant Internet, les communications nécessitaient l’établissement d’un lien électrique continu d’un bout à l’autre de la ligne téléphonique. Si ce lien était interrompu, où que ce soit le long de la ligne, les interlocuteurs perdaient le contact.

Internet repose sur un autre mécanisme de communication, où les messages échangés progressent de proche en proche, de nœud en nœud, depuis la source jusqu’à la destination. Si, en cours de route, un nœud tombe en panne, Internet est conçu pour trouver un itinéraire bis.

Ce principe de communication, qui est à la base d’Internet, nous le mettons en œuvre aujourd’hui encore, avec le succès que l’on sait. Mais le contexte dans lequel ce principe a été énoncé a radicalement changé en quelques années. Sur trois plans, à tout le moins.

Là où, à l’origine, Internet ne concernait qu’une poignée d’individus, il est fréquenté aujourd’hui par plus d’un milliard d’internautes. Or, si les pionniers du début se connaissaient tous personnellement et se faisaient confiance du fait qu’ils partageaient un même but, y a-t-il d’office, aujourd’hui, une relation de confiance entre deux internautes pris au hasard ? Poser la question, c’est y répondre.

Là où, à l’origine, Internet ne servait qu’à l’acheminement de messages textuels, de télégrammes, nous l’utilisons aujourd’hui pour consulter des films, des clips, des émissions TV, pour suivre en direct des compétitions sportives ou des évènements marquants, pour interagir avec nos semblables, dans des arènes de jeu ou des forums de discussion. Le trafic que nos activités engendrent est sans commune mesure avec celui des débuts. Qui plus est, il croît de façon soutenue. Les autoroutes de l’information ne risquent-elles pas la saturation ? A quand les bouchons à l’entrée des grands sites Web aux heures de pointe ? Comment éviter la congestion ?

Là où, à l’origine, Internet permettait l’échange de messages simples entre deux ordinateurs reliés par le biais de câbles connectés les uns aux autres, nous pouvons aujourd’hui nous connecter par ondes radio dans les gares, les stations-service ou les resto-pouces, pour ne parler que d’endroits publics. Nos téléphones portables tiennent de plus en plus de l’ordinateur, et sont capables, eux aussi, de butiner sur Internet de quoi satisfaire nos besoins et nos envies. Cependant, cette évolution vers le nomadisme des utilisateurs n’a pas été anticipée par les pionniers d’Internet.

Bref, nos usages actuels et futurs se heurtent aux limites intrinsèques découlant des hypothèses de travail des pionniers d’Internet dans les années 1960.

Ils en divergent à ce point que la question de la panne d’Internet se profile avec de plus en plus d’acuité. Nos sociétés pourraient-elles revenir à des modes de fonctionnement simplifiés si demain, Internet ne fournissait plus les services qu’il nous procure, avec la même aisance qu’aujourd’hui ? En Estonie, la réponse est claire : c’est non. En juillet 2007, les échanges électroniques de ce pays ont été perturbés durant trois semaines. Ce fut une expérience douloureuse mais édifiante sur l’importance qu’Internet a prise dans notre quotidien en peu de temps.

Pas de panique cependant. Le problème est connu et nombreux sont ceux qui ont pris la mesure de l’enjeu. De par le monde, et notamment au sein de l’Union européenne (4), des programmes de recherche conçoivent et expérimentent un nouvel Internet, susceptible de répondre de manière durable aux exigences du XXIe siècle, voire des suivants. En Belgique francophone, la sensibilité à ces questions est hélas nettement moindre. Une singularité culturelle que d’aucuns expliquent par le fait que l’informatique n’y est pas reconnue comme une discipline à part entière, ni dans le cursus scolaire ni dans la programmation économique (Plan Marshall, par exemple), mais comme une commodité, au service de disciplines jugées plus nobles ou plus stratégiques.

(1)Logiciel malveillant provoquant un comportement non désiré d’un ordinateur et/ou lui causant des dommages.

(2)Virus capable de se propager spontanément d’un ordinateur à l’autre.

(3)Logiciel se présentant sous des dehors inoffensifs (un jeu, par exemple) mais réalisant en coulisses des tâches non autorisées par l’utilisateur.

(4)Voir http://www.future-internet.eu

Savoir Plus

La fragilité d'Internet

Dans le cadre du Printemps des Sciences, une conférence-débat est organisée ce mercredi 25 mars 2009 à 20h15 à l’auditoire Pedro Arrupe des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix, Rue de Bruxelles 65 à Namur. Franck Dumortier (FUNDP), François Schreuer (blog "Des Bulles") et Laurent Schumacher (FUNDP) discuteront des implications techniques, légales et sociales de la fragilité d’Internet anno 2009. La conférence sera animée par Germain Saval (RUN) et croquée par Sondron. Accès libre.

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