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Religions
Théocratie, auto-cratie, démocratie ?
Louis Escoyez, Paroissien
Mis en ligne le 16/03/2010
L’Eglise n’est pas une démocratie !" cet aphorisme est plus un slogan utilisé par les autorités pour refuser le dialogue qu’une pensée réfléchie. Il est évident qu’elle ne peut être ce mode de gouvernement que nous connaissons avec ses excès comme la dictature de la majorité, l’électoralisme et j’en passe, mais, comme le disait Churchill : "C’est le moins mauvais des gouvernements civils. "
L’Eglise n’est pas une théocratie car notre Dieu n’est pas autoritaire et laisse la liberté totale à ses enfants, au point d’admettre qu’ils nient sa propre existence. La tradition parle des commandements de Dieu, expression reprise du premier testament mais Jésus nous propose plutôt des moyens d’être heureux ici-bas et après notre mort. Il nous incite vigoureusement à suivre ses conseils car le bonheur de chacun de nous est son principal souci. Il souffre si nous nous écartons de la voie qu’il nous a tracée.
L’Eglise ne peut cependant pas être autocratique car ce serait nier les valeurs évangéliques. Saint Matthieu dans son chapitre 4 montre qu’il a bien assimilé le message de Jésus quand il décrit ses tentations au désert. Au début de sa vie publique, après qu’il ait entendu ces paroles confondantes : "Tu es mon fils bien aimé ; sur toi je porte mon affection" (Marc 1,9) Jésus se retire au désert et est tenté de prendre le pouvoir, de s’arroger le savoir et de se complaire dans le paraitre. C’est bien là les trois dérives possibles de l’autorité.
Saint Matthieu en son chapitre 20 tire les conclusions : "Les chefs des nations païennes commandent en maitres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur et celui qui veut être le premier sera votre esclave."
Or, le mode de gouvernement de l’Eglise est toujours celui de l’Ancien Régime : sauf pour l’élection du pape, toute assemblée est consultative et non délibérative ; l’animateur de la réunion est toujours son chef hiérarchique et il n’est pas tenu de suivre l’avis, même unanime, de l’assemblée qu’il a convoquée ou des experts qu’il a consultés. L’article de "La Libre" du 4 mars intitulé : "Mgr Léonard, choix personnel du pape" en donne un exemple, mais la pratique est courante, non seulement à Rome mais aussi dans le chef d’évêques qui nomment des curés sans consultation, même du doyen concerné, ou de curés de paroisse qui se croient seuls capables de déterminer les besoins de ses paroissiens.
Le Père Paul Tihon s.j. dans son livre "Pour libérer l’évangile" (1) évoque des règles qui pourraient rendre la pratique de l’autorité plus évangélique ; elles sont inspirées de la constatation que "l’Esprit peut parler par n’importe lequel des membres de la communauté, serait-il le plus petit, et en termes si clairs que cette parole est reçue par le groupe".
A quand une réflexion à ce sujet dans l’Eglise ?
(1) Editions du Cerf, Paris 2009
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