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Chronique
Tout échec a aussi ses vertus
François Balot
Mis en ligne le 15/02/2010
A l’heure où les résultats de la session d’examens de janvier sont communiqués aux étudiants de l’enseignement supérieur, la question se pose des leçons à tirer des notes obtenues. La fierté des enseignants est grande de voir couronner de succès les efforts, déployés par nombre d’étudiants, de compréhension, d’étude et d’opiniâtreté, cette dernière qualité étant décisive dès lors que le dénominateur commun entre les détenteurs d’un diplôme de l’enseignement supérieur n’est pas d’être de brillants spécialistes d’une matière particulière, mais de "s’être battus jusqu’au bout".
Dans cette mesure, leur diplôme, témoin de leur aptitude non pas à emmagasiner une pléthore de connaissances, mais, ce qui leur sera à l’avenir plus utile, à apprendre et à travailler, est amplement mérité.
Les étudiants confrontés à l’échec méditeront pour leur part le manque de travail, de rigueur, de volonté, ou - ce qui est peut-être plus malheureux - constateront que leur méthode d’apprentissage s’avère en définitive peu adaptée aux exigences formulées par les enseignants.
Quelles qu’en soient les raisons, tout échec et son constat peuvent entrainer dans le chef des étudiants des réactions diverses, certaines étant humaines (la tristesse, la déception ou encore la volonté de se réorienter), d’autres peu compréhensibles, voire inacceptables. Ainsi, la colère habitant certains étudiants en échec ne cesse d’interpeler. Il arrive d’ailleurs que pareil sentiment s’exprime de manière excessive à l’encontre des membres de l’institution à laquelle ces étudiants appartiennent, soit verbalement, soit, les nouvelles technologies aidant, de manière virtuelle, par l’envoi de courriers électroniques dénués du respect le plus élémentaire dû aux personnes, qu’elles soient enseignantes ou non.
Moins par volonté de se protéger - ils apprennent à gérer quotidiennement cette "violence" - que par souci d’élever (au sens métaphorique) le jeune, considéré à cet âge comme un adulte responsable, les destinataires de telles attitudes souhaiteraient parfois sensibiliser les acteurs principaux du développement du jeune, à savoir ses parents, à la relativité et, oserait-on dire, aux bienfaits de l’échec.
Par le biais de discussions individuelles avec l’étudiant concerné, l’on constate parfois que la colère que celui-ci exprime trouve en réalité son origine dans l’attitude de ses parents. Parfois, ces derniers perçoivent - à tort - l’échec de leur progéniture comme un reproche à eux adressé, le constat d’un manque de travail du jeune s’apparentant pour eux à celui d’une lacune dans l’éducation, entendue au sens large, qu’ils ont donnée à leurs enfants. Ce sentiment, d’autant plus fort qu’il se heurte aux investissements moraux, temporels et financiers consentis, génère parfois dans le chef des parents une attitude de recherche des responsabilités et de rejet de celles-ci, non pas sur l’enfant (après tout, on n’avait jusqu’ores jamais constaté que ce dernier pouvait échouer ), mais plus certainement sur l’institution d’enseignement.
Plutôt que de rechercher et rejeter les responsabilités de l’échec, au demeurant collectives (l’étudiant qui n’a pas assez ou bien travaillé, l’enseignant qui n’a pas mis en œuvre les méthodes pédagogiques les plus adaptées, etc.), il semble à ce stade plus utile, non seulement d’encourager le jeune à se remettre en question, mais aussi de constater que tout échec, s’il ne revêt pas un caractère endémique, a ses vertus qui sont autant de qualités humaines primordiales pour la poursuite d’une vie personnelle et professionnelle : l’humilité, le sens critique, la persévérance, la conscience de ses défauts, la recherche du bien, voire du "mieux", etc. Plus qu’un pas sur le chemin de la réussite académique, cette dernière attitude est essentielle en ce qu’elle participe aussi de la mission principale de l’enseignement supérieur, celle de faire de ces jeunes des êtres humains critiques, conscients d’eux-mêmes et respectueux d’autrui.
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