Opinions

Un témoignage de N., assistante sociale, publié sur le blog "Alors voilà". 

Alors voilà, c’est un vendredi, veille de vacances scolaires. Je suis jeune assistante sociale et je passe dans le service de chirurgie, comme tous les matins.

Une infirmière m’interpelle : "Tiens, au fait, on t’a dit que la jeune fille poignardée par son frère sort cet après-midi ?"

Je me décompose… quoi ? Comment ? Non, personne n’a prévenu le service social, ni la police non plus d’ailleurs…

Je m’active… mais il me faut plus de temps pour pouvoir mettre en place des mesures de protection. J’explique au chirurgien, tente de le convaincre de post-poser la sortie… il restera intraitable : il a fait son travail, il a réparé le corps, a recousu les muscles, la peau.

"Ma cicatrice est belle. Elle sort à 13 heures" dit-il. Point final.

Je m’affole… je cherche un appui, un relais, une solution temporaire… j’obtiens finalement un nom, un espoir, bientôt, dans quelques jours…

Mais entre-temps la famille a pris le large : ce sont les vacances, on en profite pour renter au pays, sans retour pour Elle. Qui pourrait bien l’en empêcher ? Et puis, son frère lui a offert une rose. C’est dire s’il regrette, non ?!

Le chirurgien a certainement pensé fièrement qu’il a "sauvé" une vie en réparant un corps.

Vraiment ? il a VRAIMENT sauvé une vie ?