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Enseignement
Pourquoi ce retard dès la maternelle ?
L. G.
Mis en ligne le 01/02/2010
Un élève de 3e maternelle sur 20 est en retard scolaire d’un an. Cette statistique impressionnante, présentée parmi les Indicateurs de l’enseignement il y a dix jours, ne manque pas d’interpeler. Elle étonne d’autant plus que d’autres données montrent que les élèves qui rentrent en primaire à l’âge de sept ans réussissent moins bien en 1re et 2e primaires que ceux qui y sont entrés à six ans et, surtout, à cinq ans. Manifestement, le redoublement n’aide pas, en déduisait la ministre de l’Enseignement.
Le Conseil de l’éducation et de la formation (CEF) s’est récemment penché sur la question. Dans son avis n° 103, il constate que le maternel, pourtant fréquenté par la plupart des enfants dès l’âge de deux ans et demi, n’a pas fait l’objet d’une réflexion globale de la part des responsables politiques, accaparés qu’ils étaient par le sort du primaire et du secondaire. Selon le CEF, une des causes de l’échec souvent relevée dans les études menées en Europe est, sans conteste, le manque de connaissance de la langue d’enseignement, qu’il s’agisse d’une méconnaissance du français parlé ou écrit ou d’un manque d’habileté de lecture et de compréhension. Au-delà de l’origine de ce retard scolaire, le CEF s’inquiète particulièrement de la différence qui existe entre garçons et filles. Selon lui, le nombre de garçons parmi les enfants de plus de six ans qui sont encore en maternelle est deux fois plus élevé que le nombre de filles. Et 60 % des enfants qui entrent en 1re primaire à 5 ans sont des filles.
Au-delà de ces chiffres arides, quelle est la réalité de ce retard scolaire à un niveau où l’enseignement n’est pas encore obligatoire ? Godefroid Cartuyvels, secrétaire général de la fédération de l’enseignement fondamental catholique, juge cette réalité "préoccupante", surtout qu’il n’est "pas convaincu du bien-fondé" d’un maintien si systématique en maternelle. "Mais nous sommes confrontés à des situations familiales et à des comportements excessivement déroutants", nuance-t-il. Le maintien en maternel "n’est donc pas à encourager, mais il y a des cas limites".
Illustration avec Anne Van Campenhoudt, directrice de l’école fondamentale "L’aurore", à Evere. Dans cet établissement socialement mixte, où sont représentées une vingtaine de nationalités, elle est confrontée "chaque année" au retard scolaire en maternel. "Pour tous les enfants présentant des troubles de l’apprentissage, nous nous posons la question du maintien", témoigne-t-elle. Avec l’aide du centre psycho-médico-social, qui "teste" les enfants, avec la médecine scolaire et avec la titulaire, nous nous réunissons pour voir si l’on propose ou non aux parents un maintien en maternel. Si c’est le cas, la décision revient néanmoins aux parents, comme toujours dans l’enseignement fondamental. Soit ils refusent et l’enfant passe en primaire; soit ils demandent un bilan complémentaire (psychologique, neurologique ); soit ils suivent l’avis. Par exemple, cette année, nous avions trois propositions de maintien. Deux ont été finalement maintenus en maternel. Pour le 3e, on a fait un bilan complémentaire, qui a révélé qu’il pouvait passer en 1re primaire. Il y est effectivement aujourd’hui, et ça se passe bien !".
Voilà qui démontre la complexité d’un phénomène impossible à traduire dans des statistiques. "C’est vraiment du cas par cas , constate M me Van Campenhoudt. L’important est dès lors de bien s’entourer, de collaborer avec le PMS, pour comprendre les difficultés de l’enfant. Car les enseignants, eux, sont des généralistes. Dans notre école, ceux qui sont maintenus le sont surtout pour des troubles de l’apprentissage. Mais on ne les maintient que si un travail de fond est fait avec l’élève, si on recherche pourquoi il ne suit pas le rythme. Maintenir l’enfant un an en maternel sans rien entreprendre, en se disant que ça ira mieux dans un an parce qu’il aura davantage de maturité, ça ne va pas !"
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