"Aube nouvelle, dans notre nuit"
En ce mois de décembre, les chrétiens entrent dans le temps de l'Avent. Me viennent des images mentales, glanées au gré de l'actualité et des rencontres. Une chronique d'Éric de Beukelaer.
- Publié le 04-12-2014 à 06h51

Une chronique d'Éric de Beukelaer.
En ce mois de décembre, les chrétiens entrent dans le temps de l'Avent. Me viennent des images mentales, glanées au gré de l'actualité et des rencontres. Le regard du prêtre
Aube nouvelle, dans notre nuit. Pour sauver son peuple, Dieu va venir. Joie pour les pauvres. Fête aujourd'hui. Il faut préparer, la route au Seigneur ! Il faut préparer, la route au Seigneur !" En ce mois de décembre, les chrétiens entrent dans le temps de l'Avent - les quatre semaines préparatoires à la Nativité du Sauveur. Et en moi résonne - insistant - cet hymne du temps liturgique. Avec lui me viennent par flashs des images mentales, glanées au gré de l'actualité et des rencontres.
"Aube nouvelle dans notre nuit…" La voix de Gorbatchev se fait à nouveau entendre à Berlin, sur les ruines d'un mur qu'il contribua à faire tomber. Notre monde serait "au bord d'une nouvelle guerre froide" , avertit-il . Et l'homme d'Etat de 83 ans, d'ajouter - sombre : "Certains disent qu'elle a déjà commencé." A cette guerre froide répondent, comme en écho, les guerres chaudes qui déchirent les humains entre Damas et Bagdad.
"Pour sauver son peuple, Dieu va venir…" Et voici que j'entends le plaidoyer d'un autre Michel, de deux ans son cadet : "Le monde se fait un. Ses principaux problèmes économiques sont de portée mondiale : il faut donc une instance de gouvernance reconnue comme universellement légitime. […] Nous avons besoin d'une structure de régulation, qui ne se contente pas de fournir des orientations générales ou des codes de bonne conduite; des règles d'application générales sont nécessaires." Celui qui parle ainsi n'est pas un doux rêveur, mais s'appelle Michel Camdessus, directeur général du FMI pendant trois mandats ("Le Vif", 7 novembre, p. 10). Comment ne pas comprendre l'urgence de son appel, alors que la planète se réchauffe et que les inégalités sociales augmentent ?
"Joie pour les pauvres. Fête aujourd'hui…" C'était il y a un mois. Je revenais à pied d'une réunion tardive dans le centre-ville de Liège. En marchant dans une petite ruelle sombre, la silhouette de la vieille dame m'apparut de dos. Une longue chevelure aussi grise que sale et un pardessus limé. Elle fouillait une poubelle. En m'entendant, elle se retourna. Alors, je vis son visage - ridé de résignation et de honte. Ce regard n'avait rien de celui d'une vieille alcoolique, vaguement hippie. Il s'agissait d'une grand-mère ordinaire - sauf que celle-ci cherchait de quoi manger. Au bout d'une laisse, un petit chien. Bien mieux nourri que sa maîtresse. Est-ce pour lui que cette dame se privait ? Etait-il sa seule famille ? Et j'entends la voix de notre Pape dénoncer la "culture du déchet" . C'est donc cela, le XXIe siècle ? Un siècle où l'homme est capable d'envoyer une sonde spatiale sur les plus lointaines comètes, mais qui laisse certains vieux chercher leur nourriture dans une poubelle.
"Il faut préparer, la route au Seigneur !" Tout ceci doit-il nous faire baisser les bras ? Non ! Ceux qui se battent contre le virus Ebola au péril de leur vie, ne se résignent pas. Et, plus modestement, je pense aux "cafés suspendus", une initiative citoyenne née à Naples et qui commence à s'internationaliser. Elle consiste à payer un café, voire un repas en suspens pour une personne démunie qui viendra le consommer. Une centaine de lieux prennent aujourd'hui part à l'initiative dans quelques villes belges - Bruxelles, Namur, Tournai, Ostende, La Louvière, Liège, Hasselt, Anvers, Charleroi, Jodoigne, Verviers, Mons, Huy, Louvain… "Une goutte dans l'océan", souriront les sceptiques. Bien sûr. Cela ne changera pas grand-chose. Ce n'est qu'une petite lueur dans la nuit. Comme l'attente de cet Enfant anonyme, né un jour de Noël dans une crèche de Bethlehem. "Aube nouvelle, dans notre nuit. Pour sauver son peuple, Dieu va venir. Joie pour les pauvres. Fête aujourd'hui. Il faut préparer, la route au Seigneur ! Il faut préparer, la route au Seigneur !"
