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Politique

Génération "pax belgica"

Mis en ligne le 06/01/2010

A même pas 40 ans, Sarah Turine (Ecolo), Benoît Lutgen (CDH) et Alexander De Croo (Open VLD) prennent la tête de partis. Favorable à l’apaisement communautaire, la génération montante peut réformer l’Etat au bénéfice de tous les Belges. Une opinion de Gilles VANDEN BURRE, Président du Comité de direction de BPlus.

Durant ces dernières semaines, trois partis politiques belges ont effectué des changements importants au niveau de leur équipe dirigeante : Sarah Turine est devenue coprésidente d’Ecolo, Benoit Lutgen président du CDH (à partir de 2011) et Alexander De Croo président de l’Open VLD. Ces évolutions auront certainement des impacts non négligeables sur les décisions prises par ces formations politiques étant donné le rôle clé qu’ont les présidents de parti au sein de la vie politique belge. Même si ces élections ont été largement commentées par la presse, un point commun entre ces personnalités n’a néanmoins pas été mis en lumière : toutes trois ont moins de quarante ans (respectivement 36, 39 et 33 ans). A nos yeux, ce facteur est crucial en ce qui concerne l’avenir institutionnel de notre pays et la résolution de nos problèmes linguistiques. En effet, nous sommes persuadés que cette génération montante est plus sensible au plaidoyer fédéraliste, visant à réformer efficacement l’Etat au bénéfice de tous les Belges, et à l’apaisement communautaire que ses ainés. Etayons à présent cette affirmation.

Tout d’abord, ces jeunes élus, nés dans les années 70, n’ont pas connu la Belgique unitaire et ont toujours évolué dans un paysage politique où les Communautés et les Régions étaient bien présentes. Ce sont en quelque sorte les premiers "enfants du fédéralisme". Ils n’ont par ailleurs pas vécu les évènements les plus tragiques de nos querelles internes, lourdement chargés en émotion, comme les marches flamandes sur Bruxelles de 1962 et 1963 (et leurs contre-manifestations francophones), la fixation de la frontière linguistique en 1962 (avec le passage des Fourons en Flandre et de Comines-Warneton en Wallonie) ou la crise provoquée par le Walen buiten à Louvain en 1967. Ensuite, cette génération est beaucoup plus ouverte sur l’Europe et sur le monde que celle de ses parents, car notre société est aujourd’hui plus mondialisée, les moyens de transport sont plus abordables et les expériences académiques ou professionnelles à l’étranger tendent à se multiplier. En d’autres termes, ces responsables politiques paraissent décomplexés par rapport aux nœuds communautaires et émotionnellement moins liés aux grands symboles que sont BHV, la frontière linguistique ou les limites de Bruxelles.

Du côté flamand, par exemple, ils se sentent moins menacés par les vieux démons de la bourgeoisie francophone omniprésente ou par la francisation galopante qui s’étendrait au départ de Bruxelles. Ils témoignent aussi de plus de compréhension envers la Wallonie et ne diabolisent plus systématiquement ses habitants. Du côté francophone, la tendance est à une meilleure connaissance de la Flandre, de sa culture et de sa langue. Une image plus positive du Nord du pays est aussi prise en compte, qui ne se base plus uniquement sur des clichés qualifiant ses habitants de nationalistes ou d’égoïstes repliés sur eux-mêmes. En fait, d’un côté comme de l’autre, la réalité fédérale du pays est mieux intégrée et les préoccupations principales sont le financement de nos pensions, la réduction du chômage ou l’avenir de notre environnement; plutôt que la langue choisie pour envoyer tel ou tel document dans les communes à facilité.

A côté des nouveaux présidents de parti nommés précédemment, qui sont donc ces leaders de demain ?

Plusieurs sont en fait déjà aux affaires aujourd’hui et constituent les prémisses de ce renouveau générationnel. Au Sud du pays, on retrouve notamment Charles Michel, Melchior Wathelet (fils), Jean-Michel Javaux ou Paul Magnette. Représentent-ils un véritable changement de mentalité ? Ce n’est sans doute pas encore drastique, mais ils s’expriment presque tous correctement en néerlandais, passent régulièrement dans les médias flamands (y compris les émissions de variété) et ne sont pas coutumiers de déclarations provocantes par rapport à l’autre Communauté. Au Nord du pays, on peut pointer Caroline Gennez (SPA), Mathias De Clercq (Open VLD), Inge Vervotte (CD & V), Meyrem Almaci (Groen !) ou encore Pascal Smet (SPA). Bien que la féminisation y soit davantage en marche, pour le reste, les caractéristiques sont assez semblables à leurs homologues francophones : pas de propos déplacés à l’encontre de l’autre partie du pays, défenseurs d’une vision fédérale et opposés à toute forme de nationalisme. Bart De Wever (N-VA) appartient également à cette génération et constitue manifestement l’exception qui confirme la règle.

Même si les responsables actuels, tels Yves Leterme, Didier Reynders, Joëlle Milquet, Elio di Rupo ou Guy Verhofstadt, vont devoir rapidement sceller des accords communautaires d’ici à l’été 2010, nous ne nous attendons pas à de miracle par rapport aux deux années et demi de crise que nous venons de vivre. La meilleure preuve en est qu’il a fallu rappeler les crocodiles de la politique belge que ce sont Wilfried Martens ou Jean-Luc Dehaene, afin de jouer les médiateurs ou autres démineurs royaux et de stabiliser le gouvernement national.

Notre pari est donc de miser sur cette génération montante en vue de mettre en place les conditions d’éclosion d’un changement de mentalité et d’une approche neuve des défis qui nous attendent. Ne tombons toutefois pas dans un angélisme béat, des différends institutionnels subsisteront et chacun continuera, dans une certaine mesure, à défendre les positions de sa propre Communauté. Notre souhait est de démontrer que ces hommes et ces femmes de demain seront dans de meilleures dispositions pour conclure des compromis institutionnels définitifs nous conduisant à une authentique "pax belgica". Afin que cette profession de foi ne reste pas vaine, il faudra bien sûr qu’ils reçoivent un mandat fort de la part des électeurs, se sentent soutenus par un solide élan populaire et prennent définitivement le pas sur les tendances nationalistes. C’est à ce prix que notre pays entrera de plain pied dans le XXIe siècle.

gillesvdb@hotmail.com

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