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Enseignant-chercheur à l’Ecole de santé publique de l’ULB
Mis en ligne le 19/03/2010
Les pathologies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité en Belgique malgré une baisse impressionnante de cette mortalité dans les pays occidentaux depuis plus de 25 ans. Cependant, nous observons actuellement un ralentissement de cette diminution des principales pathologies cardiaques (dont l’infarctus du myocarde) et les différences persistantes entre certaines provinces en Belgique nous poussent à mieux comprendre et appréhender l’ensemble des facteurs et déterminants (environnementaux, éducationnels, comportementaux, institutionnels, etc.) en lien avec ces problématiques.
L’OMS a présenté le 27 octobre dernier un rapport sur les principaux facteurs de risque de la santé des populations dans le monde (1). Ce rapport montre que l’espérance de vie de la population mondiale pourrait être augmentée d’environ cinq ans si l’on s’attaquait à cinq facteurs de risques majeurs : l’insuffisance pondérale pendant l’enfance, les rapports sexuels à risque, l’alcoolisme, le manque d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène, et l’hypertension. Dans le cadre de la prévention des maladies cardiovasculaires, des études récentes analysent l’importance des facteurs de risques cardiovasculaires que sont le tabac, l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol et le gain considérable en espérance de vie si des stratégies de prévention étaient développées pour des patients présentant ces trois facteurs de risque majeurs. Il est en effet de mieux en mieux démontré l’importance de renforcer les stratégies préventives par rapport à ces risques majeurs car la prévention primaire et la prévention secondaire seraient les facteurs explicatifs de cette baisse de la mortalité cardiovasculaire. Les stratégies à développer sont diverses et l’impact des lois antitabac dans les lieux publics est par exemple très significatif. Une étude américaine récente montre que l’interdiction de fumer dans les lieux publics, et donc la diminution du tabagisme passif qui en découle, s’est traduite après analyse de diverses études par une baisse de 17% de l’incidence des infarctus du myocarde. D’autres études publiées récemment insistent aussi sur l’importante de cerner les déterminants des inégalités sociales de santé autours de ces facteurs de risques.
Ce nouveau rapport de l’OMS et les études scientifiques qui confirment le poids des principaux facteurs de risque cardiovasculaire que sont le tabagisme, l’hypercholestérolémie, l’hypertension artérielle, l’obésité, la sédentarité, le diabète de type 2, ne doivent cependant pas occulter une vision plus complexe et systémique de la santé cardiovasculaire. Les recommandations de bonnes pratiques dans le champ de la promotion de la santé et la prévention prônent souvent des interventions en rapport avec le style de vie et principalement l’arrêt du tabac chez les fumeurs, mais également la promotion d’une alimentation saine et la pratique d’une activité physique. Cependant, les enquêtes nationales de santé montrent systématiquement que la connaissance de la présence des facteurs de risque est sous-estimée au niveau de la population.
La politique la plus efficace pour promouvoir la santé cardiovasculaire est celle qui vise une approche globale et le développement d’actions dirigées sur les déterminants de la santé et les facteurs les influençant qui sont souvent communs à beaucoup de maladies chroniques. Une meilleure appréhension de l’ensemble de ces déterminants nécessite une approche multisectorielle et l’implication des acteurs et responsables politiques et institutionnels en lien avec la santé cardiovasculaire.
Ce type de démarche a été mené depuis deux ans en Communauté française de Belgique. Il en est ressortit une proposition de plan de prévention et promotion de la santé cardiovasculaire qui intègre les thématiques prioritaires en lien avec la santé cardiovasculaire (consommation de tabac, sédentarité, alimentation, hypertension artérielle ) à travers des stratégies visant : (i) l’aménagement des cadres de vie et des infrastructures, (ii) le développement des offres de promotion de la santé et (iii) des offres de santé et de soutien social de proximité, (iv) l’accessibilité aux infrastructures ainsi qu’aux offres de santé, de promotion de la santé et de soutien social, (v) la mobilisation des acteurs politiques et des responsables institutionnels et (vi) le soutien aux professionnels afin de renforcer leurs actions auprès de la population. Au-delà des ces axes stratégiques, la "participation des bénéficiaires" et la "réduction des inégalités sociales de santé" sont appréhendés comme des éléments transversaux et des critères de qualité que les acteurs devraient tenter d’intégrer quels que soient les actions, les projets, les services, les objectifs poursuivis. Cette proposition de Plan, élaborée par une masse critique d’acteurs du monde de la santé mais aussi des associations de patients, des relai communautaires, des syndicats, du monde du travail, etc. doit maintenant être appropriée par nos responsables politiques et soutenus par les administrations en lien avec les stratégies mises en avant. C’est aussi en agissant positivement sur les déterminants de la santé (aussi bien ceux concernant le comportement individuel que les conditions de vie, d’apprentissage, de travail) que l’on pourra contribuer à la continuité de la baisse de la mortalité cardiovasculaire, viser l’amélioration globale de la santé de la population ou de groupes de population et assumer pleinement les progrès actuels de longévité de la population en visant avant tout à gagner en espérance de vie en bonne santé et donc sans incapacités.
(1) www.who.int/healthinfo/global_burden_disease
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